Putsch militaire et soutien populaire : Pourquoi devrions-nous rejeter les condamnations superfétatoires et les appels à l’organisation d’élections? ( Par Goïkoya Kolié )

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L’illusion démocratique dans laquelle l’Afrique s’est laissée  emberlificoter, soutient erronément que le simple fait d’organiser des élections dans un pays, est suffisant pour décrocher le label Pays démocratique.

Au soutien de ce postulat, toute accession au pouvoir qui ne passe pas par des élections financées, supervisées, approuvées et validées par la communauté dite internationale, ne peut être tolérée, à moins que ladite communauté détermine que l’ascension « irrégulière », le coup de force, n’empiète pas sur les intérêts des puissances prédatrices qui la composent et qui sont impliquées en Afrique, dans l’extorsion des richesses et l’appauvrissement des populations du continent noir.

C’est dans cet état d’esprit que la communauté internationale contestera vigoureusement la victoire de Félix Tshisekedi, à la suite d’une élection polarisante, où elle avait son propre candidat, Martin Fayulu, sélectionné au gré de ses intérêts; élection qui avait coûté 500 millions de dollars au Congolais. Dans le même état d’esprit, la même communauté défendra le coup d’État au Tchad et rejettera celui du Mali, pendant qu’elle condamnait du bout des lèvres ceux de la Guinée et du Burkina Faso. Go find out why?

Lorsque les présidents sélectionnés par la communauté internationale sont renversés par un coup d’État qui a échappé aux espions disséminés au sein des chancelleries, des missions dites humanitaires et des ONG droit-de-l’hommiste, on prend alors tous les moyens (intimidation, harcèlement, trafic d’influence, menace, sanctions économiques et financières, violences politiques et militaires, pour exiger et obtenir un retour d’un supposé «désordre » constitutionnel. Le lapsus et l’euphémisme sont à la hauteur de la chienlit démocratique que connait l’Afrique.

Lorsqu’il s’agit d’un coup d’État ou d’un assassinat politique commandité par l’oligarchie économico-politique de l’impérialisme, un nouveau prince est souvent intronisé par Néron lui-même, au mépris du même ordre constitutionnel. C’est ce que le Tchad a connu en avril 2021, alors que le président Macron est venu consolider la main mise de son pays sur ce pays aux ressources énergiques immenses, que la France estime stratégiques à son économie, sa puissance et sa place dans le concert des grands pays.

Ce deux poids deux mesures est vivement dénoncé au haut niveau par une Afrique éveillée,  dont le ministre des affaires étrangères du Mali. En entrevue sur France 24, pour réagir aux violentes charges des sulfureux ministres des Armées et des Affaires étrangères de la France contre son pays, Abdoulaye Diop assène :

« Cette attitude agressive et hostile à l’endroit du Mali n’a rien à voir avec les raisons qui sont mises de l’avant et qui seraient liées au respect de la démocratie, au respect des droits de l’homme, ou à des coups d’État. Non. Le Mali est puni parce que les choix politiques des autorités du Mali ne conviennent pas à certains. Je crois que nous devons pouvoir sortir de ça, parce que, mêmes les coups d’État dont on parle; la France applaudit des coups d’État, quand ça va dans le sens de ses intérêts. Elle condamne quand ça va dans le sens contraire à ses intérêts. Cette politique de deux poids, deux mesures doit cesser. Il y a eu beaucoup de pays où il y a eu des situations, il y a des politiques de deux poids deux mesures et de la France et même de nos organisations africaines ».

Il faut comprendre de la prose du ministre Diop, que les condamnations opportunistes de coups d’État n’ont cure de la démocratie. Elles sont le résultat d’une hypocrisie internationale, répondant aux intérêts de prédateurs coloniaux, qui utilisent et manipulent une opposition politique néocoloniale, hostile aux intérêts du pays qu’elle aspire dirigée.

C’est dans ce climat que renaît en Afrique, un panafricanisme décomplexé, prêt à démolir le paradigme du principe démocratique occidental, qui à son avis, rame à contre-courant de tous les idéaux de développement du continent noir et du bien-être de ses populations. Le panafricanisme dénonce les ratés de l’expérience démocratique, d’une démocratie importée, malveillante, qui n’a aucune assise endogène et qui incapable de se greffer à une source de la culture politique traditionnelle africaine.

Selon le renouveau panafricaniste, le paradigme de la démocratie importée se résume à d’énormes efforts pour maintenir l’Afrique dans le sous-développement, afin d’assurer le développement de l’Occident, en fournissant gratuitement à l’Europe coloniale et ses alliés, toute la matière première dont ils ont besoin, pour préserver leur puissance, leur hégémonie et le bien-être des leurs. Ce pompage qui installe la misère permanente en Afrique, se traduit par voie de conséquence, par l’hyper puissance de pays pauvres comme la France ou la Grande-Bretagne, qui autrement, ne pourraient jamais atteindre l’insolente richesse, qui justifie leur domination sur les pays qu’ils exploitent.

Cette réalité dont la dénonciation est automatiquement associée au prétendu sentiment antioccidental et à la théorie du complot, pousse le professeur Théophile Obenga à soutenir que l’Occident n’a aucun intérêt à ce que l’Afrique se développe. Selon l’égyptologue Congolais, les aides, la coopération internationale et l’assistance sont des cadeaux empoisonnés, destinés à freiner le développement de l’Afrique. La cause profonde du sous développement n’est pas ce qu’on raconte : corruption, mal-gouvernance, absence de culture démocratique et de savoir vire. Puisque si l’Afrique échappe à ce portrait, se développe et renverse le rapport de force abyssal qui lui est aujourd’hui défavorable, ce serait la fin d’un monde construit sur son exploitation depuis 1454.

Condamnations des coups d’États et sanctions internationales : quelle légitimité
Il n’y a que dans théorie de la démocratie de la Baule, qu’on soutient que des élections suffissent à conférer de la légitimité et de la légalité. Cette prémisse autorise à questionner la légitimité démocratique de la plupart des chefs d’État qui ont pris des sanctions contre le Mali, le 9 janvier 2022 à Accra.

Faure Gnassingbé, qui empile les mandats, sur le sang de ses concitoyens, peut-il légitimement imposer des sanctions au chef de la résistance malienne? Faut-il rappeler qu’à chaque élection au Togo, le président est réélu sur un fleuve de sang de ses concitoyens?

Le président de la Côte d’Ivoire est-il le démocrate éploré, qui tente admirablement de réinstaurer la démocratie chez son voisin malien, alors qu’il a été porté au pouvoir par une sanglante rébellion, en renversant de force et non par les urnes un président démocratiquement élu. Il est reproché au président Ouattara d’avoir usurpé un troisième mandat, en autorisé ses partisans à jouer au football avec la tête d’au moins un militant de l’opposition.

Le président Bazoum a-t-il la légitimité d’imposer des sanctions au Mali? Le président Nigérien arrive au pouvoir, à l’issue d’une élection contestée, échappant in extremis à un coup d’État militaire, sauvé par l’armée française, (dit-on à Niamey), le jour de son investiture.

Depuis, son coup d’État électoral, Mohamad Bazoum s’est révélé un piètre président, mais aussi et surtout, un inconditionnel du colonialisme français, allant jusqu’à justifier le massacre de ses compatriotes, par les mercenaires français, alors que les jeunes Nigériens manifestaient pacifiquement, dans une démocratie supposée, contre le passage sur le territoire nigérien d’un convoi de l’armée française, soupçonné de ravitailler en armes et munitions les terroristes du nord Mali.

Le sacro-saint ordre constitutionnel
La sacralisation du modèle démocratique à suivre est soutenue par un discours messianique, dans l’axe idéologique occidental, par des médiats d’États porteurs de Fake news ou d’infox, à travers une plume sournoise, viscéralement antiafricaine. Cette plume trouve malgré tout, une caution médiatique locale, des allés objectifs sans conviction réelle, prêts à relayer toute information qui garantit leurs financements.

Au sens de la démocratie importée en Afrique, l’expression « Ordre constitutionnel » décrit un agencement de principes édictés, dont le point culminant est l’organisation aux cinq ans d’élections présidentielles, législatives et municipales. La transgression de ce divin ordre, sans le consentement des maitres du monde provoque le chaos.

Au cours des trois décennies qui ont suivies la conférence de la Baule, l’ordre constitutionnel a été synonyme d’anarchie, d’insécurité, d’affrontements politiques, de violences post-électorales de libertinage, de déperdition et de dépravation des valeurs et mœurs politiques, sociales et culturelles endogènes.
La perturbation de cet ordre donne droit à des puissances étrangères, du haut de leur suprématie raciale et culturelle de juger de la légitimité ou pas d’un gouvernement. Une transition qui souhaite se donner les moyens de soustraire son pays des contraintes de la démocratie électorale ne devrait-elle pas être encouragée? Les choix de l’administration Goïta suscitent beaucoup d’hostilité et de propos extrêmement graves de la part de la France, au point d’aboutir à l’expulsion de l’ambassadeur français au Mali.

Surpris des réactions ministérielles françaises, Nicolas Normand, ancien ambassadeur de la France au Mali, trouve le comportement inhabituel. S’il comprend les condamnations qui suivent un coup d’État, le diplomate français estime qu’on ne juge pas un régime, si non, il faudrait n’avoir des relations qu’avec des pays démocratiques, ce qu’il juge impossible. Il souligne que l’attitude des autorités de son pays est contraire aux traditions diplomatiques. M. Normand trouve curieux ce qu’il qualifie de retour du néo-conservatisme américain qui consiste à condamner un régime parce qu’il ne serait pas suffisamment démocratique au goût d’une puissance étrangère.

L’ordre constitutionnel n’est pas une donnée absolue, une vérité immuable. Il peut être amandé, en fonction des besoins, des réalités, des urgences et des objectifs de développement d’un pays. L’ordre constitutionnel ne passe pas inéluctablement par le modèle conçu à Washington et Bruxelles. Il ne passe pas non plus par des élections dont les pays africains n’ont plus les moyens. Ces élections sont d’ailleurs un gouffre financier pour les pays africain. Partant de ce constat, il n’est pas exagéré aujourd’hui de proposer un modèle constitutionnel qui prévoit une démocratie consensuelle, débarrassée de toutes formes d’élections coûteuses et budgétivores. La démocratie électorale ayant échouée lamentablement, les transitions militaires qui jouissent d’un réel soutien populaire, non manipulé, comme c’est manifestement le cas au Mali et probablement en Guinée, devraient avoir le temps nécessaire qu’il leur faut pour refonder un État, qui aura pour socle constitutionnel, une démocratie consensuelle et non uniquement électorale.

La démocratie électorale est une arme de destruction massive des économies africaines. Il est temps de dénoncer cette démocratie, la démanteler et la remplacer par un modèle qui correspond à nos besoins de développement, nos urgences et nos valeurs.

Par Goïkoya Kolié