Aly Farka Touré : vingt ans après, la légende demeure

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Il y a exactement vingt ans disparaissait l’un des musiciens les plus importants qu’ait produit le continent africain. Aly Farka Touré s’est éteint le 7 mars 2006 à Bamako, emporté par un cancer des os, laissant derrière lui une œuvre aussi rare qu’irremplaçable.

Né en 1939 près de Tombouctou, Aly Farka Touré grandit dans les traditions musicales songhaï, peul et tamachek. Autodidacte, il apprend seul la guitare après avoir été foudroyé par les enregistrements de John Lee Hooker. Sa conviction est immédiate et inébranlable : ce blues américain n’est pas étranger à sa musique. Il en est le cousin direct, transporté de l’autre côté de l’Atlantique par les esclaves arrachés à l’Afrique de l’Ouest. Sa vie entière sera consacrée à démontrer cette filiation.

Après des années à Radio Mali puis des albums distribués par World Circuit Records, c’est en 1994 que sa carrière bascule définitivement. Sa collaboration avec le guitariste américain Ry Cooder donne naissance à « Talking Timbuktu », une rencontre au sommet entre deux géants de la guitare.

L’album remporte le Grammy Award de la meilleure world music en 1995 et se vend à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Pour un artiste malien de cette génération, c’est un événement sans précédent.

La gloire internationale ne détourne jamais Aly Farka Touré de ses racines. À l’apogée de sa notoriété, il retourne à Niafunké, sa ville adoptive au bord du Niger, pour se consacrer à l’agriculture et à sa communauté. En 2004, il est élu maire de la ville  gérant les affaires locales avec le même sérieux qu’il apporte à sa musique.

Sachant sa fin proche, il enregistre en 2005 « In the Heart of the Moon » avec le maître de la kora Toumani Diabaté. Deux Maliens, deux génies, quelques jours de studio : le résultat est bouleversant. L’album remporte un second Grammy en 2006, reçu à titre posthume.

Vingt ans après, son fils Vieux Farka Touré perpétue la tradition avec brio. Ses albums continuent d’être réédités, écoutés, redécouverts. Plus profondément, Aly Farka Touré a transformé le regard du monde sur la musique africaine non plus comme curiosité folklorique, mais comme art total, souverain, universel.

Minkael ƁARRY