REMISE DU RAPPORT DES ASSISES NATIONALES SUR FOND D’APPEL A MANIFESTER DU FNDC EN GUINEE : Le Chemin De La Réconciliation Jonché D’épines

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Les membres du Comité national des assises nationales ont remis, le 24 août dernier, leur rapport final à la junte militaire au pouvoir en Guinée. En rappel, ces assises se sont déroulées du 22 mars au 29 avril 2022 sur le territoire national et dans les représentations diplomatiques. L’objectif etait d’ouvrir de larges et inclusives consultations sur le terrain afin d’accélérer la réconciliation nationale prônée par le colonel Doumbouya. Le document recommande, entre autres, le rétablissement des citoyens injustement expropriés par les différents déguerpissements, le renforcement des actions de la Justice, la réduction du nombre de partis politiques. Il est bon de préciser que le pays compte actuellement près de trois cents partis politiques fondés, pour la plupart d’entre eux, sur l’ethnie ou la région. On peut rendre hommage aux deux personnalités morales que sont l’archevêque et le premier Imam de la grande mosquée de Conakry, qui ont co-présidé ces assises nationales, non seulement pour l’immensité du travail abattu, mais aussi pour la pertinence des recommandations tendant à la paix, à la justice et à l’arrimage de la Guinée à la démocratie, qui en sont sorties. Bah Oury, leader politique et membre du Comité national des assises l’a si bien dit en ces termes : « En tant que politique, je dois dire que ce sont des éléments très importants qui fondent les bases d’un projet de société ». De ce point de vue, l’on peut dire que la transition a maintenant de la matière pour construire la nouvelle Guinée, une Guinée où les Guinéens du Fouta, de la Haute-Guinée et de la Guinée forestière, vont enfin transcender leurs différences ethniques et régionales pour bâtir une  nation forte et résolument tournée vers la démocratie et le développement.

 

Le lundi 29 août prochain est attendu avec beaucoup d’appréhension en Guinée

 

Mais force est de reconnaître que cet idéal risque d’être un leurre ; tant les clivages entre la junte et certains acteurs politiques et de la société civile, sont prononcés aujourd’hui. Au cœur du conflit, les questions liées au droit de manifester. Ce combat est porté particulièrement par le FNDC (Front national pour la défense de la Constitution). Cette coalition de la société civile et de partis politiques, s’est toujours posée en vigie de la démocratie depuis qu’Alpha Condé a pris la responsabilité de revisiter la Constitution du  pays, à l’effet de s’accrocher au pouvoir. C’est ce mouvement qui a contribué, peut-on dire, à baliser le terrain pour la chute du dictateur, qui est payé aujourd’hui en monnaie de singe par la junte. En effet, par un arrêté signé de Mory Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation et datant du 9 août dernier, le FNDC a été dissous. Le motif brandi par la junte est que ce collectif met « en péril l’unité nationale, la paix publique et le vivre-ensemble. ». En outre, le pouvoir trouve que le FNDC « ne figure pas sur la liste des ONG en Guinée, ni sur la liste des collectifs d’associations et encore moins dans le répertoire des ONG agréées en République de Guinée ». En dépit de cet oukase, le FNDC maintient la manifestation qu’il avait prévue pour le 29 août prochain pour protester contre « la gestion unilatérale de la Transition » par la junte. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le lundi 29 août prochain est attendu avec beaucoup d’appréhension en Guinée. Et pour cause. Même quand le FNDC n’était pas officiellement dissous, la junte, parfois, n’hésitait pas à tirer à balles réelles sur ses partisans qui battaient le macadam pour porter sa voix. On peut illustrer cela en invoquant les 5 personnes que la soldatesque de Doumbouya a tuées lors des manifestations organisées les 28 et 29 juillet 2022. Ces tueries et la dissolution officielle du FNDC suffiront-elles pour dissuader ce collectif de ne pas manifester lundi prochain ? L’on peut en douter. Car, le FNDC est né et a grandi dans la répression. C’est cette témérité, entre autres, qui a eu raison du régime de Alpha Condé, peut-on dire. Et l’on peut parier qu’elle  ne va pas s’arrêter avec la junte. De ce point de vue, on peut dire que le chemin de la réconciliation est encore jonché d’épines en Guinée. Car, au rythme où vont les manifs et les répressions, ce n’est pas demain la veille que les Guinéens auront la sérénité et la disposition d’esprit qu’il faut, pour regarder tous dans la direction de la réconciliation, la vraie.

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