AUJOURD’HUI,13 Mars 2026, il y’a dix  ans la Guinée perdait l’ancienne ministre Rougui Barry

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Il y a tout juste dix ans, ce 13 mars 2016, la Guinée apprenait avec stupeur et douleur la disparition de Madame Kaba Rougui Barry, emportée par la maladie au Maroc. Une décennie s’est écoulée, mais le souvenir de cette femme d’exception reste intact dans les cœurs de ceux qui l’ont connue, côtoyée, et admirée.

Dix ans. C’est peu pour oublier. C’est suffisant pour mesurer l’ampleur du vide qu’elle a laissé derrière elle.

L’histoire retiendra que Rougui Barry n’a pas simplement participé à la politique guinéenne. Elle l’a transformée. En 1991, elle fut élue maire de la commune de Matam, à Conakry, devenant ainsi la première femme à exercer la fonction de maire en Guinée. Un accomplissement qui, trente ans plus tard, continue de résonner comme un acte fondateur.

À une époque où la place des femmes dans les sphères de décision était encore très largement contestée ou ignorée, Rougui Barry a imposé sa légitimité non pas par le bruit, mais par le travail, la conviction, la générosité et une autorité naturelle que ses adversaires eux-mêmes ne pouvaient nier. Elle n’avait pas besoin de revendiquer haut et fort sa place. Elle l’habitait pleinement.

Cette élection à Matam n’était pas un accident de l’histoire. C’était le fruit d’un engagement sincère au service de sa commune et de ses habitants.

Derrière la pionnière, il y avait une femme profondément ancrée dans les réalités de son quartier, de son peuple.

Au fil des années, Rougui Barry a gravi les échelons de la vie politique avec la même rigueur. Elle a occupé plusieurs postes ministériels, portant les dossiers de ses compatriotes avec sérieux et détermination. Ministre des Guinéens de l’Étranger, puis ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Éducation civique sous la présidence de Moussa Dadis Camara, elle a également servi comme ministre conseillère à la Présidence de la République sous le président Alpha Condé.

Ces fonctions, elle les a assumées avec l’humilité de celle qui sait que le pouvoir est un service, jamais une récompense.

Si Rougui Barry était respectée dans les arcanes du pouvoir, elle était aimée dans les rédactions. Sa résidence privée de Koléah et ses bureaux étaient des espaces ouverts, des lieux de dialogue et d’échange où journalistes et hommes de presse se sentaient toujours les bienvenus.

Elle aimait la presse. Pas par calcul ou par stratégie de communication, mais par conviction profonde que l’information est un pilier de la démocratie. Elle recevait les journalistes, les écoutait, leur parlait sans détour, avec cette franchise qui la caractérisait. Nombreux sont ceux qui se souviennent encore de ses éclats de rire dans son salon, de ses analyses tranchantes sur la situation du pays, de sa façon de mettre à l’aise le plus intimidé des reporters.

Cette proximité avec les hommes et femmes de médias n’était pas une posture. C’était Rougui Barry dans toute son authenticité : généreuse, directe, accessible.

Le temps ne suffit pas à effacer certaines présences. Et celle de Rougui Barry fait partie de ces présences qui continuent de hanter, en bien, la mémoire collective guinéenne.

Elle était de celles qui croient que leur pays mérite mieux, et qui agissent en conséquence. Elle était de celles qui ouvrent des chemins pour que d’autres, après elles, n’aient pas à se battre deux fois plus fort pour exister.

En ce 13 mars 2026, à l’occasion de ce dixième anniversaire, nous nous inclinons devant sa mémoire avec reconnaissance et respect. Nous pensons à sa famille, à ses proches, à toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de la connaître et qui portent encore le deuil de son absence.

Que son âme repose en paix.

Minkael ƁARRY