Lettre Ouverte à M. Cellou Dalein Diallo ancien président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG): réponse d’un ancien cadre de l’UFDG à son allocution du 8 mars 2026

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Monsieur le Président,

Votre allocution du 8 mars 2026 adressée aux responsables, militants et sympathisants de l’Union des forces démocratiques de Guinée a provoqué chez moi à la fois stupéfaction et profonde déception. Cette réaction n’est pas celle d’un adversaire politique de circonstance, mais celle d’un homme qui a longtemps cru en votre projet et qui s’est engagé loyalement pour le défendre.

J’ai été membre du Conseil politique de l’UFDG et coordinateur de votre campagne lors de l’élection présidentielle de 2020 dans la région de Faranah. Comme beaucoup d’autres militants, j’ai parcouru villes et villages pour convaincre nos compatriotes que votre candidature représentait l’espoir d’une Guinée démocratique, respectueuse des libertés publiques et attachée à l’alternance pacifique au pouvoir.

C’est précisément pour cette raison que vos propos récents ne peuvent être passés sous silence.

Lorsque vous affirmez aujourd’hui que « ce n’est ni par le dialogue, ni par la voie démocratique, ni par les moyens légaux que les changements politiques peuvent être obtenus », vous reniez publiquement les principes mêmes sur lesquels vous avez bâti votre carrière politique. Comment celui qui a longtemps revendiqué le combat pour la démocratie peut-il aujourd’hui appeler implicitement à contourner les voies démocratiques et légales ?

Plus troublant encore : vous avez été à deux reprises président de l’International Liberal, une organisation internationale dont la charte repose sur la promotion du pluralisme politique, du dialogue et de la résolution pacifique des conflits. Les propos que vous tenez aujourd’hui sont en contradiction flagrante avec les valeurs que vous étiez censé incarner sur la scène internationale.

Mais l’histoire politique a la mémoire longue.

En 2003, alors que de nombreux Guinéens réclamaient davantage de démocratie et la fin d’un système verrouillé, vous étiez l’un des soutiens du régime de feu Lansana Conté. Votre nomination au poste de Premier ministre s’inscrivait dans ce contexte politique. Ce rappel n’a rien d’anecdotique : il démontre que les postures politiques d’aujourd’hui doivent être confrontées aux réalités d’hier.

Comme le dit un proverbe bien connu : toute graine semée finit toujours par produire ses fruits.

Cependant, une autre question mérite d’être posée avec courage et lucidité : quel bilan réel peut-on tirer du système politique que vous avez incarné durant ces dernières années ?

Les tensions politiques répétées, les affrontements dans les rues et les mobilisations souvent mal maîtrisées ont laissé derrière elles un lourd tribut pour notre pays. Des centaines de familles ont été endeuillées, des blessés à vie portent encore les stigmates de ces crises, des centaines d’orphelins ont été laissés sans protection, et des dégâts matériels considérables ont marqué plusieurs villes et quartiers de notre pays.

Face à ce bilan douloureux, une interrogation légitime se pose : la stratégie politique que vous avez défendue a-t-elle réellement rapproché la Guinée de la démocratie et de la stabilité, ou a-t-elle contribué à alimenter un cycle permanent de tensions et de souffrances pour nos populations ?

Dans votre discours, vous affirmez vous adresser aux « responsables et militants » de l’UFDG. Mais la question mérite d’être posée avec franchise : quels responsables ? quels militants ?

Une grande partie de ceux qui ont porté votre combat sur le terrain pendant des années ont aujourd’hui pris leurs distances avec cette ligne politique devenue de plus en plus radicale et déconnectée des réalités nationales. Beaucoup de ces cadres politiques ont choisi d’accompagner la dynamique actuelle de reconstruction de l’État et de stabilisation institutionnelle sous la conduite du président Mamadi Doumbouya.

La Guinée traverse en effet une période décisive de son histoire politique. Dans un tel contexte, les discours de confrontation permanente ne servent ni la démocratie ni l’intérêt du peuple guinéen.

Monsieur le Président,

La Guinée n’a pas besoin d’appels à la rupture ou à la confrontation. Elle a besoin de responsabilité politique, de lucidité et de leaders capables de mettre l’intérêt national au-dessus des ambitions personnelles.

Pour ma part, en tant qu’acteur politique profondément attaché à ma préfecture de Kissidougou et engagé auprès de ses populations, j’ai fait un choix clair : celui de soutenir les efforts de refondation nationale et de stabilité institutionnelle engagés par le président Mamadi Doumbouya.

Ce choix est celui de la responsabilité.

Notre pays doit sortir définitivement des cycles de tensions politiques qui ont trop longtemps retardé son développement. L’avenir appartient à ceux qui construisent, pas à ceux qui entretiennent les divisions.

L’histoire jugera chacun de nous. Elle jugera ceux qui auront choisi la confrontation permanente et ceux qui auront choisi de contribuer à la stabilité, à la reconstruction de l’État et à l’avenir de notre nation.

Pour ma part, j’ai choisi mon camp : celui de la responsabilité et de l’avenir de la Guinée.

Samuel KOUROUMA

Ancien membre du Conseil politique de l’UFDG

Coordinateur de la campagne présidentielle de 2020 pour la région de Faranah