« La parole est d’argent, mais le silence est d’or », est un proverbe bien connu. Dans sa situation très critique et lamentable, le silence était préférable pour Morissanda Kouyaté au verbiage auquel il vient de se livrer avec l’énergie du désespoir.
Manifestement, il ne veut pas tomber seul, voulant entraîner dans sa chute inéluctable le chef de l’État, le gouvernement, les ambassadeurs, autant de victimes possibles. S’il se dit content d’être hué, conspué, traîné dans la boue, pourquoi se démène-t-il comme un beau diable pour se laver de tout soupçon et se défendre contre les tirs croisés dirigés contre lui ? Simple effet d’un masochisme non assumé ?
S’il estime que c’est parce qu’il serait loyal qu’il est antipathique à tous et déplaît à chacun, pourquoi se donner tant de peine et prendre tout son temps pour convaincre dans l’espoir de rallier l’opinion à sa cause perdue ?
Peut-on se déclarer patriote lorsqu’on est traître à la nation et qu’on passe pour le bourreau de son peuple ?
Ne sait-il pas que qui s’excuse, s’accuse ?
Un seul ministre qui met en danger tout un gouvernement et compromet l’avenir d’un régime. Ainsi peut-on camper la situation désastreuse provoquée par Morissanda Kouyaté, qui n’a pas appris à parler comme il se doit mais ne veut pas non plus s’imposer de se taire même lorsque c’est nécessaire.
Il lui suffit d’ouvrir la bouche pour qu’aussitôt il soit lynché. Il ne tourne pas sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler et ne se doute pas que sa parole ne vaut rien, parce qu’il n’est pas crédible, ayant pris la fâcheuse habitude de se dédire, de travestir ou d’édulcorer les faits afin de les tourner à son avantage. L’homme qui joue à cache-cache avec la vérité et vit de légendes a du mal à se départir de son héritage de conteur traditionnel et de sa vocation naturelle de flagorneur et de courtisan professionnel.
Malgré tout, il a reconnu tant bien que mal qu’il a été bel et bien renvoyé du projet de l’hôpital Donka auquel il avait été associé, mais nie en bloc les faits qui lui étaient reprochés. Le Dr Kandjoura Dramé, ministre de la Santé à l’époque – tous ceux qui l’ont connu le savent – n’était pas un homme qui pouvait limoger un collaborateur selon son humeur ou ses caprices. C’est à la suite d’un rapport l’incriminant que le médecin qui torpille la diplomatie guinéenne a été destitué. Pour rappel, l’entreprise Africof avait été retenue pour les travaux de rénovation du centre hospitalier et universitaire de Donka sous la coordination d’un certain Dr Morissanda Kouyaté.
Celui-ci ne s’est pas contenté de rançonner les entrepreneurs, il s’est aussi servi dans la caisse, une ligne budgétaire spécifique lui ayant été réservée. Malgré l’affection et l’amitié qu’il avait pour le Dr Morissanda Kouyaté, le Dr Kandjoura Dramé n’a pu le couvrir ni le garder. Le moindre mal était de le renvoyer. Comme il parle d’archives, au cas où il l’aurait oublié, Abdoulaye Condé, heureusement encore vivant, journaliste d’investigation, avait publié un article dans le journal L’Indépendant pour relater la malversation dont l’actuel ministre des Affaires étrangères ne veut pas entendre parler aujourd’hui. Le Dr Sidiki Keita, le successeur du sulfureux personnage – qu’il plaise à Dieu qu’il soit encore en vie – pourrait lui aussi rappeler le lourd passif légué par son prédécesseur.
Le Dr Morissanda Kouyaté, qui veut paraître « incorruptible » et « blanc comme neige », a fait sourire plus d’un dans les couloirs de « son » ministère où tout se vend et s’achète depuis qu’il est arrivé aux affaires. Entre les quatre murs, il s’y passe tellement de choses qui, si elles étaient toutes révélées, pour le paraphraser, feraient la « honte du pays » et feraient tomber de nombreuses têtes. Le goût du lucre et du stupre est à son comble.
Le fameux « conseiller » connu pour être son chaperon, à peine cité et flatté par lui pour son exemplarité présumée, est épinglé dans une affaire minière scabreuse par les médias. Le prix Nelson Mandela serait-il aussi un porte-malheur pour ses employeurs, amis, alliés et soutiens ?
Le mensonge ne prospère que s’il y a un doute sur la vérité ou qu’elle n’a pas déjà été révélée, Dr Morissanda Kouyaté !
Alors qu’il prétend avoir été sollicité par une institution internationale (ONU) avant d’être démis de ses fonctions, le Dr Morissanda Kouyaté, pourtant, a été repêché par Dr Mariama Djelo Barry, l’ancienne ministre, qui l’a intégré dans son ONG de lutte contre les mutilations génitales féminines. Ce qui lui a profité et lui a permis d’obtenir le prix Nelson Mandela, une « simple plaque », qui, loin de récompenser sa personne intrinsèque, vise à encourager et saluer la cause d’une couche sensible qu’il a épousée.
Une distinction qui n’est d’ailleurs pas aussi prestigieuse que le nom qu’elle porte, Nelson Mandela. Ce dernier est récipiendaire du prix Nobel de la paix, qui, lui, mérite d’être célébré, dont il y a lieu de se glorifier, n’étant pas une vétille ni un objet de subjugation. Tout comme le médecin congolais le Dr Denis Mukwege en 2018.
Lors d’un sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, le Dr Morissanda Kouyaté languissait dans les allées de l’hôtel du professeur Alpha Condé auquel il tenait absolument à présenter son prix. « Cet honneur doit lui revenir », m’a-t-il abordé. J’ai dû forcer la porte du Président pour lui obtenir sa fameuse audience. C’était dans une autre de ses nombreuses vies, une succession d’intrigues et de dénégations.
De peur d’être rattrapé par la justice, car le limogeage n’était qu’une sanction disciplinaire et administrative, le Dr Morissanda a effectivement rasé les murs, avant de quitter le pays sur la pointe des pieds, pour un long exil doré.
Aucun fonctionnaire n’a déserté l’administration ou ne s’est réfugié à l’étranger parce qu’il a été remplacé à son poste. On n’a pas appris, à ce jour, contrairement aux affabulations de « l’homme à abattre », qu’une personne a été menacée, maudite dans les mosquées ou persécutée, parce qu’elle s’est engagée dans la lutte contre l’excision, au point de se voir forcée de déménager du pays afin d’avoir la vie sauve et de devoir mettre à l’abri toute sa maisonnée.
Évidemment, on n’obtient pas l’asile en Occident en avouant des crimes financiers, mais en prétendant défendre des causes nobles et humanitaires comportant des risques et périls. Les demandeurs d’asile préparent chacun un récit de victimisation que le ministre réfugié aux États-Unis actualise, non sans calculs ni arrière-pensées. Peut-être se justifie-t-il, a posteriori, devant les services de l’immigration pendant qu’il savonne la planche pour les autres ?
Le fugitif, rentré au bercail, a réussi à se hisser au sommet à la faveur de la transition avec une équipe qui connaissait à peine le passé de chacun et la moralité des uns et des autres. Le Dr Morissanda Kouyaté s’est vendu cher pour se retrouver à une place où d’autres, plus méritants mais moins opportunistes que lui, avaient été pressentis.
Le pot aux roses est découvert : l’accidentel ministre ne se montre pas digne de ses fonctions et livre le pays à la risée publique. Toute prise de parole suscite une levée de boucliers : ni tact, ni retenue, ni élégance dans les déclarations et prises de position ; bref, rien de ce que l’on attend et espère d’un homme d’État et conforme aux usages diplomatiques n’est pris en compte.
On met en scène des entretiens avec des représentants de missions diplomatiques, on exhibe devant des visiteurs des documents officiels, on indexe Alpha Condé renversé, on lance des invectives contre des partenaires, on fait du trafic d’influence en simulant une proximité avec le chef de l’État, on se prête à une théâtralisation outrancière de la parole publique et à une désacralisation extrême de l’État et de ses institutions. S’il y a un seul prix que le Dr Morissanda Kouyaté mériterait, c’est celui de grand maître dans l’ordre national du bêtisier. C’est un flatteur qui veut vivre aux dépens d’un homme qu’il harcèle et d’un peuple qu’il agace. Un cumul d’irresponsabilité et d’impopularité historiques.
Il pense que le ministère des Affaires étrangères, c’est lui, peut-être aussi le pays. C’est pourquoi, faut-il le rappeler, les ambassadeurs, qui représentent le chef de l’État et ne sont pas à la dévotion d’un ministre, sont sommés de se ranger tous derrière le Dr Morissanda Kouyaté.
Ceux qui le font parce qu’ils ont été cooptés par lui et n’ont donc aucune chance de survie après son départ du gouvernement ont fait le choix d’être à la merci d’un homme plutôt que de servir le pays. Toutes les « leçons » en seront tirées, tôt ou tard. En attendant que ce ministre brouillon arrête de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages en matraquant qu’il a ouvert des portes pour le régime. Aucun pouvoir de transition n’a été isolé ni abandonné par la communauté internationale qui, même à l’égard des plus rebelles, s’est montrée bienveillante.
D’autres n’ont pas attendu le retour à l’ordre constitutionnel pour voir se dérouler sous leurs pieds le tapis rouge. Le chef d’État malgache, auteur d’un coup d’État, vient d’être reçu à l’Élysée. Combien de fois, avant d’être « élu », Déby fils s’y était-il rendu ? À l’Élysée, à la Maison-Blanche, dans d’autres palais, on n’y va pas désormais seulement après avoir accédé au pouvoir par les urnes ou par des voies légales ou régulières. Utiles et rentables, on peut y avoir accès. On se fait même prier parfois pour y aller. Les institutions sous-régionales, régionales et internationales recherchent davantage le compromis qu’elles n’isolent et se contentent de proférer des menaces de sanctions. Qu’est-ce que Morissanda a alors évité ou obtenu de particulier ? Au contraire, la voix de la Guinée n’est pas entendue et ne pèse pas suffisamment pour être au cœur de toutes les attentions et sollicitations comme d’autres. Le pays n’est pas isolé aucun ne l’est aujourd’hui mais il n’est pas un phare ni une locomotive diplomatique. Tout le reste n’est que farce et poudre aux yeux.
Mais qu’arrive-t-il donc à Morissanda Kouyaté ?









