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LA FORÊT N’EST PAS UNE ETHNIE : PLAIDOYER CONTRE UNE ERREUR NATIONALE PERSISTANTE ( PAR AIMÉ STÉPHANE MANSARÉ )

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GUINÉE FORESTIÈRE: DÉCONSTRUIRE LE MYTHE DANGEREUX D’UNE HOMOGÉNÉITÉ ETHNIQUE.

LA FORÊT N’EST PAS UNE ETHNIE : PLAIDOYER CONTRE UNE ERREUR NATIONALE PERSISTANTE!

Il est des idées reçues qui, à force d’être répétées, finissent par s’imposer comme des vérités. En Guinée, l’une des plus tenaces et des plus problématiques consiste à considérer la Guinée forestière comme une entité ethniquement homogène. Comme si “les forestiers” formaient un seul peuple, parlaient une seule langue et partageaient une identité unique.

Cette perception, profondément ancrée dans les discours populaires, politiques et même institutionnels, est non seulement erronée, mais aussi dangereuse car, derrière cette simplification abusive se cache une réalité autrement plus riche, celle d’une région qui constitue, sans exagération, l’un des plus grands creusets de diversité ethnolinguistique du pays.

Comme l’écrivait le sociologue Pierre Bourdieu:
«La réduction des identités complexes à des catégories simplifiées constitue une forme de violence symbolique.».

C’est précisément cette violence symbolique que subit aujourd’hui la Guinée forestière.

UNE CONFUSION BANALISÉE, MAIS LOURDE DE SENS.

Imaginez un jeune Kissi de Kissidougou arrivant à Conakry pour un entretien d’embauche. « D’où viens-tu ? » lui demande-t-on. « De la Forêt », répond-il. et, aussitôt : « Ah, un Kpèlè donc ! » conclut le responsable. Erreur. Révélatrice et Persistante.

Ce jeune parle une langue distincte, porte une culture spécifique, et appartient à une communauté bien plus importante qu’on ne l’imagine souvent.

Pourtant, il est immédiatement réduit à une identité qui n’est pas la sienne. Ce raccourci, que l’on retrouve jusque dans certaines chansons d’unité nationale en Guinée « Peuls, Malinké, Soussou et Forestiers » n’est pas anodin. Il transforme une région en ethnie, une géographie en identité, une pluralité en bloc uniforme.

LE PIÈGE DU MOT « FORESTIERS ».

Dans le langage courant comme dans certains discours publics, une habitude s’est installée : après avoir cité les grandes identités perçues du pays, on ajoute « et les forestiers », comme si ce terme désignait une catégorie ethnique équivalente.

Ce glissement sémantique est lourd de conséquences. Il efface des réalités multiples et contribue à une représentation faussée du pays.

Un enseignant originaire de Guéckédou confie :
« Quand on dit “forestier”, on nous met tous dans le même sac. Mais personne ne connaît vraiment nos langues, ni nos différences.».

UNE MOSAÏQUE IGNORÉE.

Contrairement à cette vision réductrice, la Guinée forestière est une mosaïque vivante composée de nombreux peuples : Kissi, Kpèlè, Manon, Toma, Kono, Konianké, Lélé, Kouranko, entre autres.
Chacun de ces groupes possède :
▪︎ sa langue,
▪︎ ses pratiques sociales,
▪︎ ses structures culturelles, et
▪︎ son histoire propre.
Parler des “forestiers” comme d’une ethnie revient donc à nier une pluralité fondamentale.

Selon des études linguistiques, la région abrite une part significative des langues nationales, avec des systèmes phonétiques et grammaticaux distincts.

Cette diversité n’est pas marginale mais, elle est constitutive de l’identité même de la région.

LES RACINES DU MAL : SIMPLIFICATION ET STRUCTURE.

Cette confusion ne s’est pas imposée par hasard mais s’inscrit dans une double dynamique : culturelle et institutionnelle.
▪︎ D’un côté, les discours populaires et médiatiques ont contribué à ancrer cette simplification.
▪︎ De l’autre, l’organisation administrative elle-même entretient l’amalgame en ce sens que, la Guinée forestière, malgré sa diversité et son étendue, est structurée autour d’une seule région administrative qu’est N’zérékoré. Cette centralisation favorise l’illusion d’une homogénéité et peut, implicitement, donner une visibilité disproportionnée à certains groupes au détriment d’autres.

Comme l’a souligné le politologue James C. Scott :
« L’État tend à simplifier les réalités sociales afin de les rendre lisibles et administrables.» mais, cette simplification, si elle facilite la gestion, peut produire des injustices profondes lorsqu’elle efface les identités réelles.

DES CONSÉQUENCES BIEN RÉELLES.

Réduire la Guinée forestière à une identité unique n’est pas une simple erreur de langage parceque, les conséquences sont concrètes.
▪︎ D’abord, une invisibilisation progressive car, des langues disparaissent de l’espace public, des cultures sont marginalisées, des identités sont diluées.
▪︎ Ensuite, des déséquilibres dans les opportunités :
dans les nominations, les politiques publiques ou l’accès aux ressources, l’idée d’une “forêt homogène” peut fausser la représentation et la distribution des avantages.
Un jeune entrepreneur originaire de Kissidougou témoigne : « À Conakry, je dois souvent expliquer que mon identité n’est pas celle qu’on m’attribue. Cette confusion finit par bloquer des opportunités. »

Enfin, à long terme, cette perception fragilise l’unité nationale car, une unité fondée sur la négation des différences est une unité fragile.

UNE EXCEPTION INJUSTIFIÉE DANS LE PAYS.

Dans les autres régions de Guinée, la complexité interne est mieux admise.
▪︎ En Basse Guinée, les Soussou coexistent avec d’autres groupes comme les Baga ou les Nalu.
▪︎ En Moyenne Guinée, le pular domine sans effacer les sous-groupes.
▪︎ En Haute Guinée, les Malinké cohabitent avec d’autres communautés.
Pourquoi la Guinée forestière serait-elle la seule à être réduite à une catégorie unique ?

RÉHABILITER LA VÉRITÉ POUR RESTAURER LA JUSTICE.

Reconnaître la diversité de la Guinée forestière n’est pas diviser la nation, c’est au contraire la renforcer.
Comme le rappelle le philosophe Axel Honneth :
« La reconnaissance est une condition essentielle de la justice sociale.».

Dans le contexte guinéen, cette reconnaissance passe par plusieurs transformations :
●1. Une réforme éducative
Enseigner dès l’école la réalité ethnolinguistique du pays, pour déconstruire les idées simplistes.
●2. Une réflexion institutionnelle
Repenser l’organisation administrative pour mieux représenter la diversité régionale.
●3. Une responsabilité culturelle
Encourager les médias, artistes et leaders d’opinion à éviter les raccourcis et à valoriser les identités locales.
●4. Une sensibilisation nationale
Corriger les stéréotypes et promouvoir une compréhension plus juste de la Guinée.

En depit de tout ce qui précède, il.s’agit pour l’Etzt ft les autres communautés des autres régions de comprendre pour mieux construire.

La Guinée forestière n’est pas une ethnie car:
▪︎ Elle n’a jamais été une langue unique, ni une identité uniforme et,
▪︎ Elle est une mosaïque complexe, vivante et précieuse.

Continuer à la réduire à une catégorie simpliste, c’est trahir la réalité et compromettre l’équilibre national.

Reconnaître cette diversité, c’est faire un pas vers une Guinée plus juste, plus lucide et plus forte.
Car au fond, l’unité véritable ne naît pas de l’uniformité, mais de la reconnaissance.
Reconnaître la Guinée forestière dans toute sa pluralité, ce n’est pas diviser la nation.
C’est enfin la comprendre.

AIMÉ STÉPHANE MANSARÉ
SOCIOLOGUE
EXPERT-CONSULTANT EN SCIENCES SOCIALES DU DÉVELOPPEMENT
DG CERFOP
PCA IPCJ-GUINÉE

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