Accueil POLITIQUE Diplomatie et frustrations à Moscou : Le malaise de Bah Ousmane face...
Dans son ouvrage choc intitulé « Le coup d’État contre Alpha Condé », l’ancien ministre d’État Tibou Kamara lève le voile sur les intrigues de palais qui ont jalonné le magistère de l’ancien président guinéen.
Parmi ces révélations, un épisode survenu lors d’un voyage officiel à Moscou met en lumière la frustration de Bah Ousmane, leader de l’UPR, face à la montée en puissance de Sidya Touré dans l’entourage présidentiel.
Le récit de Tibou Kamara nous plonge dans les coulisses feutrées d’un hôtel moscovite, alors que la délégation guinéenne s’apprête à rejoindre le Kremlin.
Ce jour-là, le protocole est strict : seule une poignée d’officiels est autorisée à accompagner le président Alpha Condé dans son tête-à-tête avec Vladimir Poutine.
L’incident démarre par un coup d’éclat de Sidya Touré. S’estimant « déconsidéré » car son nom ne figurait pas sur la liste initiale validée par le Kremlin, le leader de l’UFR menace de quitter la Russie sur-le-champ.
Pour éviter un incident diplomatique majeur, Alpha Condé finit par céder et modifie sa liste à la hâte, sacrifiant la place de son propre ambassadeur pour y intégrer son Haut Représentant.
C’est ici que les révélations de Tibou Kamara soulignent le dilemme de Bah Ousmane. Le leader de l’Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR), allié de la première heure qui avait rejoint Alpha Condé dès l’entre-deux-tours de 2010 dans un contexte de survie politique, se retrouve relégué à la salle d’attente.
Tandis que les présidents Poutine et Condé s’entretiennent en format restreint avec Sidya Touré à leurs côtés, Bah Ousmane ne cache pas son amertume.
Tibou Kamara, qui partage alors ce moment d’attente avec lui, décrit un homme profondément frustré par ce qu’il perçoit comme une injustice politique.
La préoccupation de Bah Ousmane est avant tout symbolique et électorale : « Que vont penser mes militants lorsqu’ils verront les images de Sidya Touré auprès du Président Alpha Condé dans l’entrevue avec Poutine, et moi, absent ? », confie-t-il à l’auteur.
Pour le leader de l’UPR, cette absence sur la photo officielle n’est pas qu’une question d’ego ; c’est un signal de perte d’influence envoyé à sa base, au profit d’un concurrent politique direct.
Ces révélations tirées de l’ouvrage de Tibou Kamara illustrent la complexité de la « galaxie » Condé, où la fidélité historique (représentée par Bah Ousmane) entrait souvent en collision avec la nécessité de contenter des alliés jugés plus « difficiles » ou stratégiques sur le moment.
Malgré la proximité et la chaleur de l’échange entre Tibou Kamara et le leader de l’UPR ce jour-là, aucune explication ne semblait pouvoir atténuer le sentiment de Bah Ousmane d’avoir été injustement effacé de l’un des moments les plus prestigieux de la diplomatie guinéenne.
Oumou Baillo Diallo