Hommage à mon frère Hamed Bakayoko : Vivre pour les autres et mourir seul ( Tibou Kamara )

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Hamed Bakayoko, un amoureux fou et passionné de la vie ne craignait pas la mort qu’il abordait avec l’assurance de l’homme de foi et l’indifférence des élus de Dieu. Mais il ne l’attendait pas probablement de si tôt et comme ça dans son agenda, où tout avait pourtant sa place, dans lequel personne n’était de trop !
Hambak passait partout et était l’homme de tout le monde.

La Côte d’Ivoire dont il était l’une des identités notoires, et sans doute aussi un des meilleurs ambassadeurs, était son pays, mais le monde fut sa patrie, sa conquête et son horizon personnels. Lui qui aimait le voyage et la rencontre avec les autres, ne voyait de limites à rien et rêvait de réunir tout le monde, a choisi Abidjan, chez lui, pour donner son aurevoir, Freiburg, en Allemagne, loin ailleurs, pour faire ses adieux.

Hamback ne pouvait se coucher et se résigner à la déesse fatalité à Abidjan où il a vécu debout en héros anonyme, avant d’être un météore dans le ciel politique et les chaumières de sa Côte d’Ivoire natale. Un homme de cœur et de compromis qui, avant sa retraite définitive, a vécu de loin en observateur impuissant (lui, l’acteur de toujours, inspiré et exalté), les derniers événements majeurs survenus dans son pays.

Le landerneau politique ivoirien portera toujours son empreinte personnelle, les campagnes électorales à la mesure de son tempérament et de ses passions n’auront plus la même saveur, ne connaîtront plus les couleurs et les excentricités exquises qui lui étaient propres : égal à lui-même, personnage atypique, homme de tous les temps, de tous les défis et de tous les combats.

Cette fois, il a renoncé parce qu’il n’a pas eu le choix, mais il n’est pas défait, parce que personne ne l’imagine vaincu et oublié.

Hamed Bakayoko aimait les autres et leur a consacré sa vie et le meilleur de lui-même dans la patience, la persévérance et une générosité de tous les instants. Et pourtant, pendant la maladie, à l’instant fatidique de la mort, il a dû  se sentir bien seul, n’a pu compter  que sur ses propres forces, son unique volonté de s’en sortir et continuer à vivre. C’était le commencement d’une solitude que la vie trompe et la mort rappelle toujours.

Aimons-nous, sans détester personne !
La Côte d’Ivoire pleure un de ses meilleurs fils, un de ses plus grands serviteurs, son peuple perd un ami et un défenseur sûrs. Le monde est orphelin d’un citoyen disponible pour chacun et ouvert à tous.

Moi, je perds un ami rencontré un peu par hasard, comme souvent dans la vie, qui fut là pour écouter, compatir, soutenir, surtout pendant ces moments où on n’est utile à personne, quand le monde semble s’effondrer devant nous, le sol se dérober sous nos pieds.

Merci infiniment Hambak, grand Protecteur des faibles, que les Puissants se disputaient. Plus vivant que mort, tu ne seras jamais seul, même dans la tombe, désormais la passerelle avec le temps et nous, ton œuvre et ton action, le lieu de pèlerinage de l’Amour, de l’affection, de l’attention que tu as apportés à chacun et qu’on aura tous du mal à te rendre, maintenant que tu nous as quittés à jamais !

Une dette de conscience et de cœur, envers notre bon samaritain planétaire et baroudeur-né que la mort a traité en ennemi, la vie garde comme ami et compagnon éternels.

Tibou Kamara, ministre d’État, ministre de l’industrie et des PME