Les séances de torture, au camp de Boiro, à Conakry, où des centaines de Guinéens ont perdu la vie pendant les vingt-six ans de règne de Sekou Touré, duraient de trois à six heures par jour pendant six jours, ont raconté, lunid 9 avril, d’anciens gardiens de ce camp, visité pour la première fois par les journalistes.
Le camp de Boiro, ancien camp d’internement militaire en Guinée, le 12 novembre 1986. (Photo by Patrick AVENTURIER/Gamma-Rapho via Getty Images)
À la suite de l’un des vingt » complots » que » dévoilait » périodiquement Sekou Touré, l’accusé était » accueilli » dans le camp par un » comité révolutionnaire », dont les membres les plus connus étaient Siaka Touré, ancien commandant du camp Boiro, ex-ministre des transports, et Ismaël Touré, ex-ministre des mines, respectivement neveu et demi-frère de l’ancien président. Ceux-ci étaient chargés de déterminer les » moyens » à utiliser pour obtenir des aveux.
Ces » moyens « , – torture, sévices, humiliations – étaient d’abord employés dans la » cabine technique « . Dans cette salle rudimentaire, ont raconté les anciens prisonniers, une corde servait à pendre le détenu par la taille, de manière à lui « griller un peu le corps » pour le faire avouer. Le prisonnier, s’il refusait, recevait les décharges électriques d’un générateur actionné par une manivelle.
Le camp est aujourd’hui vide de prisonniers, avec comme seuls occupants les anciens gardiens restés sur place après l’avènement du régime militaire.
Les derniers détenus ont été libérés après le coup d’État du 3 avril. Selon les registres, ils étaient cent trente-quatre, dont deux femmes. Les prisonniers libérés ont été remplacés durant quelques jours par les anciens dirigeants guinéens arrêtés après le coup d’État, ceux-ci étant ensuite transférés ailleurs, car le nouveau régime est soucieux de son image humanitaire.
Selon les gardiens, les accusés étaient mis à la » diète noire » – sans nourriture ni eau – dans de minuscules cellules sans lit et sans couverture, mal éclairées par un petit trou fait dans le mur.
Une soixantaine de cellules du même genre constituent la prison du camp Boiro. Dans chacune d’elles s’entassaient cinq à six détenus couchant à même le sol. Ils mouraient lentement d’inanition, des suites de sévices ou de maladie, ou devenaient aveugles à cause de l’obscurité, ou paralysés, en raison de l’humidité. C’est, confirment les gardiens, dans la cellule 49 qu’est mort Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’organisation de l’unité africaine (OUA)…