Accueil POLITIQUE Durcissement de visas aux guinéens: « Ça ne nous effraie pas », Morissanda répond...
Le chef de la diplomatie guinéenne a fermement rejeté toute tentative de chantage européen sur la politique des visas, lors d’une rencontre diffusée au journal télévisé de 20h30 ce 6 février à Conakry.
C’est un message sans équivoque que le Dr Morissanda Kouyaté a adressé aux représentants de l’Union européenne. Devant les caméras de la télévision nationale, lors du journal, le ministre guinéen des Affaires étrangères a vertement recadré les velléités européennes de durcir l’accès aux visas pour faire pression sur Conakry.
Face aux diplomates européens réunis dans les locaux de son département ministériel, le chef de la diplomatie guinéenne n’a pas mâché ses mots. « J’ai lu dans la presse que l’Union européenne menace la Guinée », a-t-il lancé d’emblée, balayant d’un revers de main cette stratégie d’intimidation.
Avec une assurance déconcertante, Dr Kouyaté a démoli l’argument selon lequel la restriction des visas constituerait un levier de pression efficace.
« Les 99% des Guinéens ne veulent pas aller en Europe, il faut le savoir. C’est une infime partie qui veut partir. Donc, ça ne nous effraie pas », a-t-il martelé devant un parterre de diplomates européens visiblement attentifs.
Le ministre a ensuite brandi l’arme de la réciprocité, prévenant que toute mesure restrictive européenne sera appliquée en miroir aux ressortissants de l’UE en Guinée. « On va appliquer l’article 25, les visas vont durer. Si les visas durent, les nôtres aussi dureront chez vous« , a-t-il averti, précisant que ce bras de fer n’avantagerait aucune des deux parties.
Tout en maintenant sa position de fermeté, Morissanda Kouyaté a néanmoins tendu la main à ses interlocuteurs européens. « Ce serait malheureux qu’une institution aussi importante dans le monde soit en conflit avec notre pays. Ce n’est pas bon ni pour l’Union européenne ni pour la Guinée. Évitons cela« , a plaidé le ministre, appelant à privilégier la coopération.
Sur la question épineuse du retour des migrants en situation irrégulière, le diplomate guinéen a posé des lignes rouges intangibles.
Avec une solennité particulière, il a exigé que ces opérations respectent la dignité des personnes concernées. « Nous metttons derrière nous ces images regrettables de gens menottés et jetés dans les charters« , a-t-il déclaré, ajoutant catégoriquement : « Les identifications par téléphone cellulaire ne marcheront pas. Soyons d’accord sur cela. Il s’agit de la dignité et des droits des personnes. »
De son côté, l’ambassadeur de l’Union européenne en Guinée, Xavier Sticker, s’est montré conciliant. Reconnaissant les blocages existants, il a exprimé la volonté de Bruxelles « de définir des solutions qui permettent de résoudre les difficultés« .
« Nous aspirons à une coopération efficace avec la Guinée, y compris sur ce sujet de migration », a indiqué le diplomate européen.
Cette rencontre, retransmise intégralement lors du journal télévisé du soir, marque un tournant dans les relations entre Conakry et l’Union européenne sur les questions migratoires.
Djiba Kourouma