Soixante-douze heures. C’est le temps qui aura suffi à faire basculer Ousmane Gaoual Diallo du perchoir de la communication gouvernementale vers un simple portefeuille ministériel.
Le lundi 27 juillet, le porte-parole du gouvernement tient sa traditionnelle conférence de presse fleuve. Il y aborde les élections locales, les grands chantiers routiers, la réforme de la communication gouvernementale, et même le dossier sensible du retour des opposants exilés. Sur ce dernier point, il assure qu’aucune disposition légale n’empêche Cellou Dalein Diallo de rentrer au pays. Il balaie également les rumeurs persistantes sur une éventuelle démission du gouvernement dirigé par Bah Oury.
Trois jours plus tard, le jeudi 30 juillet, un décret présidentiel met fin à sa fonction de porte-parole.
Plusieurs éléments factuels étayent la thèse d’une transition préparée. D’abord, Ousmane Gaoual Diallo lui-même annonçait, dès le lundi, une réforme structurelle de la communication gouvernementale. Il expliquait la fusion de deux entités au sein d’un Service d’information du gouvernement (SIG), né du rapprochement entre la Cellule de communication et la plateforme Guinéegouv. Une réorganisation qu’il présentait comme indispensable, faute d’une structure technique suffisante pour appuyer efficacement le porte-parole. Autrement dit : le chantier de refonte était engagé et connu de lui avant même son propre départ.
Ensuite, la nouvelle architecture de la communication institutionnelle ne prévoit pas un, mais deux titulaires. Faya François Bourouno, ministre de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique, hérite du rôle de porte-parole titulaire, épaulé par Moussa Moïse Sylla, ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, nommé porte-parole adjoint. Ce dédoublement de la fonction ressemble davantage à une montée en puissance institutionnelle.
Enfin, Ousmane Gaoual Diallo n’est pas éjecté de l’équipe gouvernementale : il conserve le ministère des Transports. Ce point reste déterminant, car une sanction politique ferme se traduit généralement par un limogeage pur et simple, non par un recentrage sur un portefeuille sectoriel.
Pourtant, sous la surface d’une réorganisation technique, d’autres frictions politiques ont pesé sur cette décision. En coulisses, un bras de fer opposait le ministre des Transports au Premier ministre, Amadou Oury Bah. Soucieux d’avoir un regard attentif et un droit de regard étroit sur la communication du gouvernement, la Primature observait d’un œil critique les initiatives du porte-parole. C’est précisément dans ce contexte de compétition d’influence qu’Ousmane Gaoual Diallo avait piloté la création de la plateforme Guinéegouv. Or, cette structure, censée centraliser et moderniser la parole publique, s’est révélée inefficace aux yeux de nombreux observateurs, n’apportant aucune véritable valeur ajoutée à la communication globale de l’exécutif.
À cela s’ajoute un jeu de compensations politiques en haut lieu. Selon des sources concordantes, le ministre Faya François Bourouno nourrissait l’ambition d’accéder à la Primature lors du dernier remaniement pour succéder à Bah Oury. Ses prétentions au poste de Premier ministre s’étant heurtées à un veto, sa nomination à la tête du porte-parolat du gouvernement apparaît comme une forme de consolation politique visant à rééquilibrer les positions au sein de l’équipe gouvernementale.
Reste la question du timing. Pourquoi remplacer un porte-parole trois jours seulement après une prestation où il venait de défendre bec et ongles le bilan de l’exécutif ?
Un premier signal, resté peu commenté, mérite d’être rappelé. La conférence du 27 juillet n’était pas la première tentative. Une première date avait été fixée au mardi 14 juillet, annoncée dès le 12 juillet par le Service d’Information et de Communication du Gouvernement. Or, ce même mardi 14 juillet, peu avant l’heure prévue, alors que les journalistes étaient déjà rassemblés sur place, le report avait été signifié sans explication détaillée, si ce n’est l’argument générique d’une contrainte d’agenda ministériel.
Ce report de dernière minute sans date de repli immédiate pour une intervention devant aborder la réforme de la communication traduisait déjà un malaise. La succession des faits annulation in extremis le 14 juillet, conférence finalement tenue deux semaines plus tard, puis redistribution des cartes trois jours après dessine une séquence plus heurtée qu’un simple passage de relais planifié de longue date.
Le ton de sa réaction après l’officialisation du décret apporte un éclairage complémentaire. Ousmane Gaoual Diallo a réagi dans un message empreint de sobriété et d’élégance, saluant ses successeurs et remerciant le chef de l’État pour la confiance accordée durant cinq ans. Aucune amertume perceptible, aucune allusion aux divergences avec la Primature : un style qui tranche avec les sorties d’ores et déjà observées lors de limogeages conflictuels.
Minkael BARRY









