LA RUSSIE, DERNIÈRE PUISSANCE COLONIALE IMPÉRIALISTE DU MONDE ( Par Goïkoya Kolié )

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Au cours de la tournée africaine qui l’a conduit au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau en juillet 2022, le président français a mis l’Afrique en garde contre le « colonialisme et l’impérialisme russe ». Emmanuel Macron a-t-il réussi à convaincre les Africains du danger que représenterait la Russie pour leur sécurité et leur développement?

M. Macron s’est adressé à une Afrique désabusée, dont les ressortissants voient en la France et ses allés l’incarnation des maux dont souffrent le continent noir, alors que le président français s’évertuait désespérément et très maladroitement à protéger sur la Russie le colonialisme et l’impérialisme que les Africains eux-mêmes reprochent aux puissances occidentales.
Le 27 juillet 2022 à Cotonou, Emmanuel Macron déclare:
« La Russie a commencé au fonds un nouveau type de guerre mondiale hybride. C’est ça la réalité. Elle a décidé que l’information, l’énergie et l’alimentation étaient des instruments militaires mis au service d’une guerre impérialiste continentale contre l’Ukraine. Voila comment je vais qualifier dans les termes les plus crues ce qui se passe aujourd’hui. La Russie a lancé une offensive contre l’Ukraine, c’est une guerre territoriale qu’on pensait disparu du sol européen. C’est une guerre du début du 20ème voire du 19ème siècle. Je parle dans un continent qui a subi les impérialismes coloniaux. La Russie est l’une des dernières puissances impérialiste, coloniale. Elle décide d’envahir un pays voisin, pour y défendre ses intérêts. C’est ça la réalité. Quand vous les voyez pointer leur tête chez vous, n’y voyez pas autre chose. Même s’ils vous tiennent le discours inverse. Et puis, voyant les déséquilibres qu’ils créent, malgré toutes les tournures diplomatiques et la désinformation qu’ils font, je constate que la Russie à travers le monde est l’un des pays qui avec le plus de force utilise des instruments de propagande, usant d’ailleurs de nos règles démocratiques en faisant croire que ce sont des confrères à vous, développant des chaines de télévision, mais Russia Today et Spoutnik ne sont pas des chaines de télévision avec des journalistes libres qui parlent d’une information libre et ouverte.

Ce sont des gens qui divulguent une propagande au service d’un régime qui les paye. Ils utilisent cela pour mener leurs guerres, diviser les opinions publiques et pousser leurs avantages. La deuxième chose, ils font du chantage sur l’alimentation. C’est eux qui ont bloqué les céréales en Ukraine, c’est eux qui régulent leurs céréales. Il n’y a eu aucune sanction sur l’alimentation décidé par qui que ce soit, ni des américains, ni des européens, ni qui que ce soit. C’est eux qui décident de comment réguler le robinet et faire monter les prix, les baisser, laisser venir la nourriture ou pas.

 

Puis, ils vont partout en expliquant aux gens que c’est la faute des autres. C’est ça la réalité. Et puis, sur l’énergie, ils font pareil avec les européens cette fois-ci. Les revenus de la Russie dépendent en grande partie de leur capacité à vendre aux européens ce gaz, et on ne déplace pas un gazoduc en 6 mois. Je ne sais dire ce qu’ils feront, je sais dire qu’ils en useront et je pense qu’il est sage de la part des européens de ne pas s’exposer à ces stratégies, parce que c’est un des éléments de cette guerre hybride. Je pense qu’il faut que cette guerre cesse et que chacun retrouve le chemin de la raison et de la coopération; et j’en appelle aussi au sens de la responsabilité de la Russie qui doit retrouver le chemin de la raison qui n’est pas celui qu’elle a suivi dans les derniers mois ».

Quelques jours plus tard à Bissau, le président Macron y va de l’arme de prédiction de ce qui a toujours été le fer de lance du colonialisme européens en Afrique et ailleurs dans le monde. En s’attaquant avec véhément et colère peu contenue aux autorités maliennes, le président français déclare :

« J’ai fais part aussi au président Sissoko Embalò de l’alarme de la France et de ses partenaires face à ce qui s’apparente – sous couvert d’opération de lutte contre le terrorisme – à des violences systématiques ciblant les populations Peulh. Nous avons partagé l’urgence d’enrayer cet engrenage qui pourrait déstabiliser l’ensemble de la région et avons souligné la responsabilité première des États de la région pour sanctionner les coupables et exercer leur vigilance ».

 

RÉACTIONS

Répondant à distance, Sergueï Lavrov en visite au même moment sur le continent africain notamment en Égypte, en République du Congo, en Ouganda et en Éthiopie, a affirmé en Ouganda que la Russie n’était pas responsable des « crises de l’énergie et des denrées alimentaires », dénonçant « une campagne très bruyante autour de cela ».

Sergei Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Russie :

« On s’attendrait à des déclarations plus éthiques de la part des Français. Il (Emmanuel Macron) a dit, si je me souviens bien, à peu près qu’il est préoccupé par l’activité militaire et diplomatique de la Russie en Afrique, qu’il n’aurait même pas qualifiée de coopération, mais de soutien de régimes et de juntes absolument illégaux. À en juger d’après la liste des pays que nous avons visités en Afrique, s’il y a réagi, c’était assez insultant pour les États africains qui continuent, malgré tout, à développer avec esprit de suite les relations avec la Russie».

Alain Foka, journaliste RFI

Même si l’on peut reprocher des choses graves à la junte malienne, même si l’ont doit dénoncer les exactions des milices Wagner à partir du moment où elles sont avérées, on ne doit pas sous ce prétexte s’employer à diviser encore un peu plus les populations maliennes. Désigner ainsi clairement les peulh dans un discours officiel comme étant les nouvelles victimes du régime malien n’est pas une approche saine. C’est de nature à mettre un peu plus d’huile sur le feu. C’est servir les intérêts des djihadistes que l’on dit combattre.

Quel est le but d’Emmanuel Macron en dénonçant à Bissau, devant un président d’ethnie Peulh, nouveau président en exercice de la Cédéao? Est-ce une tentative de le dresser contre les autorités de Bamako pendant son année de présidence, de l’amener à adhérer à la cause de sa communauté, qui serait malmenée au Mali? N’est-ce pas une réelle faute politique lorsque l’on se souvient que Paris a souvent utilisé de manière éhontée des communautés dans certaines de ses guerres en Afrique notamment dans le Sahel?

Thomas Dietrich, romancier et haut fonctionnaire français

« Les peulh c’est une communauté qui s’étend de la Guinée jusqu’au Centrafrique (…) L’attitude de Macron de pointer une communauté est parfaitement dangereuse, mais aussi parfaitement hypocrite. En 2017-2018, la France, dans sa lutte contre le terrorisme au Mali a embauché des supplétifs qui étaient des Touaregs du mouvement rebelle qui s’appelle le MSA Algatia armé et soutenu par l’armée française. Ces gens-là sont allés faire des massacres contre les Peulh. À l’époque, personne n’en a parlé; personne n’a condamné. Le chef de ce mouvement, Moussa Ag Acharatoumane, s’est vu déroulé le tapis rouge à Paris. Et là, tout d’un coup, vu que c’est les Russes, les victimes prennent de l’importance. Donc, on ne voit des victimes qu’à l’aune de ne propres intérêts politiques ».

Mathieu Guihard, universitaire français :

« Cynisme d’Emmanuel Macron qui condamne l’impérialisme russe lors de sa tournée africaine : les agissements commerciaux, énergétiques, diplomatiques et militaires qu’il dénonce sont ceux que la France pratique depuis 60 ans en Afrique et ailleurs.
Je constate avec plaisir qu’il y a de plus en plus de militants panafricanistes qui se battent courageusement contre la françafrique (que je qualifierais de plus grande mafia du monde). Sachez qu’en Bretagne on vous soutient dans votre lutte pour la démocratie et la liberté. Free Africa »!

Yoweri Museveni, président de l’Ouganda :

« Chaque fois que des questions sont soulevées et que certaines personnes veulent que nous prenions position contre la Russie, nous répondons : Mais ces gens sont avec nous depuis 100 ans. Comment pouvons-nous être automatiquement contre eux? Nous avons pardonné à nos anciens ennemis, aux colons qui nous ont fait du mal, comment pouvons-nous être contre quelqu’un qui ne nous a jamais fait de mal, mais qui au contraire nous a aidés? Nous ne croyons pas qu’il faille être ennemi de l’ennemi d’autrui ».

Nelson Mandela

« Une des erreurs que certains analystes politiques commettent est de penser que leurs ennemis devraient être nos ennemis. Cela, nous ne pouvons pas le faire et nous ne le ferons jamais. Notre attitude envers n’importe quel pays est déterminée par l’attitude de ce pays envers nous ».

En citant cette déclaration du président Mandela dans une récente vidéo, le journaliste politique de RFI Alain Foka explique que dans le royaume des ancêtres, Nelson Mandela doit certainement déplorer le fait que ses propos n’aient pris de rides, puisqu’au Congres américain, on vote des textes pour sanctionner les pays africains qui ne sont pas alignés sur la position occidentale sur la question ukrainienne. En réalité, c’est cette propension à faire la leçon aux Africains, à traiter les Africains comme les ennemis de l’Occident qui contribue à creuser le fossé avec le continent noir, affirme M. Foka.

Alex Waraa, analyste politique :

« Présenter la Russie et la Chine comme les fauteurs de guerre est absurde, car les deux impérialismes qui ont le moins d’intérêt à une guerre mondiale sont justement la Chine et la Russie ! En effet, plus le temps passait plus leur bloc devenait dominant et allait le devenir encore plus en cas de paix mondiale. De même, l’industrie allemande a besoin du gaz et du pétrole russe, alors que la Russie a besoin du capital allemand. La Chine a les dirigeants qui ont le plus œuvré à cette paix et pas par pacifisme ou humanisme évidemment ! Plus la paix durera plus la domination chinoise deviendra irréversible, car les capitaux occidentaux l’ont transformé en atelier du monde !

La guerre n’a pas commencé contre la Chine car c’est une tâche beaucoup plus difficile pour les USA. Elle ne serait pourtant pas difficile à déclencher : il suffirait d’intégrer Taïwan au bloc américain.

La guerre contre la Russie a eu lieu du fait des pressions américaines pour pousser l’Ukraine à l’affrontement et contraindre Moscou à répliquer. La Russie n’a pas pu reculer. La Chine ne s’est pas impliquée mais elle comprend parfaitement qu’elle est la prochaine cible des USA. Il suffit d’une petite provocation américaine soit à Taïwan, soit en mer de Chine, soit en soutenant un des pays voisins de la Chine dans des opérations militaires dans la région, soit contre la Corée du Nord. Les prétextes d’une provocation pour contraindre la Chine à la guerre ne manquent pas…

Les USA sont parvenus à plusieurs objectifs dans leur guerre contre la Russie et celle-ci ne peut que les pousser à aller plus loin.

En effet, la Russie est enlisée en Ukraine. Les USA sont mondialement en meilleure position que jamais : ils ont notamment envahi militairement une partie de l’Europe et contraint bien des pays à les choisir. Par contre, une guerre contre la Chine et ce serait rapidement un affrontement direct et une guerre mondiale !

Le choix d’entrer ou pas en guerre contre la Chine va dépendre directement de l’effondrement, rapide ou pas, de l’économie capitaliste, prise en étau entre inflation et récession, mais surtout étouffée par la suraccumulation du capital. L’impérialisme a son programme : guerre mondiale et destruction de l’humanité pour sauver le capitalisme, comme en 1939 ».

CRÉDIBILITÉ DE LA FRANCE

La Crédibilité de la France est mise à ruse épreuve, puisque ses alliés de l’Union européenne n’hésitent plus à dénoncer « un colonialisme français qui n’a jamais pris fin », quitte à provoquer un séisme diplomatique; confrontation à laquelle ils sont dorénavant prêts, en autant que le débat sur l’extorsion des richesses africaines par la France ait lieu. En Janvier 2019, Luigi Di Maio alors vice-président du Conseil italien, accusait son allié et voisin la France d’appauvrir l’Afrique. De son côté Metteo Salvini, aussi vice-premier ministre et ministre de l’intérieur de l’Italie accusait la France de priver l’Afrique de sa richesse.

Luigi Di Maio a souhaité que l’Union européenne prenne « des sanctions » contre les pays qui, à commencer par la France appauvrissent l’Afrique. Si aujourd’hui il y a des gens qui partent, c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains. Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15e puissance économique mondiale alors qu’elle est parmi les premières grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique », avait-il argué.

Pour Matteo Salvini « Le problème des migrants a beaucoup de causes : par exemple, ceux qui ne vont pas en Afrique pour créer du développement, mais plutôt pour soustraire de la richesse au peuple africain. La France est parmi eux, l’Italie, non. A partir d’aujourd’hui, ceux qui veulent débarquer en Italie, on va les emmener à Marseille. Je vais demander des sanctions contre les pays qui colonisent l’Afrique. La France imprime le franc dans les colonies pour financer une partie de sa dette : pour laisser les Africains en Afrique, il suffirait que les Français restent chez eux ».

FACT CHECKING

Peut-on soutenir que la Russie qui n’a aucune colonie outre-mer – à l’exception de quelques minuscules morceaux situés hors de son territoire, dont notamment un rocher en Suisse avec une croix de pierre, un village glacial Barentsburg en territoire norvégien, une figuier biblique, un cosmodrome à Baïkonour au Kazakhstan etc. – serait la dernière puissance coloniale et impérialiste alors que la France et la Grande Bretagne entretiennent subtilement leurs colonies réunies au sein d’opaques organisations néocoloniales de promotion de leur culture, leur langues, leur vision politique et économique du monde à travers le Commonwealth et la Francophonie? Des Îles Éparses à la Nouvelle Calédonie en passant par Mayotte, la Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy, Wallis-et-Futuna, Polynésie française, Terres australes et antarctiques française, Clipperton, la France du président Macron est un pays qui pratique encore la colonisation et l’exploitation éhontée des hommes, femmes, enfants et leurs richesses, alors qu’il se dresse sur un arrogant toupet pour faire des reproches à la Russie. Plus de dix décennies après les indépendances africaines, la France maintient une forte présence militaire dans plusieurs anciennes colonies.

En dehors du cas très médiatisé et controversé de la présence de l’armée française au Sahel, où la France est accusée d’entretenir des terroristes qu’elle a fait venir de Libye pour justifier sa présence dans la région, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Sénégal et Djibouti ont des bases militaires françaises pour des raisons évidentes de surveillance et de protection des intérêts coloniaux de la France en Afrique.

ANTHONY BLINKEN EN AFRIQUE

Face à un continent en ébullition sociopolitique et en profonde transformation économique dans une dynamique croissance démographique, qui semble vouloir renaître de ses cendres et qui se positionne de plus en plus comme une entité incontournable d’un monde lui aussi en profonds bouleversements et en rejet de ce qui a été un ordre international qui a permis aux États-Unis de dominé l’économie mondiale sans partage, le secrétaire d’État américain, à la suite du président français, s’est rendu en Afrique, en ce début août 2022, pour tenter de consolider les liens établis avec ce continent depuis les années 60, alors que tout semble échapper au bloc occidental, avec l’arrivée sur le continent noir de leurs rivaux chinois et russes.

Les intérêts économiques de Washington et ses alliés sont nombreux en Afrique. Le monde réalise finalement que sans les énormes richesses du continent africain, les pays développé auront du mal à préserver leurs avances sur leurs concurrents.

Sur le chemin des Américains, un obstacle de taille : l’Afrique refuse dorénavant un mariage dans une camisole de force et se laisse séduire par les promesses de garantie de sécurité offertes d’un côté par les Russes et de l’autre côté, la politique de gagnant/gagnant des Chinois, le tout s’inscrivant dans une approche aux antipodes du paternalisme, du mépris, de la vulgarité et du peu de considération auxquels les Africains ont été habitués de la part de leurs partenaires occidentaux comme en témoigne d’ailleurs la visite du président Macron susmentionnée.

L’ESCALE SUD-AFRICAINE

L’émissaire de l’administration Biden débarque en Afrique à un moment crucial, alors que la guerre qui se prolonge en Ukraine met à l’épreuve la détermination même des plus grands soutiens de Kiev. Anthony Blinken affirme avoir un message récurrent pour les dirigeants du continent : « Washington ne vous poussera pas à choisir entre l’Amérique et ses rivaux mondiaux, même si la Russie et la Chine font des incursions à travers le continent ».

Les Africains se demandent si Blinken croit à ses propres mensonges, puisque le projet de loi intitulé : The Countering Malign Russia Activites in Africa/Contrer les activités malveillantes de la Russie en Afrique, qui vise essentiellement à punir éventuellement les gouvernements africains qui refuseront d’obéir à l’interdiction américaine de commercer avec la Russie, a été approuvé par la Chambre des représentants et attend le vote du Sénat pour sévir.

Dans un discours qui a dévoilé à Pretoria la nouvelle stratégie de l’administration Biden pour l’Afrique subsaharienne, Blinken a plutôt décrit ce que l’Amérique considère être pour les Africains l’alternative la plus constructive et qui s’articule autour de la promotion de la démocratie, l’allégement de la dette et le soutien à l’agriculture et à l’énergie verte. Par cette approche du soft power, le régime de Joe Biden espère se rendre plus attrayant pour contrer ce que les stratèges américains qualifient de pratiques de dette usuraire de la Chine et d’activités déstabilisatrices du groupe Wagner.

« Les États-Unis ne dicteront pas les choix de l’Afrique, et personne d’autre ne devrait le faire. Le droit de faire ces choix appartient aux Africains, et aux Africains seuls », a déclaré Blinken dans son discours à l’Université de Pretoria. Le secrétaire d’État américain a également parlé du soutien américain à l’Ukraine, affirmant que l’invasion de la Russie était une agression contre l’ensemble de l’ordre international.
L’ensemble des failles dans les relations économiques et politiques de plus en plus complexes des nations africaines avec les États-Unis est apparu dès le premier arrêt de Blinken, où les responsables sud-africains ont souligné leur droit de poursuivre les intérêts fondamentaux de leur pays plutôt que de suivre les signaux d’États plus grands et plus prospères. L’Afrique du Sud est restée neutre sur le conflit avec la Russie, son partenaire dans le groupe de pays BRICS, et s’est abstenue lors de tout vote de l’ONU sur la question, bien que Mme Naledi Pandor ait déclaré que le pays détestait la guerre et aimerait voir la fin du conflit.

La ministre sud-africaine des Relations internationales, Naledi Pandor, a accusé l’Occident d’adopter parfois une attitude condescendante et intimidante envers l’Afrique, alors qu’elle accueillait le secrétaire d’État américain Antony Blinken lors de la première étape de sa visite en Afrique. Pandor a clairement indiqué que l’Afrique du Sud avait des points de vue différents de ceux des États-Unis sur l’Ukraine, la Chine, Israël et les Palestiniens.

Lors d’une conférence de presse conjointe dans la capitale sud-africaine, Blinken a beau souligné qu’il n’était pas en tournée dans trois pays du continent afin de contrer l’influence croissante de Moscou et de Pékin dans la région, comme cela a été largement spéculé, après que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ait visité le continent le mois dernier, ses interlocuteurs ne sont pas dupes. Selon Mme Pandor, même si cela ne venait pas de Blinken, l’Afrique du Sud avait subi des pressions de la part de certains occidentaux pour s’aligner sur leur politique à l’égard de l’Ukraine. Elle a également semblé critiquer le projet de loi américain cité plus haut qui a été considéré par beaucoup sur le continent comme un moyen de punir les pays africains qui n’ont pas respecté le mot d’ordre sur l’Ukraine; certains analystes politiques Africains évoquant même une déclaration de guerre à l’Afrique.

« Tout autant que le peuple ukrainien mérite son territoire et sa liberté, le peuple palestinien mérite son territoire et sa liberté, et nous devrions être tout aussi préoccupés par ce qui arrive au peuple palestinien que par ce qui arrive au peuple ukrainien. Nous n’avons pas vu d’approche impartiale dans l’utilisation des prescriptions du droit international. C’est ce qui conduit parfois au cynisme à l’égard des organismes internationaux et à un manque de confiance dans leur capacité à protéger les plus faibles et les plus marginalisés. Une chose que je n’aime vraiment pas, c’est qu’on me dise soit vous choisissez ceci – soit autre chose. Je ne serai certainement pas victime d’intimidation de cette façon, et je ne m’attendrais pas non plus à ce qu’un pays africain digne de ce nom soit d’accord »; a déclaré Mme Pandor aux journalistes aux côtés de Blinken.

Naledi Pandor a également ajouté que les États-Unis n’étaient pas coupables d’une telle infraction. Mais elle a dénoncé l’application incohérente des principes que les puissances occidentales ont défendus en Ukraine, faisant une critique implicite de la politique américaine sur le conflit israélo-palestinien alors qu’elle appelait à la défense égale des Palestiniens et des Ukrainiens.
De son côté le secrétaire américain n’a pas omis de critiquer Pékin pour sa « vive réaction » à la visite de la présidente de la Chambre Nancy Pelosi à Taïwan. Mme. Pandor n’a pas voulu commenter spécifiquement Taïwan, mais a déclaré que l’Afrique du Sud ne voulait pas être partie prenante à un conflit entre la Chine et les États-Unis.

DÉLICAT ET DANGEREUX JEU EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO ET AU RWANDA

« Nous somme très préoccupés par les informations crédibles selon lesquelles le Rwanda a soutenu le M23. Nous demandons à toutes les parties de la région de cesser tout soutien apporté au M23 ou d’autres groupes armés non étatiques », a déclaré Anthony Blinken à Kinshasa en conférence de presse avec son homologue congolais.

Au lendemain de la visite de Blinken, les autorités congolaises ont exprimé leur satisfaction des propos sans « ambiguïté » du ministre américain sur le respect de l’intégrité territoriale de la RDC. Les Congolais se réjouissent d’avoir fait de Blinken leur porteur de message de protestation au président Rwandais.
Au Rwanda, Anthony Blinken prétend avoir abordé avec le président Paul Kagamé la question des droits de l’homme et les préoccupations américaines concernant le manque de garanties de procès équitable. Le secrétaire d’État américain soutient également avoir discuté des allégations du présumé soutient qu’apporterait M. Kagamé à un groupe rebelle en république démocratique du Congo.

« Comme je l’ai dit au président Kagamé, nous pensons que les gens dans tous les pays devraient pouvoir exprimer leurs opinions sans peur d’intimidation, d’emprisonnement, de violences ou de tout autre forme de répression », a déclaré Antony Blinken lors de sa conférence de presse à Kigali.

Le jeu est d’autant plus dangereux que l’on observe une transition, un basculement et une déviation de la politique et du soutien américain dans la région, alors qu’ils semblent prendre la direction de Kinshasa. Le modus operandi des changements de régime et d’alliés est réactivé. Dans un premier, il y a ce nouvel adversaire, un ancien protégé, qu’on nous présente maintenant comme extrêmement dangereux, devenu irrationnel pour justifier moralement sa destruction par la force.

Dans un deuxième temps, il y a ces indices – le soutien allégué de Paul Kagamé à la rébellion du M23 (un secret de polichinelle), en plus du contexte politique interne du Rwanda – ce qui les place dans la posture de la légitime défense des plus faibles. Dans une troisième phase, il y aura cette cause consensuelle qui transcende et exige l’usage de la force : le respect de la démocratie et des droits de l’homme dans la région des grands lacs. Il faut souligner qu’à la lumière de ce qui précède, Paul Kagamé, l’enfant chéri de la prédation coloniale américaine des 30 dernières années est dorénavant dans un fauteuil chancelant. Le génocide de 800 000 Rwandais est maintenant oublié, Paul Kagamé peut être publiquement décoiffé et détrôné, probablement humilié comme Lumumba, pour ainsi marquer les esprits, le tout au profit des immenses intérêts américains en république démocratique du Congo.

LA DIPLOMATIE DE LA DUPLICITÉ OU LA GÉOPOLITIQUE DU CHAOS

La duplicité américaine et l’arrogance de Macron sont à la hauteur du mépris que nourrissent les puissances occidentales à l’égard d’une Afrique de plus en plus défiante, mais qui n’a pas encore suffisamment mesuré ni suffisamment pris conscience de son propre pouvoir. Pire, la bonne vieille recette de la prédation coloniale des pays développés : diviser pour régner, reste encore une efficace arme de destruction massive qui fait ses preuves sur le continent. On se rappellera qu’en soutenant la rébellion armée qui portera le général Paul Kagamé au pouvoir, les Américains et leurs alliés notamment la France – avec l’Opération Turquoise – avaient facilité la traversé de centaines de milliers de miliciens Hutu génocidaires vers le Kivu du Zaïre de leur allié ou pantin de l’époque Mobutu, en 1994.

Au cours des trois dernières décennies, avec le soutien sans faille des États-Unis, le Rwanda a servi de base arrière et de lieu de transit du trafic des minerais extorquer à la RDC par les mouvements rebelles, alors qu’ultimement ces minerais regagnaient le marché américain, sans qui ce pays ait à payer un juste prix pour acquérir les ressources naturelles du Congo.

Conséquemment, les Africains sont à couteux tirés, prêts à s’entretuer pendant que leurs véritables bourreaux se font passer pour des arbitres faiseurs de paix, de démocratie, de droit de l’homme et de toute la litanie des inepties que les Africains absorbent sans trop se poser de questions. Ce déplacement qui se voulait l’occasion de dévoiler une nouvelle stratégie américaine de l’Afrique subsaharienne visant à relancer et/ou renforcer une présence des États-Unis et à concurrencer des rivaux géopolitiques tels que la Chine et la Russie aura peut-être été un coup d’épée dans l’eau. Puisque, lorsque les États-Unis prétendent se soucier par exemple de la santé des Africains, ceux-ci leur rappellent candidement, comme Rama Yade, qu’avec la pandémie de la covid-19 ils ont plutôt reçu des vaccins que les pays donateurs ne voulaient plus administrer à leurs propres populations.

Est-ce donc réellement pour le bien-être et la sécurité des Africains que les États-Unis, la France et leurs alliés d’un côté et la Chine et la Russie de l’autre côté, s’intéressent-ils à l’Afrique ou plutôt parce les uns craignent de perdre un continent résolument tourné vers tous ceux qui la convoitent et que ces nouveaux venus entendent bien tirer profit d’une fragile divorcée qui fuit une relation abusive et violente?

« Avec la pandémie du coronavirus, l’Afrique a bien compris que ses partenaires n’ont que faire de sa santé d’autant plus que les vaccins livrés au continent étaient plutôt des cadeaux empoisonnés, des vaccins en péremption et des restants de commande que les donateurs n’administraient plus à leurs propres population», commente un diplomate Africain qui requiert l’anonymat .

Dans une de ses vidéos de sensibilisation de la jeunesse africaine sur les conséquences de la guerre géostratégique qui oppose les pays de l’Ouest à leurs rivaux Chinois et Russes, l’analyste politique suisso-camerounaise, Nathalie Yam fait remarquer que depuis la levée du blocus il y a quelques jours, huit navires chargés de céréales ont quitté les ports d’Odessa et de Tchornomork en Ukraine en destination du Liban, du Royaume-Unis, de l’Irlande, la Corée du Sud et la Turquie. Mme Yamb souligne que le narratif qui avait été utilisé au soutien de la levée du blocus russe sur les ports ukrainiens était qu’il fallait agir au plus vite sinon l’Afrique allait mourir de faim.

« Macron avait même demandé à ses laquais Macki Sall et Moussa Faki d’aller faire la danse du ventre devant Vladimir Poutine. Ce qu’ils ont fait la queue frétillante. Le président de la fédération de Russie ne s’y était pas trompé. Il avait même donné un cours gratuit de géopolitique très humiliant à nos deux lascars. Vous savez que j’ai toujours dénoncé avec véhémence ce narratif mensonger que les occidentaux répètent à chaque fois qu’ils sont dans le pétrin. On met ne avant l’Afrique comme une mendiante, alors que l’on cherche à se remplir ses propres poches. Quant ils ont besoins de cash au mois de juin 2021, ils ont prétendu que les droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI étaient pour nous, alors qu’en réalité, sur les 650 milliards de dollars, seuls 5% ont été attribués à l’Afrique soit 34 milliards de dollars. Le reste 616 milliards de dollars est allé joliment dans les poches de ces généreux occidentaux. Quant ils se retrouvent en manque de céréales à cause des imbéciles sanctions qu’ils ont prises à l’encontre de la Russie, ils plaident la levée du blocus en disant que c’est pour sauver ces pauvres Africains de la famine. Alors que la dernière fois qu’on a vérifié, non seulement on s’en fou de leur blé, puisqu’on a nos maniocs, mils, sorgos, fonios, ignames etc., mais également, on a beau cherché sur la carte de l’Afrique, on n’y voit pas de pays dénommés Liban, Royaume-Unis, Corée du Sud ou Turquie. Africains, chaque fois que vous verrez des Occidentaux, que ce soient un État, des hommes politiques et même une organisation supranationale dire qu’ils font quelques chose pour vous, pour vous aider, sachez qu’ils mentent comme des arracheurs de dent. Ils ne feront jamais rien pour vous; ils ne feront jamais rien pour l’Afrique. Nos solutions sont dans nos propres rangs en Afrique et ailleurs dans le monde et il est vaste ». Affirme Nathalie Yamb.

UNE RÉCURRENTE HYPOCRISIE DÉNONCÉE DANS LE MONDE

Rapportant une entrevue du ministre indien des Affaires étrangères avec une journaliste de la BBC, un journal local indien écrivait en avril dernier ce qui suit :
L’Indien Jaishankar lance une fois des attaques sans merci contre l’hypocrisie occidentale. Même si au risque de répéter encore et encore, que le ministre indien des Affaires extérieures, le Dr Subrahmanyam Jaishankar, n’a jamais mâché ses mots en dénonçant l’hypocrisie occidentale à la suite de la guerre russo-ukrainienne; cette fois encore, au Forum Globe-Sec 2022 de Bratislava, le Dr Jaishankar a joué sur le devant de la scène et a dénoncé les critiques occidentales sur la politique étrangère de l’Inde. Non seulement a-t-il tendu le miroir à l’Europe et affirmé le droit de l’Inde à faire des choix en fonction de ses propres intérêts, mais il a également terminé son propos par cette remarque « le monde ne peut pas être aussi eurocentrique qu’il l’était dans le passé ». S’adressant à l’intervieweur qui a persisté avec frénésie sur le récit des leçons de l’Occident sur la position de l’Inde sur la guerre en Europe et le fait qu’elle achète du pétrole russe à prix réduit, le Dr Jaishankar a déclaré : « L’Europe doit sortir de l’état d’esprit selon lequel les problèmes de l’Europe sont les problèmes du monde, mais les problèmes du monde ne sont pas les problèmes de l’Europe ».

Le Dr Jaishankar a souligné que l’Europe continue d’acheter du gaz russe et comment le nouveau paquet de sanctions contre la Russie est conçu de manière à tenir compte du bien-être de la population européenne. Ainsi, les gens doivent comprendre que si vous pouvez être prévenant envers vous-même, vous pouvez sûrement être prévenant envers les autres. Le Dr Jaishankar a apostrophé son interlocuteur avec un sourire sur son visage : « Je ne veux pas paraître argumentatif, dites-moi qu’acheter du gaz russe ne finance pas la guerre?

C’est seulement l’argent indien qui arrive en Russie qui financerait la guerre mais pas l’argent européen qui est la contrepartie du gaz russe qui arrive en Europe? L’Inde a clairement indiqué qu’elle défendrait ses propres intérêts et ne s’effondrerait pas sous la pression de la politique occidentale voulant qu’on soit avec ou contre elle. Mais l’intervieweur a essayé une nouvelle fois d’imposer une vision occidentale rétrograde en ces termes. « Monsieur Jaishankar, il y aura toujours deux axes, c’est un fait accepté par tous, que vous avez l’ouest dirigé par les États-Unis, et vous avez la Chine comme prochain axe potentiel. Quelle est la place de l’Inde là-dedans ? » Elle a demandé. Désolé, c’est exactement là où je ne suis en désaccord avec vous. Cette construction que vous essayez de m’imposer et je ne peux accepte pas. Je suis un cinquième de la population mondiale, je suis la cinquième ou la sixième plus grande économie de ce monde, oubliez le peu d’histoire/civilisation, tout le monde sait ça.

L’Inde a le droit d’avoir son propre camp, de peser ses propres intérêts, de faire ses propres choix ses choix ne seront pas cyniques ou transactionnels, ils seront un équilibre entre les valeurs de l’Inde et ses intérêts. Aucun pays au monde ne fait fi de ses intérêts ».

La Russie est-elle la seule et unique dernière puissance coloniale et impérialiste dont l’Afrique devrait se méfier? Permettez-moi d’en douter. Aux Africains de prendre leur destin en mains. Ces derniers ne sont d’ailleurs plus collectivement naïfs. Ils comprennent à présent que leur interlocuteur s’appelle Chine, États-Unis, France, Russie ou Union européenne l’intéressé n’est pas en Afrique pour leurs beaux yeux, mais bien pour les richesses qu’ils ont dans leur sous-sol.

Pour cette considération, l’Afrique refuse de prendre position dans des guerres qui ne la concernent pas et qui ne devraient pas la concerner. Il est temps de comprendre le message et d’aller en Afrique pour faire des affaires qui profitent à la fois aux Africains et à ses partenaires et non uniquement aux étrangers.

 Par Goïkoya Kolié