Accueil SANTÉ Secteur de la santé en Guinée : Face au blocage des statuts... Le climat social s’alourdit dangereusement dans les couloirs des hôpitaux et centres de santé de la République de Guinée. Réunie ce mercredi 10 juin 2026 à la Bourse du Travail, la Fédération Syndicale Professionnelle de la Santé (FSPS) a tenu une réunion préparatoire cruciale.

Objectif : organiser une assemblée générale de grande envergure pour exiger des autorités la transparence et l’application immédiate de leur statut particulier, un dossier enlisé dans les méandres administratifs depuis plusieurs mois.
Malgré des révisions obtenues en 2024 et des propositions concrètes sur les primes formulées en 2025, le syndicat fait face à un véritable mur du silence de la part de sa hiérarchie. Un manque d’information jugé inadmissible pour une profession à bout de souffle.
Mme Sophie Kourouma, Secrétaire Générale de la FSPS, n’a pas caché son inquiétude face à cette opacité :
« À date et à l’heure actuelle où je vous parle, j’avoue que je n’ai plus la situation réelle de nos statuts particuliers. Or, c’est notre document, c’est fait pour nous. Nous devons être informés en temps réel de la situation de nos statuts particuliers. Voilàce qui m’effraie, » dit-elle.

Rappelant l’engagement sans faille des professionnels de la santé, elle a insisté sur la légitimité historique de ce combat :
« Le statut particulier a été signé depuis 2007. De 2007 à aujourd’hui, c’est vrai que nous avons fait du chemin, mais le coût de la vie ne fait que monter. Donc, par rapport à ça, ça doit aller aussi avec les conditions de vie des travailleurs. Nous travaillons 24 heures sur 24. Quand on parle de statut particulier, le secteur de la santé, c’est un droit, c’est une obligation et c’est normal. »
Face à l’impatience grandissante des troupes, Mme Kourouma a sonné le rassemblement général, de Conakry jusqu’aux frontières les plus reculées du pays :
« Nous devons convoquer une assemblée générale de tous les travailleurs, de tous les élus syndicaux du secteur de la santé ici.La Fédération Syndicale Professionnelle de la Santé, elle existe de Kassa jusqu’à Lola, de Lola jusqu’à Koundara. Et cela, ce n’est pas fait fortuitement. C’est des acquis que nous avons eus. On l’a fait sur la base d’un combat. »
Sur le plan technique, les syndicalistes dénoncent des reculades administratives et des négociations qui piétinent, malgré de multiples ateliers de travail, notamment à Fassia (Coyah) et à Conakry. Les accords conclus, comme celui portant sur la restauration des équipes de garde, souffrent d’une application très disparate selon les structures sanitaires.
M. Daouda Condé, secrétaire chargé des conflits et des négociations, déplore l’exclusion des partenaires sociaux dans les derniers arbitrages budgétaires du ministère, sous prétexte de primes jugées « exorbitantes » :
« Ce qu’il faut comprendre, comme l’a dit un autre, c’est que tout ce que vous voulez faire pour moi, vous le faites avec moi. Si vous le faites sans moi, c’est contre moi. Donc c’est ce qui est en train de se passer. On ne sait réellement pas à quel niveau se trouve le document. On sait quand même que c’est au ministère de la santé là-bas. Mais qu’est-ce qu’ils sont en train de faire, nous on ne sait pas. »
Le représentant des négociateurs a également fustigé le refus de dialogue de la part de la nouvelle équipe installée au ministère :
« Nous avons demandé l’audience pour rencontrer la nouvelle autorité du ministère de la Santé. Depuis le lendemain de leur nomination. Mais jusqu’à présent, on n’arrive pas à avoir le programme. C’est ça la réalité. On ne nous invite pas. Il faut qu’on force pour venir discuter. C’est un droit. Mais le droit, des fois, il faut mouiller le maillot pour l’avoir. »
Face à ce qu’ils qualifient de mépris administratif, le ton commence sérieusement à se durcir au sein des sections syndicales régionales. La patience ayant atteint ses limites, certains délégués n’excluent plus des actions radicales pour paralyser le système et forcer l’État à réagir.
Le message de Bangaly Camara, Secrétaire Général de la section syndicale de Fria, résonne d’ailleurs comme un avertissement sans frais pour le gouvernement :
« Pour être entendu, il faut déclencher 24 heures sans santé. »
La réunion préparatoire de ce jour pose les bases d’un bras de fer majeur. Si le ministère de la Santé persiste à ignorer les appels au dialogue de la FSPS, les hôpitaux guinéens pourraient rapidement traverser une crise sociale sans précédent.
Minkael BARRY