Le statut particulier des personnes vivant avec le VIH en Guinée est aujourd’hui menacé par une crise de gouvernance interne. L’Assemblée Générale élective du Réseau Guinéen des Associations de Personnes vivant avec le VIH (REGAP+), organisée les 11 et 12 juin 2026 au siège du Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS) à Conakry, est au cœur d’un scandale qui secoue la société civile guinéenne. Quorum ignoré, militaires aux portes, fonds détournés, statuts falsifiés : les membres lésés ont saisi la justice pour exiger l’annulation de ce scrutin qu’ils qualifient de hold-up électoral.
Tout commence par une violation flagrante des textes statutaires. Alors que la loi guinéenne sur les associations et les statuts du REGAP+ imposent un délai minimum de deux semaines pour convoquer une Assemblée Générale, les membres n’ont reçu leur convocation que trois jours avant la tenue du scrutin.
Pire, le lieu de l’assemblée, initialement prévu à Mamou, a été déplacé à la dernière minute au siège du CNLS à Conakry, sans notification formelle ni prise en charge des frais supplémentaires de déplacement. Résultat : les délégués venus de Kindia, Labé, Kankan et N’Zérékoré n’ont pas pu organiser leur voyage à temps. Pour de nombreux observateurs, cet enchaînement n’est pas le fruit du hasard, mais une stratégie délibérée d’exclusion.
Le fait le plus troublant reste la présence de militaires en tenue postés à l’entrée de l’assemblée, munis d’une liste de 19 noms soigneusement sélectionnés. Tout membre du REGAP+ dont le nom ne figurait pas sur cette liste même porteur d’un ordre de mission officiel a été purement et simplement refoulé.
Huit délégués réguliers ont ainsi été écartés de force. Non pas pour irrégularité de leur statut, mais pour une seule et unique raison : ils ne garantissaient pas leur soutien à Mme Kadiatou Bodjé Baldé, présidente sortante et candidate à sa propre succession.
« On ne trie pas des citoyens à l’entrée d’une assemblée démocratique avec des militaires. C’est le comportement d’un régime autoritaire, pas d’une association de la société civile », ont dénoncé les membres lésés.
Les statuts du REGAP+ sont formels : une Assemblée Générale n’est valide que si au moins 28 associations sur 42 sont représentées, soit les deux tiers des membres. Ce jour-là, seules 19 personnes étaient présentes moins de la moitié du quorum légal.
Plus grave encore, au sein du bureau exécutif composé de cinq membres, seuls trois avaient été conviés. Le Directeur exécutif, pourtant organisateur statutaire de l’Assemblée Générale, n’a reçu aucune invitation. La Vice-présidente a été totalement mise à l’écart. Quant aux listes d’invités, elles n’ont jamais été communiquées ni au Conseil d’administration, ni au bureau exécutif.
L’un des aspects les plus révélateurs de cette affaire est la multiplication des listes d’invités. Le CNLS, Plan International Guinée et la présidence du REGAP+ disposaient chacun d’une version différente toutes contradictoires. Les partenaires institutionnels ont donc été délibérément induits en erreur.
La composition de l’électorat a été façonnée selon les affinités politiques de Mme Baldé. Alors qu’il était prévu d’inviter deux représentants par région, neuf personnes ont été sélectionnées pour la seule zone de Conakry la plus petite région du pays en superficie toutes proches de la candidate sortante.
Autre irrégularité majeure : les statuts et le règlement intérieur du réseau ont été intégralement réécrits par Mme Baldé et ses seuls partisans, sans consultation de la Vice-présidente, du Directeur exécutif, du Conseil d’administration ni des membres fondateurs. Ces nouveaux textes ont été distribués aux participants le matin même du scrutin, sans possibilité de lecture approfondie, de débat ou d’amendement.
Par ailleurs, au moins trois candidats élus lors de ce scrutin avaient déjà accompli deux mandats et se trouvaient frappés d’inéligibilité. Mme Baldé elle-même briguait un troisième mandat, en violation directe des statuts du réseau.
À ces irrégularités procédurales s’ajoute une infraction pénale. Chaque participant devait percevoir 1 000 000 de francs guinéens. Seuls 600 000 GNF ont été versés. Les 400 000 GNF restants par personne représentant plusieurs millions au total ont été retenus par les organisateurs sans justification ni reçu.
Ce détournement, attesté par les feuilles d’émargement, constitue un abus de confiance caractérisé. Une plainte pénale a été déposée auprès du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Dixinn.
La responsabilité du CNLS est également pointée du doigt. L’institution a mis ses locaux à disposition de cette assemblée irrégulière, détenait une liste d’invités distincte de celles des autres partenaires, et n’a à aucun moment exigé le respect du quorum ni alerté sur les irrégularités constatées.
Pour la Direction exécutive du REGAP+, cette passivité engage la responsabilité du CNLS dans la légitimation d’un processus frauduleux.
Face à ce hold-up électoral, les membres lésés ont engagé une double démarche juridique :
Une requête en annulation adressée au Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, tutelle des associations en Guinée
Une plainte pénale déposée devant le Parquet de Dixinn
Les preuves sont nombreuses : ordres de mission des membres refoulés, listes contradictoires, feuilles d’émargement falsifiées. Les membres du REGAP+ réclament l’organisation d’une nouvelle Assemblée Générale, convoquée dans les délais réglementaires, ouverte à tous, transparente et placée sous contrôle indépendant.
Le REGAP+ représente des milliers de personnes vivant avec le VIH en République de Guinée. Leur droit à une représentation légitime et démocratique ne saurait être confisqué par les ambitions personnelles d’une seule candidate.
Sambégou Diallo









