Accueil POLITIQUE Diplomatie : Morissanda Kouyaté face à la tempête médiatique sur les rapatriements...
Accusé par une partie de l’opinion d’avoir facilité le retour forcé de ressortissants guinéens vivant en Allemagne, le ministre des Affaires étrangères brise le silence. Entre héritage diplomatique encombrant et défense de la souveraineté, le chef de la diplomatie guinéenne tente de désamorcer une polémique qui enflamme la toile.
Au cœur de la tourmente, un document administratif : le protocole d’accord de 2018. Selon Morissanda Kouyaté, les bases juridiques de la coopération migratoire actuelle avec Berlin n’ont pas été jetées par le CNRD, mais par l’administration d’Alpha Condé. Ce texte, qui encadre la gestion des flux migratoires légaux et illégaux, prévoit explicitement les mécanismes de rapatriement des personnes en situation irrégulière.
En brandissant cet argument chronologique, le ministre cherche à dédouaner le gouvernement actuel de toute initiative proactive dans les récentes vagues de retours.
Face aux critiques pointant du doigt un prétendu cynisme du gouvernement lequel utiliserait le méga-projet minier Simandou comme argument pour justifier le besoin de main-d’œuvre locale Morissanda Kouyaté oppose une fin de recevoir. Il soutient que la position de Conakry reste centrée sur la protection des droits humains.
« Le président Mamadi Doumbouya a instruit de ne pas appliquer cet accord intégralement pour une question de dignité », a-t-il martelé sur les ondes de la RTG.
Selon le ministre, la Guinée aurait tenu tête aux pressions de l’Union européenne et de l’Allemagne pendant quatre ans, refusant d’avaliser des procédures qui ne garantiraient pas le respect de l’intégrité physique et morale des compatriotes.
Malgré ce bouclier diplomatique, la réalité du terrain reste brutale. Plusieurs Guinéens, ayant survécu à l’enfer du désert et de la Méditerranée, se sont retrouvés sur le tarmac de l’aéroport de Conakry ces derniers jours, souvent après des années de procédures administratives infructueuses en Europe.
Cette situation remet en lumière deux enjeux majeurs pour les autorités de la transition :
La réinsertion : Comment absorber et accompagner ces jeunes de retour au pays ?
La communication : Comment convaincre une jeunesse en quête d’horizon que les opportunités locales, comme celles promises par Simandou, sont une alternative viable à l’exil ?
Alors que la tension reste palpable sur les réseaux sociaux, ce dossier souligne la difficulté pour Conakry de jongler entre ses engagements internationaux et la gestion d’une opinion publique extrêmement sensible à la détresse de sa didiaspora.
Sékou Sylla