Mineurs – Migrants : « Aujourd’hui, je suis à Aubervilliers, je dors dans la rue, je ne connais personne »

0
10335

La rédaction d’InfoMigrants a recueilli le témoignage de Meite, un jeune Ivoirien de 16 ans, qui a fui son pays pour arriver en France, en juillet 2018. Le jeune garçon dort dans la rue à Aubervilliers, en banlieue parisienne.

« Je m’appelle Meite, et j’ai 16 ans et 6 mois. J’ai quitté la Côte d’Ivoire parce que j’étais menacé par les ‘microbes’ [des adolescents, parfois des enfants de 12 ou 13 ans, extrêmement violents, surnommés ainsi par les Ivoiriens NDLR]. Ils ont tué ma sœur.

Ma mère n’est plus de ce monde. J’ai traversé le Burkina Faso, le Niger et je suis arrivé en Libye. Mon passeur m’a vendu à des Libyens, le 1er août 2016. Je suis resté pendant 6 mois chez ‘Ali Ghetto‘, à Sabah. J’ai été frappé chaque jour pour payer une rançon. Je n’avais pas d’argent. Depuis la Libye, j’ai très mal au dos. La douleur est presque constante.

Un jour, par chance, j’ai réussi à m’enfuir. On était en février 2017, je suis allé à Bani Walid. Là-bas, j’ai été kidnappé par les ‘Asma boys’ [du nom de ces trafiquants qui attirent les migrants d’Afrique subsaharienne en criant ‘Asma, asma’, ‘Écoute, écoute’ avant de les rançonner NDLR]. Ils m’ont frappé sur le front et sur la tête pendant 4 mois. Un ami a fini par payer une rançon de 400 euros.

J’ai quitté Bani Walid et je suis allé à Tripoli. Un Arabe m’a engagé pour aller travailler dans ses champs. Je suis resté 8 mois chez lui. J’avais du mal à travailler, mon dos me faisait souffrir, mais je n’avais pas le choix, j’avais besoin d’argent. Il ne me payait pas toujours, il me retenait chez lui. Quand il a vu que j’étais souvent malade, que je ne pouvais pas travailler correctement, il m’a laissé partir.

J’ai traversé la Méditerranée sur un canot avec 250 personnes environ. Par chance, personne n’est mort. Nous avons été secourus par un navire allemand, le Sea Watch, je crois. Je suis arrivé en Italie, en juin 2018, en Sicile. Je ne suis resté que trois semaines avant de passer en France. Je ne comprenais pas la langue italienne, ça ne servait à rien de rester là-bas.

Je suis arrivé à Nice, sans me faire expulser du train dans lequel j’étais. J’avais acheté un billet, mais je n’avais pas de papiers. J’avais peur.

Je suis aujourd’hui à Aubervilliers [en région parisienne] depuis quelques semaines. Je dors dans la rue, je ne connais personne. Des gens et des associations me donnent de la nourriture. Le plus dur, c’est de s’allonger, le soir. J’ai très mal au dos. J’ai du mal à dormir. »

https://www.aphp.fr/permanences-dacces-aux-soins-de-sante-lap-hp