Accueil POLITIQUE Traite humaine : Colonelle Marie Gomez coordonne le sauvetage d’une jeune Sierra-Léonaise...
Une jeune Sierra-Léonaise enlevée au Nigeria et séquestrée en Guinée pendant plus d’un an a été libérée grâce à une opération conjointe d’Interpol. Son calvaire s’est achevé dans les larmes de joie lors de retrouvailles émouvantes avec sa famille.
Les retrouvailles ont été bouleversantes. Après plus d’une année d’angoisse, la famille d’Alisa Conte a enfin pu serrer dans ses bras la jeune femme qu’elle croyait perdue à jamais. Cette Sierra-Léonaise, partie poursuivre ses études au Nigeria, a vécu un véritable cauchemar avant d’être finalement libérée grâce à une remarquable collaboration policière internationale.

Le parcours d’Alisa Conte devait être celui de milliers d’étudiants africains en quête d’un avenir meilleur. Quittant la Sierra Leone avec l’espoir de décrocher un diplôme universitaire au Nigeria, elle ignorait que son voyage prendrait une tournure dramatique. Peu après son arrivée sur le sol nigérian, la jeune femme a été enlevée et emmenée vers une destination inconnue.
Durant de longs mois, celle qui rêvait de salles de classe s’est retrouvée plongée dans l’univers sordide de la traite des êtres humains. Victime d’enlèvement, de séquestration et d’abus sexuels, elle a enduré des épreuves dont les séquelles psychologiques seront longues à cicatriser.


Le tournant décisif est survenu lors d’un moment d’inattention de ses ravisseurs. Faisant preuve d’un courage remarquable, Alisa Conte a réussi à s’emparer du téléphone portable d’un client pour contacter sa famille. Ce bref appel, empreint de désespoir mais porteur d’espoir, a permis à la jeune femme de communiquer sa localisation approximative.
Cette information cruciale a immédiatement déclenché une chaîne de coopération policière internationale. La famille a alerté les autorités sierra-léonaises, qui ont à leur tour sollicité Interpol.
« Nous avons été saisis par l’unité de traite du Secrétariat général d’Interpol basé à Lyon concernant l’enlèvement de cette victime, Alisa Conte », a expliqué Marie Gomez, directrice générale de l’OPROGEM (Office de Protection du Genre, de l’Enfance et des Mœurs de Guinée). « Dès réception de cette demande, nous avons reçu des instructions via notre hiérarchie pour mettre tout en œuvre afin de sauver cette victime qui se trouvait dans l’une des préfectures minières du pays, à savoir Mandiana. »
La collaboration entre le Bureau central national Interpol de Conakry et l’OPROGEM s’est révélée déterminante. Les enquêteurs ont rapidement localisé la victime dans la région minière de Mandiana, une zone connue pour ses activités aurifères mais également pour être un point de passage des réseaux de traite.
L’opération de sauvetage a permis non seulement de libérer Alisa Conte, mais également de démanteler le réseau criminel qui la retenait captive. « Elle a été victime d’enlèvement, de séquestration et d’abus sexuels », a précisé Marie Gomez. « Conformément aux conventions existant entre les différents États, nous avons procédé à cette remise simplifiée de police à police. »

La directrice de l’OPROGEM a tenu à rassurer ses homologues internationaux sur la détermination des autorités guinéennes dans la lutte contre ce fléau. « Nous assurons à nos confrères du Bureau central national Interpol de Sierra Leone que notre tolérance est zéro en matière de trafic d’êtres humains et de pratiques assimilées à la traite », a-t-elle affirmé.
À Pamelape, la jeune femme a été officiellement remise aux autorités sierra-léonaises lors d’une cérémonie protocolaire, avant de pouvoir enfin retrouver sa famille biologique.
Les moments qui ont suivi ont été particulièrement poignants. Un proche de la famille, visiblement ému, a témoigné de son soulagement : « J’ai pris soin d’elle pendant très longtemps. Après lui avoir donné une éducation de base, j’ai décidé de la laisser partir pour qu’elle poursuive ses études. Elle m’a quitté il y a longtemps pour se rendre au Nigeria. Cela fait une année qu’elle était partie. Elle a été retrouvée en Guinée grâce à Interpol. Je remercie profondément les autorités et tous ceux qui sont intervenus. »
Cette affaire illustre parfaitement l’efficacité que peut avoir la coopération policière internationale lorsque les mécanismes sont bien huilés. L’implication coordonnée de l’Unité de traite du Secrétariat général d’Interpol à Lyon, du Bureau central national Interpol de Guinée et de l’OPROGEM a permis de transformer ce qui aurait pu être un dossier parmi tant d’autres en une histoire à l’issue heureuse.
Cette opération réussie envoie néanmoins un signal fort aux réseaux criminels : la collaboration internationale se renforce et la tolérance face à ces crimes s’amenuise. Pour les familles de victimes, elle apporte également un message d’espoir : malgré les obstacles, des retours heureux restent possibles.
Un décryptage de Mamadou BAH [ Mathé]