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Guinée : plus de 50 morts en deux mois, le pays saigne

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Cinquante corps en moins de deux mois. Le chiffre, à lui seul, devrait suffire à faire trembler un pays. Il ne trouble presque personne. C’est peut-être cela, le vrai scandale.

Le week-end dernier, un éboulement a frappé la décharge de la Minière, à Dar-Es-Salam, dans la commune de Gbéssia. Trente et un morts, selon un bilan encore provisoire, et des blessés graves. Parmi les victimes, une mère de famille a perdu ses enfants sous les tonnes d’immondices.

Ce drame n’a rien d’un accident imprévisible. Il a un précédent, une date, un nom : août 2017, le même endroit, neuf morts. Dix ans plus tard, presque jour pour jour, la même montagne d’ordures a repris ses morts.

Que s’est-il passé entre-temps ? Rien, ou si peu. Après 2017, les autorités avaient pourtant décidé de fermer le site et d’évacuer les riverains. Des dédommagements ont été versés.

Et puis la vie a repris son cours dans l’indifférence générale : des familles dédommagées qui refusent de partir, des tonnes de déchets déversées chaque jour, une montagne artificielle qui grandit sous le regard des services de l’État censés faire appliquer la loi. Personne n’a agi.

Le drame de ce week-end n’est donc pas une catastrophe naturelle. C’est le fruit annoncé d’un renoncement collectif.

Et Dar-Es-Salam n’est pas un cas isolé, ce n’est que le dernier maillon d’une chaîne funeste. Début juillet, un immeuble de neuf étages en construction s’effondrait à Démoudoula, dans la commune de Ratoma : neuf morts.

Moins de deux mois plus tard, à Hafia, dans la commune de Dixinn, un autre immeuble en chantier s’écroulait sur des habitations : cinq morts. Puis, ce lundi 24 août, six corps ligotés, les yeux bandés, portant des traces de sang, ont été découverts à Allassoya, dans la préfecture de Forécariah.

Décharges qui s’effondrent, immeubles qui s’écroulent, corps qu’on retrouve dans des conditions macabres : à chaque fois, une même question revient, et à chaque fois elle reste sans réponse.

Qui contrôle les chantiers ? Qui délivre les permis de construire, et sur quelle base ? Qui est censé faire respecter la décision de fermer une décharge classée dangereuse ? Et surtout : qui rendra des comptes ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un pays où les mêmes catastrophes se répètent, au même endroit, avec les mêmes causes, n’est pas un pays frappé par la fatalité. C’est un pays où les décisions prises ne sont jamais suivies d’effet, où les responsabilités se diluent entre les administrations, les élus locaux et les riverains, jusqu’à ce que plus personne ne réponde de rien.

On dédommage, on ordonne une fermeture, on rédige des rapports, et puis on laisse faire. Jusqu’au prochain effondrement.

Il est temps de sortir de ce cycle. Cela suppose des mesures concrètes : l’application réelle, et non plus seulement décrétée, de la fermeture des sites à haut risque ; des contrôles systématiques et indépendants sur les chantiers de construction, avant et pendant les travaux ; des sanctions pour les promoteurs et les fonctionnaires qui ferment les yeux ; et une véritable politique de relogement pour les populations exposées, qui ne se limite pas à un chèque suivi d’un abandon.

Les victimes de Dar-Es-Salam, de Démoudoula, de Hafia et d’Allassoya ne sont pas mortes de malchance. Elles sont mortes de l’inaction de tous ceux qui, à un moment ou à un autre, auraient pu empêcher ces drames et ne l’ont pas fait.

Tant que cette réalité ne sera pas nommée et assumée, d’autres noms viendront, hélas, s’ajouter à une liste déjà bien trop longue.

Par Minkael BARRY 

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