Le Dragon ne meurt jamais : la Guinée pleure et chante Demba, 53 ans après

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Cinquante-trois ans après que le « Dragon de la chanson africaine » a rendu son dernier souffle, la mémoire d’Aboubacar Demba Camara demeure une flamme vive dans le cœur des mélomanes du continent.

Ce dimanche 5 avril 2026, comme chaque année, une cérémonie de prières et de recueillement à été organisée dans le quartier de Yatayah, au domicile du couple Noah Conté et Koulako Coco Camara, l’unique héritière du célébrissime et inimitable chanteur.

Cette commémoration marque l’anniversaire d’un destin brisé en pleine gloire, le 5 avril 1973, des suites d’un terrible accident de la circulation survenu le samedi 31 mars 1973 au virage des phares des Mamelles, à quelques encablures de l’aéroport international de Dakar. Le départ brutal de celui qui fut l’âme du légendaire Bembeya Jazz National avait alors plongé l’Afrique de la culture dans un deuil immense, illustré par les mots restés célèbres du sémillant journaliste sénégalais Ahmed Tidiane Diop de la RTS : « Demba a vu Dakar, Dakar n’a pas vu Demba ». Sékou « Diamond Fingers » Diabaté, guitariste légendaire et compagnon de route, rappelait avec émotion lors d’hommages précédents que Demba n’était pas seulement une voix, mais le pilier qui a porté le Bembeya Jazz National sur le toit du monde par son talent pur.

Sékou Camara, dit « Le Grow », autre figure historique de l’orchestre, souligne souvent que la disparition de Demba a laissé un vide artistique que personne n’a jamais pu combler totalement, tant son charisme scénique était unique.

Pour comprendre cette ascension fulgurante, il faut remonter aux origines de l’artiste à Conakry et surtout à Beyla, en Guinée forestière, où sa carrière prend véritablement racine au début des années 1960. Jeune chanteur déjà magnétique, il rejoint l’orchestre de Beyla qui deviendra plus tard le Bembeya Jazz National sous l’impulsion de la politique culturelle de la Première République.

C’est dans cette petite localité que le « Dragon » a forgé ses premières armes, transformant un orchestre régional en une machine de guerre musicale capable de conquérir les scènes de Cuba à Lagos. Pour accompagner ce recueillement, les fidèles et admirateurs se remémorent les chefs-d’œuvre qui ont jalonné son parcours, de l’épique « Regard sur le passé » au poignant « Chemin d’Afrique », des titres qui résonnent aujourd’hui comme des testaments sonores.

Élevé au rang d’Officier dans l’ordre national du mérite à titre posthume, l’artiste laisse derrière lui un héritage musical qui défie le temps, sa voix d’or continuant d’animer les souvenirs de ceux qui ont vibré au rythme de ses performances scéniques inoubliables.

Aujourd’hui encore, alors que sa famille et ses admirateurs se réunissent pour honorer son âme, l’œuvre de Demba Camara reste le symbole d’une Guinée rayonnante sur la scène internationale, prouvant que les légendes ne meurent jamais vraiment.

Minkael ƁARRY