KISSIDOUGOU:
« MIROIR ET MEMOIRE SUR LES FEDERAUX DU PDG AUX MAIRES DE L’INDEPENDANCE A NOS JOURS( De Kissia TOUNKARA à Marie Louise KONA SIDIBE « .
Une question, d’apparence simple, a récemment animé les espaces de discussion virtuelle dédiés aux fils et ressortissants de Kissidougou : « Qui fut le premier maire de l’histoire de Kissidougou ? ».
En entendant la question aux secrétaires fédéraux et secretaires généraux de section à l’echelle des arrondissements sousprefectures d’aujourd’hui et des regions prefectures d’aujourd’hui, j’ai estimé en tant que sociologue ressortissant de cette prefecture que par cette interrogation, les jeunes de kissidougou nous réclament la connaissance d’une partie importante de l’histoire politique merveilleuse de cette grande préfecture du premier de l’indépendance a nos jours
Pour y répondre avec la rigueur de l’historien et la profondeur du sociologue, il convient de dépasser la simple sémantique administrative.
La réponse à cette interrogation citoyenne ne réside pas dans un seul nom, mais dans la trajectoire institutionnelle de notre pays qui exige de plonger dans les mutations successives de l’État guinéen, de l’indépendance de 1958 à l’avènement de la décentralisation avec le 2e regime.
Pour comprendre qui a dirigé Kissidougou, il faut d’abord comprendre comment Kissidougou a été gouverné .
● L’ère des Fédérations du PDG : Les bâtisseurs de l’État-Parti.
Avant le tournant historique de 1984, et pendant près de trois décennies consécutives à la proclamation de l’indépendance, la figure de « Maire » désignait les circonscriptions a l’échelon des quartiers et, n’existait pas dans l’ordonnancement institutionnel guinéen pour designer la circlncription au niveau préfectoral .
● Sous la Première République, le Parti Démocratique de Guinée (PDG), érigé en parti unique, avait structuré le territoire national selon une logique de centralisation politique absolue.
À l’échelle de chaque préfecture, l’autorité politique et administrative suprême était incarnée par le Secrétaire Fédéral, véritable chef d’orchestre du Bureau Fédéral du PDG et de la prefecture region d’alors . Ce dernier était démocratiquement élu par les bureaux des sections installés au niveau des sous-préfectures de l’époque, alors qualifiées d’arrondissements, chacun placé sous la direction d’un Commandant d’arrondissement.
À Kissidougou, cette ère de l’État-Parti a été façonnée par de grandes figures dont les descendants continuent, par tradition républicaine, de servir notre Nation. ▪︎ Kissia Tounkara fut le tout premier Secrétaire Fédéral de Kissidougou, ouvrant la voie à l’organisation territoriale de la cité. Il est le père biologique de Sébastien Tounkara, ancien préfet de la localité.
▪︎ Après lui, Fara François Kamano, père biologique de l’actuel Ministre Secrétaire Général du Gouvernement, prit le relais pour structurer durablement la scène politique locale.
Parallèlement, la gestion de la cité a été marquée par des moments de transition sous la direction de Comités de Salut Public locaux, notamment présidés par André Fatassi Diawara, père de Gasmir Diawara, ancien Secrétaire Général du Ministère de l’Éducation Nationale à la retraite.
▪︎ Lui succéda Souré Mara, figure incontournable de l’époque et père de Mohamed Mara, ancien Directeur National de l’AGETIP.
▪︎ Enfin, François Fayora Mansaré ferma la marche de cette époque en tant que dernier Secrétaire Fédéral de la Première République. Il est le père de l’expert Aimé Stéphane Mansaré, ancien Chef du sous-bureau PNUD en Guinée Forestière et actuel Directeur Général du CERFOP.
● Le tournant de la Seconde République : L’avènement de l’institution communale
La rupture majeure survient le 3 avril 1984. Le premier coup d’État militaire réorganise de fond en comble l’architecture administrative de la Guinée. C’est sous la Seconde République, menée par le Général Lansana Conté, que naît le concept moderne de commune urbaine.
Le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) est créé neuf ans après la prise du pouvoir par l’armée, mais il faudra attendre plus d’une décennie après le changement de régime pour que soient organisées les premières élections communales sur l’ensemble du territoire national y compris Kissidougou .
C’est dans ce contexte de balbutiement démocratique que s’établit la vérité historique :
Paradoxalement le premier maire élu de l’histoire de Kissidougou fut Souré Mara qui fut egalement l’avantdernier secretaire federal de Kisdidougou avant Francois Fayora MANSARE le dernier du premier regime.
Pour diriger cette première équipe municipale, il était flanqué de deux adjoints : François Fayora Mansaré en tant que Premier Vice-Maire et François Socobois Millimouno comme Deuxième Vice-Maire.
Cette alliance transitoire entre d’anciens hauts cadres fédéraux traduisait une continuité évidente de l’expertise locale au service du changement de paradigme
.
La suite de l’histoire municipale de Kissidougou s’écrira à travers des transitions et des mandats successifs.
▪︎ Le passage de relais s’effectua d’abord vers Djigui Keita, qui présida aux destinées de la commune en tant que Président du Comité de Salut Public, ▪︎ suivi par l’avènement de Paul Keita sous la bannière du PUP, qui reste à ce jour le maire ayant le plus longuement dirigé la commune urbaine à travers plusieurs mandats successifs.
▪︎ Plus tard, l’élection de Yomba SANOH marqua une nouvelle étape,
▪︎ suivie de la transition municipale dirigée par Iva SANOH en qualité de Président de la Délégation Spéciale.
Enfin, le dénouement contemporain consacre l’élection historique de la première femme maire de Kissidougou,Marie Rose KONA SIDIBE marquant un tournant décisif vers la modernité politique et l’inclusion du genre dans l’espace de décision locale.
■ Du contrôle politique à l’administration de proximité : Une mutation sociologique.
● Le passage de la « Fédération » du PDG à la « Mairie » du PUP et du pluralisme ne relève pas d’un simple glissement sémantique, mais d’une transformation profonde de la nature même du pouvoir local.
Sous la Première République, la Fédération répondait à une philosophie de centralisation idéologique absolue et, le Secrétaire Fédéral n’était pas seulement un administrateur ; il était le garant de la ligne du parti unique, le rouage essentiel d’un contrôle vertical qui s’étendait du centre-ville jusqu’aux arrondissements et aux sections les plus reculées.
Sa mission première était la mobilisation militante, la cohésion nationale et la vigilance territoriale.
● À l’inverse, l’institution municipale née sous la Seconde République repose sur le principe de la décentralisation et de l’autonomie de gestion. Le maire, contrairement au secrétaire fédéral, est confronté à des logiques de pluralisme politique et d’arbitrage budgétaire. Sa légitimité n’émane plus de sa fidélité à un bureau politique national, mais de sa capacité à répondre aux besoins immédiats et concrets de ses concitoyens. Ses défis quotidiens s’appellent assainissement, urbanisation, fiscalité locale et gestion civile des services publics de proximité. C’est le passage d’une gouvernance de l’idéologie à une gouvernance de l’action et du développement de terrain.
■ Le devoir de mémoire : Un impératif pour l’unité et l’avenir de Kissidougou.
Pourquoi exhumer ce passé ? À l’heure où les dynamiques politiques s’accélèrent, la jeunesse de Kissidougou se doit d’assimiler cette histoire. Non pas pour s’enfermer dans une nostalgie stérile, mais pour y puiser les clés du présent et les balises du futur. Comme le souligne un politologue contemporain guinéen : « L’amnésie institutionnelle est le principal écueil des démocraties locales en construction. Connaître la succession des hommes et des structures, c’est comprendre que le pouvoir n’est pas une génération spontanée, mais un relais historique où chaque acteur pose une pierre pour l’édification commune. »
Les récits des anciens de Kissidougou, gardiens de cette mémoire de transition, convergent tous vers un même enseignement : » la recherche constante du consensus social. Un sage de la localité rappelait récemment que, quelle que soit l’époque et l’appellation du régime, le respect de la parole donnée, le sens de l’honneur familial et la préservation de la paix sociale à Kissidougou passaient toujours avant les calculs partisans.
Les fils des anciens fédéraux et des anciens maires se côtoient aujourd’hui fraternellement parce que leurs pères ont partagé le même amour pour cette terre et ont su maintenir la cohésion de la cité malgré les tempêtes de l’histoire.
En dépit de tout ce qui précède, il est impératif de savoir que Kissidougou vient de loin entres loin
L’histoire politique de Kissidougou est riche d’enseignements, jalonnée de figures emblématiques, de mutations structurelles majeures et d’anecdotes politiques qui révèlent la maturité de son peuple.
De l’ère des pionniers de la souveraineté nationale sous la Première République à la consécration historique de sa toute première femme maire aujourd’hui, Kissidougou prouve qu’elle sait se réinventer tout en restant fidèle à ses racines.
Pour la jeune génération, s’approprier cette fresque historique est un devoir sacré. C’est en honorant les pas de ceux qui nous ont précédés de Kissia Tounkara à nos édiles contemporains que nous parviendrons à consolider l’unité de notre cité, à transcender les clivages éphémères et à bâtir, ensemble, un destin digne de l’héritage d’excellence de Kissidougou.
Aimé Stéphane MANSARE.
SOCIOLOGIE
Expert-consultant en Sciences sociales du développement.
PCA Ipcjguinee Guineecoaching.
DG CERFOP









