Accueil POLITIQUE Guinée : quand l’entourage d’un chef menace son propre bilan

Guinée : quand l’entourage d’un chef menace son propre bilan

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LE COURAGE DE LA VÉRITÉ :

POURQUOI DÉNONCER L’ENTOURAGE TOXIQUE D’UN CHEF EST LE PLUS HAUT ACTE DE FIDÉLITÉ ?

L’histoire des institutions politiques, singulièrement en période de transition, se joue souvent dans l’espace feutré mais ô combien décisif des cabinets et des entourages immédiats.

Le Conseil National de la Transition (CNT) de notre pays n’échappe pas à cette loi d’airain de la sociologie du pouvoir.

Alors que le chef de cette institution incarne, par ses choix initiaux et sa posture, une volonté sincère de refondation, force est de constater qu’un décalage persistant se creuse entre la noblesse de ses intentions et la perception publique de son action.

Pour le sociologue, ce phénomène n’est pas un mystère, mais « le produit direct de la qualité de l’entourage ». « C’est l’entourage d’un chef qui compte plus pour ses résultats », postule l’adage.

Lorsque cet entourage brille par sa compétence stratégique, le progrès s’institutionnalise. À l’inverse, lorsqu’il s’enfonce dans la médiocrité, le subjectivisme et l’injustice, les résultats s’étiolent.

Dès lors, face aux actes de compromission qui menacent la réputation du leader, il devient impératif de redéfinir la notion même de fidélité politique ou de loyauté.

Contrairement aux idées reçues, ceux qui dénoncent un entourage toxique ne sont pas des dissidents ; ils posent l’acte de loyauté le plus pur qui soit.

Ainsi, de la sociologie des organisations à la philosophie du pouvoir, le piège de la courtisanerie est énorme et détruit la plupart des grands leaders.

En sociologie des organisations, notamment dans l’analyse wébérienne des structures bureaucratiques, le pouvoir n’est jamais une entité isolée ; il est un système de relations.

Le leader, aussi bien intentionné soit-il, dépend des canaux d’information et d’exécution qui l’entourent.

Le grand danger qui guette alors le sommet est la substitution de la rationalité fonctionnelle par ce que l’on pourrait appeler la « bulle de la courtisanerie ».

C’est ici que la confusion devient tragique et beaucoup confondent trop souvent « la loyauté », qui est un attachement supérieur aux objectifs du chef et à l’intérêt commun, avec « la courtisanerie, qui n’est qu’une soumission mercantile visant à protéger des privilèges individuels. »

Dans son œuvre magistrale, Le Prince, Nicolas Machiavel consacrait des lignes d’une brûlante actualité à ce dilemme, affirmant que le premier jugement que l’on porte sur l’esprit d’un prince repose sur l’examen des hommes qui l’entourent. Le penseur florentin prévenait que pour se prémunir des adulateurs, le chef doit exiger la vérité.

Lorsque l’entourage filtre le réel, disqualifie les compétences externes et passe son temps à calomnier quiconque tente d’apporter une contradiction constructive, il cesse de servir le chef ; il s’en sert.

Étienne de La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, décrivait déjà ces « complices » qui flattent le prince non pour le grandir, mais pour s’assurer une parcelle de sa puissance, finissant par détruire l’autorité même qu’ils prétendent vénérer.

Le CNT à l’épreuve du filtre toxique : l’impact des compromissions inutiles

Appliquée à la dynamique actuelle du CNT, cette grille de lecture théorique éclaire les tensions observables. L’ex-président du CNT et probable président de la nouvelle assemblée nationale, reconnu pour ses qualités intrinsèques et son engagement pour les résultats, s’est retrouvé otage d’un écran de fumée managérial.

Une faction de son entourage, guidée par des logiques subjectives et malhonnêtes, a multiplié les erreurs stratégiques et les actes de compromission inutiles. Ces comportements n’ont pas seulement érodé la confiance publique, ils ont aussi activement travaillé à isoler le leader.

Dans ce type de configuration sociologique, la délation devient une method de gestion. Pour maintenir leur position malgré leur déficit de compétence et d’expérience stratégique, les membres de cet entourage toxique investissent une énergie considérable à salir les cadres intègres, les intellectuels et les praticiens du développement qui pourraient offrir une alternative de pensée.

Ce mécanisme de protection clanique crée un vide autour du chef, le privant des alertes nécessaires à la rectification de sa trajectoire. Les témoignages issus des couloirs de l’institution bruissent de cette frustration : celle de voir de belles réformes et des ambitions historiques compromises par des calculs d’arrière-boutique et des postures d’arrogance portées par une suite inappropriée.

L’éthique de responsabilité : Dénoncer pour sauver le bilan

Face à ce constat, le silence n’est plus une posture de neutralité, il devient une complicité passive. Ceux qui observent la toxicité de l’entourage du chef and choisissent de s’y adapter par confort ou par calcul de carrière participent, en réalité, au naufrage programmé de sa réputation. À l’inverse, l’analyse doctrinale nous enseigne que la dénonciation des dérives de la cour est le courage le plus authentique.

C’est une manifestation concrète de l’éthique de responsabilité théorisée par Max Weber : agir en fonction des conséquences futures de nos actes et de nos silences.

Le véritable loyaliste est celui qui prend le risque de déplaire à court terme pour préserver la postérité du leader à long terme. Il est celui qui ose rompre l’unanimisme de façade pour dire au chef que sa trajectoire est dévoyée par ceux-là mêmes qui lui jurent une fidélité éternelle le matin, tout en commettant des fautes de gestion l’après-midi.

En conclusion, je dis sans peur ni revenus calculés que le temps du choix stratégique se pointe même si le leader restait ou partait ailleurs.

Pour que l’avenir soit merveilleux et les acquis du CNT soient profitables et que tous ses progrès se viabilisent et s’inscrivent durablement dans l’histoire de la transition, une rupture épistémologique et humaine doit être requise au sommet. Le chef concerné doit impérativement réévaluer sa confiance et opérer un arbitrage rigoureux entre les courtisans de l’ombre et les serviteurs de l’État.

En tant que spécialistes des dynamiques sociales et du développement, notre rôle est de rappeler que les institutions ne valent que ce que valent les hommes qui les animent au quotidien. Le chef a le droit, et le devoir, de s’entourer de compétences avérées, d’esprits stratégiques et de personnalités intègres capables de porter sa vision plutôt que de s’en nourrir.

L’histoire politique est implacable car elle oublie les courtisans, mais elle juge sévèrement les leaders qui n’ont pas su s’en séparer à temps. Il est encore temps de préférer la rude clarté de la vérité aux murmures lénifiants de la délation.

 

Par Aimé Stéphane MANSARÉ

Sociologue • Expert-consultant en sciences sociales du développement • Directeur Général du CERFOP • Président du Conseil d’Administration de l’IPCJ-Guinée

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