Le roi Pelé est mort, le football perd sa légende

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3247684 01.12.2017 December 1, 2017. Brazilian footballer Pele during the meeting of Russian President Vladimir Putin with world football stars who came to Moscow for participating in the official final draw ceremony of the 2018 FIFA World Cup. Photo : Sputnik / Icon Sport

Le Brésilien Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, est parti à 82 ans dribbler vers d’autres cieux. Lauréat de trois Coupes du monde, le plus grand footballeur de tous les temps a rejoint la voie lactée emportant avec lui une certaine idée du jeu et de l’enfance.

Le cancer a fini par l’emporter. Le Brésilien Pelé, première star planétaire du football, est mort à l’âge de 82 ans, a annoncé ce jeudi l’une de ses filles, Kely Nascimento. « Nous t’aimons à l’infini, repose en paix » a-t-elle écrit sur Instagram, depuis l’hôpital Albert-Einstein de Sao Paulo où il avait été admis il y a un mois. L’hôpital a précisé dans un communiqué que le décès avait été causé par « une défaillance de multiples organes ».

 

 

 

 

A-t-il osé dribbler Dieu ? En ouvrant la porte du paradis, Pelé a peut-être laissé échapper Garrincha dont le surnom évoque un petit oiseau tropical qui meurt dès qu’on l’enferme.

 

Lorsque les deux jouèrent ensemble, jamais, le Brésil ne perdit un match. Et il serait étonnant que là-haut, ils en perdent beaucoup. Bien sûr, de grands gardiens continuent à se dresser devant eux. On pense à Lev Yachine et à Ladislao Mazurkiewicz qui demandera peut-être à Pelé d’expliquer l’inexplicable. Cet invraisemblable grand pont surgi en demi-finale du Mondial 70 et dont la magie nous fit oublier qu’il n’y eut pas but.

 

 

Cette Coupe du monde, la première en couleurs, reste le firmament d’une carrière majestueuse. On ne remerciera jamais assez nos parents de nous avoir permis de veiller au-delà de minuit. Parce que devant nous, nous avions le plus grand joueur de tous les temps et la plus grande équipe de tous les temps.

 

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Elle était composée de quatre numéros dix et, accessoirement d’un gardien, Félix, et ses arabesques furent autant de directions vers le jeu originel. Le lob de cinquante mètres sur Viktor, le but marqué de la tête, et arrêté par Banks, la finale, sorte de chef d’œuvre absolu aux dépens d’une Squadra Azzurra sortant à peine du match du siècle, la passe aveugle à Carlos Alberto. Les images ont parsemé notre enfance avec comme héros un footballeur d’ébène qui prolongea longtemps le sillon lumineux tracé par Friedenreich et Leonidas.

 

Pelé avec le maillot du Brésil en 1960 lors d’un match amical en Suède.

 

 

Photo d’archives AFP

« Avant la finale, je me disais : il est en chair et en os comme moi. J’ai ensuite compris que je m’étais trompé. » Signées Tarcisio Burgnich, monolithique défenseur de l’Inter d’Helenio Herrera, ces paroles résonnent comme le plus beau des hommages. Du haut de son mètre soixante-treize, crampons

compris, Pelé n’eut de cesse de voyager à une altitude inusitée. Il fut le premier footballeur à marcher sur la Lune.

Comme Fausto Coppi qui était dessiné pour le cyclisme, il était fait pour le football. Dribbleur impénitent, puissant, doté d’une détente prodigieuse, comprenant tout avant tout le monde, il était aussi capable de courir vite et longtemps. Il fallut qu’un sombre Bulgare et un Portugais s’y prennent à deux fois pour le désarçonner dans une World Cup 66 où les Argentins se firent traiter d’animaux par Alf Ramsey que la Reine n’allait pas tarder à ennoblir.

Un 1000e but inscrit en 1969

Six ans auparavant, il avait disputé la bagatelle de 116 matches. Au fil des années, la junte militaire le proclama trésor national et interdit tout transfert vers l’Espagne ou l’Italie. Le gamin de Tres Coraçoes donna alors des récitals dans toute l’Europe avec Santos et son nom devint universel.

Le 19 novembre 1969, il entra encore un peu plus dans la légende en inscrivant le 1000ème but de sa carrière. Une performance stratosphérique à laquelle les 80 000 spectateurs du Stade Maracaña assistèrent lors d’un match entre Vasco de Gama et Santos. Le temps d’un instant Pelé écrit l’histoire et fait oublier que le ballon rond est un sport collectif. Pendant vingt minutes, le temps s’arrêta. Les supporters rentrèrent sur le terrain, les aussi pour célébrer l’avènement du roi.

 

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Pelé incarne le football. Mais son nom a nourri des sentiments divers. Il était catalogué à droite alors que Maradona, le grand ennemi, est de gauche, toujours en lutte contre les corrompus de la FIFA, et on lui reprocha de s’être vendu aux marchands du temple pour finir comme une marque. Les Brésiliens n’ont, d’ailleurs, pas la même approche quand on leur parle de Garrincha et de Pelé. Ils aiment le premier, surnommé la joie du peuple, et admirent le second. Mais Garrincha mourut sur un trottoir, ravagé par l’alcool, et on oublie que Pelé résista aux militaires qui voulaient l’exhiber à une cinquième coupe du monde en 1974.

 

Après sa retraite sportive, l’aura de Pelé n’a pas disparu auprès du grand public. Il l’a mis au service des autres en étant ambassadeur pour l’ONU et l’UNESCO à l’Écologie et l’Environnement. Il fut également ministre des Sports au Brésil pendant quatre ans de 1995 à 1999. Mais on ne veut retenir que le génie du joueur balle au pied. Pelé distilla un football d’allégresse empreint de naïveté et qui vous conduit à la lévitation. Pelé n’est pas mort. C’est juste une part de notre enfance qui s’en est allée.

L’Alace