
Le 9 juillet 1996, la Guinée tournait une page de son histoire politique. Ce jour-là, un décret lu sur les ondes des médias d’État annonçait la nomination de Sidya Touré au poste de Premier ministre. Trente ans plus tard, cet épisode reste l’un des tournants les plus commentés de la présidence de Lansana Conté.
Le poste n’avait plus existé depuis décembre 1984, date à laquelle Conté l’avait aboli après avoir limogé Diarra Traoré, premier chef de gouvernement de la Deuxième République. Entre-temps, c’est le président lui-même qui dirigeait l’exécutif.
Sa réapparition en 1996 n’est pas un hasard de calendrier. Elle intervient quelques mois après la mutinerie des 2 et 3 février 1996, une révolte militaire particulièrement violente au cours de laquelle Conté avait échappé de justesse à une tentative d’assassinat. La pression des bailleurs de fonds internationaux, inquiets de voir le pays s’enfoncer dans la crise malgré un potentiel économique important, a également pesé lourd dans la décision.
Le choix de Conté surprend tout le monde. Sidya Touré, né en 1945 à Dimbokro en Côte d’Ivoire de parents guinéens, n’a jamais évolué dans les cercles politiques du pays. Économiste de formation, diplômé de l’École nationale du Trésor de Paris, il a fait toute sa carrière dans l’administration ivoirienne avant de fonder sa propre entreprise, la Société Financière et Industrielle du Golfe (SOFIG). C’est ce technocrate, totalement étranger aux rivalités politiques guinéennes du moment, que Conté préfère aux ténors habituels.
Quelques jours après sa nomination, Sidya Touré dévoile la composition de son gouvernement. On y retrouve une génération de jeunes cadres qui domineront l’administration et la vie politique du pays pendant les vingt années suivantes : Cellou Dalein Diallo, Ousmane Kaba, Ibrahima Kassory Fofana ou encore Hadja Saran Daraba Camara.
En moins d’un an, le nouveau Premier ministre engage des réformes qui permettent à la Guinée d’obtenir 258 millions de dollars de financements internationaux et d’accéder, avec le FMI, au statut de Pays Pauvre Très Endetté. L’approvisionnement en eau et en électricité s’améliore sensiblement à Conakry, les relations avec l’Union européenne se renouent, et le fichier de la fonction publique est assaini.
Mais ces succès inquiètent son propre camp. Perçu comme trop indépendant, voire comme un rival potentiel, Sidya Touré voit peu à peu ses prérogatives réduites. Il tente de rassurer le président en battant campagne pour sa réélection en 1998, avec un slogan resté célèbre : « Lansana Conté, ton pied, mon pied ». Cela ne suffira pas : il est démis de ses fonctions le 8 mars 1999, après trente-deux mois à la primature.
Écarté du pouvoir, Sidya Touré se tourne vers la politique. En mai 2000, il prend la tête de l’Union des Forces Républicaines (UFR), récemment dissout. Candidat à la présidentielle de 2010, il y recueille environ 13 % des voix. Après un passage comme Haut représentant du chef de l’État entre 2016 et 2018, il a démissionné.
Trois décennies après sa nomination surprise, Sidya Touré demeure entre souvenir d’un mandat réformateur et longue carrière dans l’opposition.
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