Accueil POLITIQUE Tibou Kamara balance tout : La face cachée du pacte secret entre...
Dans ses mémoires, l’ancien ministre guinéen Tibou Kamara dévoile les arcanes d’une relation politique complexe entre le président Alpha Condé et Sidya Touré, leader de l’Union des Forces Républicaines (UFR). Un témoignage qui éclaire d’un jour nouveau les tractations et tensions au sommet de l’État guinéen.
Après avoir rallié la mouvance présidentielle, Sidya Touré nourrissait de grandes ambitions. Le président de l’UFR espérait occuper une place centrale dans le régime du professeur Alpha Condé, convaincu d’apporter une valeur ajoutée supérieure aux autres alliés. Mais la réalité s’avéra tout autre.
Selon les confidences du président Condé à Tibou Kamara, la cohabitation avec Sidya Touré était « pénible« . Le chef de l’État avouait ne pas avoir « une confiance totale » dans leur relation et doutait constamment de sa sincérité.
Alpha Condé percevait son allié comme quelqu’un cherchant à « se servir de lui pour ses propres ambitions » plutôt que de s’engager dans un partenariat authentique.
Le président trouvait notamment suspectes les demandes répétées de Sidya Touré d’être missionné auprès de chefs d’État étrangers.
Chaque conseil ou recommandation du leader de l’UFR était interprété comme intéressé, voire piégé, traduisant selon Alpha Condé « un complexe : celui d’être le seul à savoir, le seul à pouvoir ».
Malgré cette méfiance, le président prenait le temps de l’écouter, par stratégie politique : il tenait à éviter de « l’avoir à nouveau sur le dos » en le heurtant ou en le vexant.
L’année 2015 marque un tournant. À l’approche de l’élection présidentielle où Alpha Condé briguait un second mandat, son entourage cherchait à élargir sa base de soutien. Le président sortant voulait effacer l’impression d’avoir été « mal élu » en 2010 face à Cellou Dalein Diallo, son principal rival de l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée).
C’est dans ce contexte que Kassory Fofana, futur Premier ministre mais alors ministre d’État, proposa une idée audacieuse : nommer Sidya Touré à la primature. Une suggestion d’autant plus surprenante que les deux hommes se détestaient cordialement depuis l’époque où Kassory avait servi comme ministre sous la direction de Sidya Touré Premier ministre.
« Il était clair que le candidat Alpha Condé avait besoin des voix de l’ennemi de son ministre pour réussir son pari d’un second mandat« , explique Tibou Kamara. Après d’âpres négociations, Alpha Condé donna finalement son accord « sans trop grande conviction » mais par « réalisme politique et pragmatisme électoral ».
La réaction de Sidya Touré fut cinglante. Il accueillit l’offre « avec désintérêt et un certain dédain », considérant qu’il avait « plus à perdre qu’à gagner » en devenant le Premier ministre d’un « homme fini ». Le leader de l’UFR ne donnait aucune chance à Alpha Condé de remporter l’élection, qualifiant même le président d' »homme sans le moindre crédit ni consistance ».
Face à la menace de boycott de l’élection par l’opposition, le pouvoir joua une carte décisive : diviser le front adverse en courtisant Sidya Touré. La stratégie passa notamment par un soutien financier à sa campagne présidentielle, assorti de promesses de « concessions possibles » après le scrutin.
Ayant obtenu ce financement, Sidya Touré rompit l’engagement pris avec ses pairs et décida de participer à l’élection, « entraînant dans son sillage ceux qui refusaient de se laisser dissuader ». Cette décision fendit « l’armure d’une opposition d’apparence unie ».
Après sa réélection en 2015, Alpha Condé nomma Sidya Touré Haut représentant du chef de l’État. Lorsque le président demanda son avis à Tibou Kamara en présence du professeur Albert Bourgi, spécialiste franco-sénégalais des relations internationales, la réponse fut cinglante : « Tu l’as monté très haut pour qu’il soit plus bas encore ».
Cette remarque eut « l’effet d’une douche froide » sur le président, qui enjoignit à son collaborateur de ne pas répéter publiquement ce commentaire susceptible de contrarier son nouvel allié.
L’UFR obtint quelques postes : Mohamed Tall, assistant de Sidya Touré, devint ministre de l’Élevage, et Baidy Aribot fut nommé vice-gouverneur de la Banque centrale. Mais lorsque le président voulut poursuivre les nominations de cadres de l’UFR dans l’appareil d’État, Sidya Touré y opposa son veto.
Cette attitude « offusqua » Alpha Condé qui souhaitait donner des responsabilités à des militants de l’UFR. Pour éviter un conflit ouvert, il renonça, « la mort dans l’âme« . Plusieurs cadres de l’UFR, en « désespoir de cause », prirent finalement leur indépendance pour traiter directement avec le président, au grand dam de leur leader qui « encaissa le coup, non sans colère et un sentiment de frustration manifestes ».
Sidya Touré finit par comprendre qu’il n’avait « pas de pouvoir sur le Président » et ne pourrait l’influencer dans ses choix. Il réalisa qu’il « perdait son temps » et « n’obtiendrait rien de significatif » en restant dans l’équipe présidentielle.
Le président Condé, de son côté, n’était « pas prêt à perdre » son allié dans ce « marché de dupes« , même s’il ne faisait « pas beaucoup pour le retenir ».
L’initiative de la rupture ne viendrait jamais du professeur Alpha Condé, mais Sidya Touré avait « le choix de partir, comme il l’a fait ».
Cette collaboration avortée illustre les limites des alliances politiques fondées uniquement sur le calcul électoral, sans véritable confiance mutuelle. Une leçon que Tibou Kamara résume avec philosophie : « L’homme propose, Dieu dispose. Dans le cours de la vie et la marche des hommes, on ne peut rien prévoir ni contrôler. »
Ces révélations sont extraites des mémoires de Tibou Kamara, ancien ministre sous la présidence d’Alpha Condé. Elles offrent un regard rare sur les coulisses du pouvoir guinéen et les mécanismes d’alliances politiques dans un contexte électoral tendu.
La rédaction