Pendaisons du 25 janvier 1971 : l’Association des Victimes du Camp Boiro, demande justice à Alpha Condé

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25 janvier 1971, 25 janvier 2019, cela fait 48 ans  jour pour jour que 88 Guinéens ont été pendus  dans toutes les préfectures de la Guinée.  Pour commémorer cette journée l’association des victimes du Camp Boiro (AVCB) était de nouveau sur le pont de 8 nombre ce vendredi 25 janvier  à Conakry. Sous le sceau du souvenir des pendaisons sans jugement équitable.

Dans leurs discours de circonstance, l’association des victimes de Camp Boiro ont adressé ce matin une lettre ouverte au Pr Alpha Condé de reconnaitre et condamner officiellement les exécutions, les pendaisons, les tueries en masse perpétrées sans jugement par le régime d’Ahmed Sékou Touré. Dont  nous vous proposons l’intégralité de cette lettre.

 

Monsieur le Président de la République,

1971-2019, il y a aujourd’hui 48 ans, qu’une purge sans précédent s’abattit sur notre pauvre Guinée. Vous vous en souvenez d’ailleurs, parce que vous l’avez échappé in extrémis. Condamné à mort par Contumace, vous avez été sauvé parce que absent de la Guinée. Nos Pères, compagnons de l’Indépendance de Ahmed Sékou Touré n’eurent pas votre chance. La brutalité des pendaisons, les exécutions sommaires, les tortures pour avouer des crimes suspectés, les humiliations de plus de 80 pendus à travers la Guinée continuent de hanter les sommeils des épouses et des enfants des suppliciés.

Mr. le Président de la République, notre vie est faite de pleurs, de douleurs, de cauchemars, de déchirement tant était effroyable le sort inhumain qui a été réservé à nos pères. Ils n’eurent pas droit à la justice. Ils avaient été désignés par Ahmed Sékou Touré, le PDG et la révolution pour être liquidés afin de satisfaire la soif de sang d’Ahmed Sékou Touré.

Combien de guinéens ont été ainsi massacrés Mr. le Président de la République ? Amnesty évoque le chiffre de 50.000 et plus. Aucune des familles de la Guinée n’a échappé :

LES FAMILLES DIANE, CISSE, MAGASSOUBA, CONDE, BEAVOGUI,ARIBOT, DIALLO,CONTE, FILLOI, DIABY, KABA, BARRY, BALDE,ZOUMANIGUI, KEITA, BAH, CAMARA, TCHIDIMBO,COULIBALY, CEREMOU, DIOUBATE, DRAME, FOFANA, GBAMOU,HABA, KAMANO, KANTE, LOUA, MANSARE, NIMBALAMOU, SAGNOSALL, SIDIBE, SOUMAH, SOUMAHORO, SOW, TOURE,TRAORE, TOGBA, YABAORO, ZOROPOGUI, BAH, BOIRO, SACKO….

Mr. le Président de la République, ces tueries organisées, orchestrées, réfléchies, préméditées ne doivent pas vous laisser indifférent. Vous devez poser des actions concrètes de condamnation de la répression sauvage, implacable, arbitraire d’Ahmed Sékou Touré contre d’autres Guinéens sans défense, à la merci d’une vindicte instrumentalisée par son système et sa machine de répression massive qu’est le PDG. Mr. le Président de la République, en tant que premier Magistrat de ce pays, père, citoyen, vous ne pouvez quitter le pouvoir sans lancer enfin la reconnaissance de ces crimes abominables qui ont assombries le futur de la Guinée. La vie de 88 pendus à travers tout le pays, par des femmes et enfants sortis forcés des écoles a jeté le mauvais sort sur notre pays. C’est en exorcisant le pays de ces crimes que la lumière pourra jaillir de nouveau. Et c’est à vous que revient cette charge en tant que victime. Toutes les familles de Guinée vous soutiendront dans une action crédible, honnête de vérité, justice et réconciliation. Ces familles vous seront à jamais reconnaissantes.  En le faisant, vous donnerez l’espoir à notre pays.

Mr. le Président de la République, une telle dictature doit être dénoncée, le PDG désavoué, Ahmed Sékou Touré reconnu coupable de tant de crimes.

Mr. le Président de la République, œuvrez enfin pour que les familles fassent leur deuil. C’est vous qui pouvez donner une chance aux retrouvailles entre les fils de ce pays. Vous voulez être le Mandela de la Guinée, alors ayez le courage de cette réconciliation.

 Mr. le Président de la République, l’AVCB vous demande de: reconnaitre et de condamner officiellement les exécutions, les pendaisons, les tueries en masse perpétrées sans jugement sous la dictature de Ahmed Sékou Touré.

Mettre à la disposition les fosses commune afin que les victimes fassent enfin leur deuil et les consacrer en mémoriaux nationaux servant de recueillement.

Restituer aux familles les biens spoliés mis dans le portefeuille du patrimoine bâti ou détournés par des agents de l’Etat. Aider et soutenir les familles des victimes matériellement et  financièrement après les saisies de leurs biens et de leurs comptes bancaires.

Mr. le Président de la République, si le règne sanguinaire de Ahmed Sékou Touré semble être un lointain souvenir pour la nouvelle génération, pour nous enfants de ces victimes la douleur reste vive, tenace et actuelle. Pour toutes ces familles endeuillées, qui vous ont fait confiance depuis 2010, vous êtes celui qui peut mettre fin à cette politique d’omerta au plus haut sommet de l’Etat.

Mr. le Président de la République, pour prendre la décision de réhabiliter des victimes innocentes assassinées sans jugement, vous n’avez pas besoin de conseillers anciens délateurs, anciens du PDG, anciens serviteurs d’Ahmed Sékou Touré. Vous devez faire face à votre peuple et lui restituer sa dignité perdue dans ces crimes ignobles et inhumains.

Les familles sont prêtes à vous le reconnaître. Mr. le Président de la République, nous n’avons pas de haine, nous ne voulons pas de vengeance. Mais nous voulons la vérité, la justice et la Réconciliation.

Auteur : Sana Sylla 625.480.252