Accueil CULTURE Après 110 ans d’absence, la France rend à la Côte d’Ivoire le...
L’axe Abidjan-Paris a scellé, ce vendredi 20 février 2026, un acte de réconciliation historique. Dans le cadre solennel du musée du quai Branly, la convention de transfert de propriété du tambour parleur « Djidji Ayôkwé » a été signée, mettant un terme à 110 ans d’exil.
Plus qu’une simple restitution, cet événement marque la fin d’un long combat mémoriel pour la Côte d’Ivoire.
Pour comprendre la portée de ce retour, il faut remonter à 1916. Surnommé la « Panthère-lion » par le peuple Atchan, ce colosse de bois de 430 kg n’était pas un simple instrument. C’était le cœur de la communication et de la résistance face à l’avancée coloniale. En le saisissant, l’armée française visait à réduire au silence une communauté entière. Comme le souligne la presse ivoirienne, notamment le quotidien Le Patriote, ce retour est avant tout celui d’une « mémoire vivante » qui vient panser les cicatrices du passé.
Cette restitution n’est pas un simple geste de courtoisie diplomatique. Elle repose sur une base juridique solide. La presse française, à l’instar du journal Le Monde, a largement analysé le caractère exceptionnel de la loi du 16 juillet 2025. Ce texte a permis de lever le verrou de « l’inaliénabilité » des collections publiques, une première pour un objet de cette envergure.
Lors de la cérémonie, la ministre française de la Culture, Rachida Dati, a reconnu la profondeur de la blessure en affirmant que cette appropriation coloniale fut un déchirement pour la culture Atchan.
Du côté d’Abidjan, l’arrivée du tambour est attendue comme un événement national. Pour Paulin Claude Danho, vice-gouverneur d’Abidjan présent à Paris, le Djidji Ayôkwé « revient dans l’espérance » après être parti dans la douleur. Les médias ivoiriens, comme le site 7info, insistent sur le fait que cet objet sacré ne sera pas seulement une pièce de musée, mais un ancêtre qui retrouve les siens.
Le tambour doit désormais regagner le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, après une escale symbolique à Adjamé, son lieu d’origine. Pour les observateurs, ce transfert définitif de souveraineté sur le patrimoine ouvre la voie à d’autres restitutions, prouvant que le dialogue entre les deux rives peut transformer l’histoire.
En retrouvant sa terre, le « tambour parleur » ne se contente pas de rentrer à la maison : il invite tout un continent à reprendre la parole.
Minkael Barry