CNT : Quel deal secret unit Dansa Kourouma et Cellou Dalein Diallo ? Tibou Kamara lève le voile

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Dans son dernier ouvrage, l’ancien ministre Tibou Kamara livre un récit explosif sur les manœuvres qui ont précédé la mise en place des organes de la transition, notamment le Conseil National de la Transition (CNT).

Entre « ambitions démesurées » et « alliances contre-nature », il révèle comment Dansa Kourouma aurait négocié sa position auprès de l’opposition pour éviter la contestation populaire.

Le pouvoir en Guinée n’est pas qu’une affaire de décrets ; c’est aussi une affaire de couloirs, de rencontres discrètes et de promesses qui n’engagent que ceux qui y croient.

Dans son livre Le coup d’État contre Alpha Condé, Tibou Kamara jette une lumière crue sur l’ascension de Dansa Kourouma à la présidence du Conseil National de la Transition (CNT). Un couronnement qui, selon l’auteur, ne doit rien au hasard, mais tout à un pacte secret conclu avec le leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo.

Pour Dansa Kourouma, l’enjeu était de taille : ne pas subir le sort d’Eugène Camara en 2007, ce Premier ministre balayé par la rue quelques jours seulement après sa nomination.

Pour éviter que les militants de l’UFDG ne contestent sa promotion, cet acteur de la société civile aurait choisi la voie de la négociation secrète.

Accompagné de Bakary Kéita, alors responsable de la jeunesse de l’UFDG et décrit comme l’« intermédiaire idéal », Dansa Kourouma aurait sollicité l’arbitrage de Cellou Dalein Diallo. Le marché :   une paix sociale garantie en échange de promesses politiques futures.

Tibou Kamara décrit cette rencontre comme un sommet de Realpolitik où les principes s’effacent devant les intérêts. Le contrat était simple : Cellou Dalein Diallo devait agir pour « empêcher tout mouvement de rue susceptible de remettre en cause la promotion attendue » de Dansa Kourouma.

En contrepartie, l’actuel président du CNT aurait proposé un schéma de succession que l’auteur qualifie d’« ubuesque » :

« Dansa Kourouma a proposé à El hadj Cellou Dalein Diallo de l’aider à s’installer à la tête du pays, s’il lui promettait de lui céder le pouvoir après avoir accompli les deux mandats que la Constitution autorise », écrit Tibou Kamara, qui portait le statut de ministre, porte-parole du gouvernement et conseiller personnel du président Condé jusqu’au 5 septembre 2021.

Un pacte de succession anticipée, où la présidence de la République devenait l’objet d’un arrangement privé entre deux hommes que tout semblait pourtant opposer.

Mais en politique guinéenne, la reconnaissance est souvent une vertu éphémère.

Tibou Kamara souligne avec amertume la rapidité avec laquelle ces engagements ont été abandonnés une fois le décret de nomination de Dansa Kourouma signé.

« Les visiteurs, à peine retournés les talons, sont passés à autre chose, ayant atteint leurs fins », fustige l’ancien ministre.

Dansa Kourouma, une fois installé à la tête du CNT, aurait rapidement changé de stratégie, se voyant désormais comme le successeur légitime du Général Mamadi Doumbouya.

Le leader de l’UFDG, quant à lui, se retrouve réduit à la posture du héros de Dumas : « attendre et espérer ».

Ce jeu d’échecs à trois acteurs s’est finalement heurté à une réalité imprévue : l’ambition du Général-Président lui-même. En décidant de se lancer dans la course électorale, Mamadi Doumbouya a « plombé l’horizon pour tous ».

Selon Tibou Kamara, cette situation reflète la complexité tragique de la scène politique actuelle : un monde où les pactes se brisent au gré des rapports de force.

Le « cas Dansa » ne serait ainsi que la face émergée d’un système où la loyauté est un luxe que peu de dirigeants peuvent s’offrir.

Le temps dira, comme le conclut l’auteur, si cette ascension était une « prédestination » ou un « simple accident de l’histoire ».

Pour l’heure, elle reste marquée du sceau d’une trahison que les révélations de Tibou Kamara viennent désormais graver dans le marbre de l’opinion publique.

Sékou Sylla