Accueil AFRIQUE Niger : 865 jours de détention pour le couple Bazoum, les enfants...
Dans une tribune publiée dans Jeune Afrique, les cinq enfants de l’ancien président nigérien dénoncent les conditions de détention de leurs parents et appellent à une mobilisation nationale et internationale.
Deux ans et quatre mois après le coup d’État qui a renversé Mohamed Bazoum, l’ancien président du Niger et son épouse Khadija demeurent en détention. Leurs enfants Lucas, Zazia, Hinda, Haoua et Salem brisent le silence dans une tribune poignante, dénonçant une détention qu’ils qualifient d’arbitraire et sans fondement juridique.
Renversé le 26 juillet 2023 par une junte militaire, Mohamed Bazoum n’a toujours pas été présenté devant un tribunal. Ses enfants affirment que les accusations portées contre lui reposent sur un dossier vide de preuves concrètes. Les autorités lui reprochent notamment d’avoir publié un tweet appelant à bombarder la présidence et d’avoir sollicité une intervention militaire auprès des États-Unis et de la France.
Selon la famille, le dossier transmis à la Cour d’État comprend uniquement une feuille imprimée censée reproduire le contenu d’un prétendu tweet, sans aucune capture d’écran authentique, ainsi que deux clés USB contenant supposément des enregistrements de conversations téléphoniques. Les enfants Bazoum contestent catégoriquement l’existence de ces échanges et soulignent que le seul tweet publié depuis le putsch, le 27 juillet 2023, appelait à la défense pacifique des acquis démocratiques.
Malgré la levée de son immunité présidentielle en juin 2024, Mohamed Bazoum attend toujours d’être jugé. Ses proches y voient une stratégie délibérée des autorités pour éviter un procès public qui révélerait la fragilité du dossier d’accusation.
Le couple présidentiel vit dans un isolement total depuis bientôt deux ans et demi. Privés de tout contact avec l’extérieur, Mohamed et Khadija Bazoum n’ont pas vu la lumière du jour depuis 28 mois et n’ont reçu aucune visite de leurs enfants ou proches. Depuis octobre 2023, leurs téléphones leur ont été confisqués. Seule concession des autorités : depuis août 2024, date à laquelle Khadija Bazoum a refusé de quitter son mari, la famille est autorisée à un appel téléphonique toutes les deux semaines.
Les conditions de réclusion inquiètent particulièrement les enfants, qui évoquent les conséquences sanitaires de l’immobilité et de l’isolement prolongés sur la santé de leurs parents.
Dans leur tribune, les enfants Bazoum pointent également les incohérences du régime militaire. Les événements sécuritaires invoqués pour justifier le coup d’État se sont tous produits avant l’investiture de Mohamed Bazoum en avril 2021, entre juin 2016 et février 2021, sous la présidence de son prédécesseur Issoufou Mahamadou.
La famille rappelle que le bilan sécuritaire de Mohamed Bazoum était reconnu par l’armée elle-même : 59 soldats ont perdu la vie durant ses 28 mois de présidence, contre plus de 1 550 militaires tués dans les 28 mois suivant le putsch.
Autre paradoxe souligné : l’ancien président Issoufou Mahamadou, en fonction lors des incidents mentionnés dans l’acte d’accusation, jouit de sa pleine liberté et bénéficie toujours de la protection de 80 gardes présidentiels. Les enfants Bazoum précisent toutefois ne pas réclamer que l’ancien chef d’État subisse le même sort que leur père, mais simplement que ce dernier recouvre sa liberté.
Épuisés par cette épreuve qui dure depuis 865 jours, Lucas, Zazia, Hinda, Haoua et Salem Bazoum vivent dans l’angoisse permanente de ne jamais revoir leurs parents. Chaque réveil, confient-ils, ravive la douleur de cette séparation forcée.
Leur appel dépasse le cadre familial. Ils considèrent le traitement infligé à leurs parents comme une blessure nationale dont le Niger ne peut se détourner. La tribune se conclut par un vibrant appel à la mobilisation de la communauté nationale et internationale pour mettre fin à ce qu’ils décrivent comme un calvaire insoutenable.
Cette prise de parole publique intervient alors que la situation politique au Niger reste tendue et que la communauté internationale continue d’exprimer ses préoccupations concernant le respect des droits humains et de l’État de droit dans le pays.
Sékou Sylla