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Algérie-Mali : ce que révèle la reprise des relations diplomatiques

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Après plus d’un an de crise diplomatique, qui a culminé avec l’abattage d’un drone militaire malien, l’Algérie et le Mali amorcent une normalisation de leurs relations. Cela traduit une volonté d’Alger de restaurer une coopération économique et sécuritaire jugée essentielle dans un contexte de fortes tensions au Sahel.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune (photo) a ordonné, vendredi 10 juillet, le retour à Bamako de l’ambassadeur Kamal Retieb, rappelé pour consultations en avril 2025. Dans le même temps, Alger a annoncé la réouverture de son espace aérien aux aéronefs maliens, permettant la reprise des vols entre les deux pays.

Ces décisions traduisent la volonté des autorités algériennes de replacer les relations bilatérales sur leur « trajectoire historique naturelle », fondée sur le respect mutuel, la fraternité et la coopération régionale. Elles interviennent après une longue période de rupture diplomatique qui avait fortement affecté les échanges politiques et économiques entre les deux voisins.

Le différend autour d’un drone, point de rupture entre Alger et Bamako

La crise avait éclaté dans la nuit du 31 mars 2025, lorsqu’un drone militaire malien de fabrication turque avait été détruit près de Tinzaouaten, à la frontière entre les deux pays. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré son espace aérien, tandis que Bamako soutenait qu’il évoluait sur le territoire malien, qualifiant l’incident d’agression.

Les conséquences avaient été immédiates : rappel des ambassadeurs, fermeture réciproque des espaces aériens et saisine de la Cour internationale de justice (CIJ) par le Mali. Soutenu par le Burkina Faso et le Niger, ses partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali avait dénoncé une atteinte à sa souveraineté, tandis que l’Algérie rejetait ces accusations et réduisait son implication dans plusieurs initiatives régionales de médiation.

Cette détérioration des relations s’inscrivait également dans un contexte plus large de désaccords entre les deux capitales, marqué notamment par la dénonciation, en janvier 2024, par les autorités maliennes, de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger de 2015. Bamako reprochait alors à Alger des « actes d’hostilité » dans la conduite de la médiation, des accusations rejetées par les autorités algériennes.

Des enjeux économiques au-delà du symbole diplomatique

La reprise des relations ouvre des perspectives économiques importantes. La réouverture des liaisons aériennes devrait faciliter la circulation des personnes, des marchandises et des services entre les deux pays. Elle pourrait également relancer plusieurs projets logistiques, notamment le corridor transsaharien reliant le Mali aux infrastructures portuaires algériennes, un axe stratégique pour l’accès des exportations maliennes aux marchés méditerranéens.

Selon les données de l’International Trade Centre (ITC), les échanges commerciaux entre les deux pays s’élevaient à 7,6 millions de dollars en 2024, un niveau relativement modeste qui pourrait profiter de cette normalisation. Celle-ci devrait également favoriser un approvisionnement plus régulier du Mali en hydrocarbures algériens, alors que le pays fait face à une crise d’approvisionnement en carburant.

Une coopération sécuritaire redevenue prioritaire

Au-delà des considérations économiques, ce rapprochement répond à des impératifs sécuritaires. Les deux pays partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière, une zone où opèrent des réseaux de trafiquants et plusieurs groupes armés affiliés à Al-Qaïda ou à l’organisation État islamique (EI).

Le rétablissement des relations pourrait permettre de relancer les échanges de renseignements, les patrouilles conjointes et les mécanismes du Comité d’État-major opérationnel conjoint (CEMOC), basé à Tamanrasset, créé pour coordonner la lutte contre les menaces transfrontalières.

Cette coopération intervient alors que le Mali est confronté à une recrudescence des attaques djihadistes. Début juillet 2026, plusieurs localités, dont Gao, Sévaré, Konna et Aguelhok, ont été simultanément ciblées, illustrant la capacité des groupes armés à mener des opérations coordonnées malgré les offensives conduites par l’armée malienne avec l’appui de ses partenaires russes.

Le rapprochement entre Alger et Bamako pourrait avoir des répercussions au-delà de leurs relations bilatérales. L’Algérie demeure un acteur majeur des questions sécuritaires au Sahel, tandis que le Mali occupe une position centrale au sein de l’Alliance des États du Sahel. Une reprise du dialogue contribuerait à réduire les fractures diplomatiques apparues ces dernières années et à favoriser une meilleure coordination face aux défis sécuritaires et économiques de la région.

Par Agence Ecofin

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