Affaire Mariame Touré : L’humanitaire dans le box des accusés pour mariage précoce

0
1

 Le Tribunal Correctionnel de Mamou a vécu ce vendredi une audience particulièrement sensible, mettant en cause une figure du milieu humanitaire guinéen. Mme Mariama Baïlo Touré, présidente de l’ONG Assistance Humanitaire d’Urgence, a comparu devant la juridiction pour répondre de faits de tentative de mariage précoce et de mariage forcé, des infractions sévèrement réprimées par le code pénal guinéen.

Les faits reprochés à la prévenue sont fondés sur les articles 18, 319 et 333 du code pénal, des dispositions législatives qui traduisent l’engagement de la Guinée dans la lutte contre les violences basées sur le genre et la protection des droits des mineurs. L’affaire, qui a suscité une attention considérable au sein de l’opinion publique, revêt une dimension symbolique particulière : celle d’une responsable d’organisation humanitaire accusée précisément des pratiques que son secteur est censé combattre.

À l’issue de débats nourris, le ministère public a formulé des réquisitions fermes à l’encontre de la prévenue. Le parquet a requis une peine d’un an d’emprisonnement assortie du sursis, une amende de deux millions de francs guinéens, ainsi que le retrait pur et simple de l’agrément accordé à son organisation. Des peines identiques ont été sollicitées contre le tuteur de la jeune fille concernée, dont la complicité dans cette affaire est également mise en cause.

Le tribunal, après avoir examiné l’ensemble des éléments du dossier, a décidé de renvoyer l’affaire au 30 mars 2026 pour le prononcé de la décision. C’est donc dans trois jours que la justice guinéenne dira le droit dans cette affaire qui dépasse la seule destinée de ses protagonistes, pour interroger plus largement la cohérence entre les engagements affichés par certains acteurs de la société civile et leurs actes au quotidien.

Cette procédure intervient dans un contexte où les autorités guinéennes affichent une volonté renforcée de sanctionner les pratiques attentatoires aux droits des filles et des femmes, faisant de ce dossier un cas d’école susceptible de faire jurisprudence dans la région.

Karamoko Diallo