Pendaisons et exécutions du 25 janvier, 31 juillet et 18 octobre 1971 : la purge qui décima l’élite guinéenne

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25 janvier, la Guinée a commémoré les pendaisons et exécutions publiques sous le régime Sékou Touré. Retour sur ces événements qui ont décimé l’élite guinéenne.
Après l’agression portugaise de la Guinée le 22 novembre 1970, plusieurs cadres, hommes politiques, hommes d’affaires, de Guinéens moyens furent arrêtés et condamnés par l’Assemblée Nationale érigée en Tribunal révolutionnaire suprême sous le régime du Pdg-Rda de Sékou Touré. Cette élite de la Guinée naissante, accusée d’être impliquée dans cette agression portugaise, sans aucune preuve, sous la diète et les tortures, fut sauvagement éliminée à travers tout le pays.
Le pont du 8 novembre, à Kaloum, le 25 janvier 1971 connut des scènes macabres d’une rare violence. Là furent pendus des Guinéens émérites : Keïta Kara de Soufiana, commissaire de police ; Ibrahima Barry 3, Secrétaire d’Etat ; Magassouba Moriba, Ministre de l’Education Nationale ; Baldé Ousmane, Gouverneur de la Banque Centrale et Ministre des Finances.
Des pendaisons eurent aussi lieu dans toutes les grandes villes. Les dignitaires du Pdg-Rda procédèrent à des liquidations systématiques dans toutes les familles Guinéennes. Et, ces tueries se sont poursuivies en juillet 1971, en octobre 1971, en 1974 en 1977 jusqu’en 1979. Ce fut une véritable purge qui décima l’élite guinéenne entre 1960 et 1979.
Avant cette agression portugaise de 1970, feu le président Sékou Touré annonça dans l’un de ses discours au Palais du peuple que la Guinée connaîtra une attaque extérieure par des mercenaires. Et, c’est en novembre qu’elle eut lieu. L’objectif était pour ces mercenaires de venir libérer les prisonniers du PAIGC transférés de Mamou à Conakry quelques jours avant ladite agression.
Dans l’ouvrage de l’un des détenus, Lieutenant-colonel, Camara Kaba 41, intitulé : « Dans la Guinée de Sékou Touré », il a signalé que pendant cette période obscure : «Des centaines de détenus politiques, eux, ne dormaient point. Chacun attendait son tour, son tour de passer à la cabine technique, à l’abattoir, à la mort. Ils avaient suivi son départ pour l’interrogatoire depuis une heure du matin. Ils l’avaient entendue pleurnicher, pleurer, les prier en vain ; mais ce hurlement de bête qu’on égorge leur avait fait perdre tout espoir, l’espoir de s’en sortir. Qu’on puisse torturer ainsi une femme. Bon Dieu ! Bon Dieu ! murmura l’un des plus riches commerçants de Kankan, arrêté depuis trois jours. Saran, c’était elle, en était à son cinquième, car il faut quatre jours de diète sèche avant d’être interrogé, quatre jours sans manger ni boire, sans aucun contact, bouclé par derrière dans une cellule qui a toute l’allure d’une tombe. Aide donc la Révolution, Saran ; cela fait près de deux heures que tu nous embêtes ».
A l’audience publique du Tribunal révolutionnaire suprême les 10 ; 20, 21, 23 janvier 1971, tenue à l’Assemblée nationale réunie en session extraordinaire, érigée en Tribunal révolutionnaire suprême pour juger les coupables de l’agression ignoble perpétrée contre la République de Guinée, le 23 novembre 1970 à Conakry , le 27 et 28 novembre 1970 à Gaoual et Koundara , dans sa formation complète entre le peuple de Guinée demandeur, plusieurs cadres guinéens arrêtés , ont été condamnés dont certains à peine capitale , d’autres par contumace, par pendaisons, à perpétuité et aux travaux forcés.
C’est ainsi qu’opéraient Sékou Touré et sa machine à tuer, le Pdg-Rda. La machine était bien préparée, bien rodée. D’abord, Sékou Touré procède par des accusations sans fondement, il dénonce des complots en préparation de l’esprit de la population. Le premier, «complot des intellectuels », accusa :
1-Touré Fodé (Pharmacien)
2-Diallo Yaya (Ingénieur des PTT)
3-Lamine Kaba (Imam de la mosquée de Coronthie)
4-Diallo Ibrahima (des lois sociales)
Ils furent sauvagement tués.
Le deuxième complot est celui appelé « Complot des enseignants » en décembre 1961. Les enseignants réclamaient le maintien des enseignants français dans les écoles. Ce fut leurs crimes. Furent immédiatement accusés :
1- Keita Koumandian
2- Traoré Mamadou dit Ray Autra
3- Seck Bahi
4- Baldé Hassimiou
5- Baldé Mountaga
6- Camara Sékou
7- Bah Ibrahima Kaba
Ce soi-disant complot eut des conséquences graves. Les enseignants et les étudiants se révolteèrent. L’armée intervint. Les grenades lacrymogènes ne suffirent pas : on tira. Il y eut des morts, des blessés et des arrestations massives d’enfants. Les écoles furent fermées. Les camps militaires de la capitale furent remplis. Trains et camions militaires, bondées, déposèrent les jeunes révoltés dans leur région d’origine, comme pour marquer le coup. Élèves et étudiants, affamés, assoiffés subirent des sévices.
La plupart des enseignants et des étudiants fuirent le pays, préfèrant l’aventure à l’atrocité. Depuis lors, la fuite des jeunes cerveaux n’a cessé de s’opérer. Ceux que ce mouvement avait trouvé à l’extérieur n’osaient plus rentrer en Guinée après leurs études.
A la réouverture des écoles, il n’y avait plus d’enseignants. On prit n’importe qui pour enseigner n’importe quoi. Cadres du Parti, cadres d’entreprises, officiers, ministres et médecins devinrent bientôt professeurs. Le niveau de l’enseignement tomba au plus bas.
Le troisième complot dit : « Petit Touré ».
« Petit Touré » était un riche commerçant devenu directeur d’une grosse entreprise guinéenne. Il eut le malheur de vouloir créer un parti politique. Il déposa le projet au ministère de l’Intérieur, comme le prévoyait la Constitution. Fodéba, alors ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, chargé de l’Armée, agréa, toujours selon la Constitution.
« Petit Touré » et Fodéba oublièrent que la Constitution, c’était Sékou . Cet oubli fit leur perte. « Petit Touré » fut tué avec des centaines d’autres guinéens, et Fodéba tomba en disgrâce. Sékou lui enleva le portefeuille de l’Armée et de la Sécurité et l’envoya à l’Agriculture, poste d’attente, car Fodéba eut aussi son complot en 1969 et fut tué.
In Le Populaire