Afrique du sud: Expropriation sans ‘compensation’ ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Fractures sociales, crises économiques, convulsions politiques, insécurité financière, pauvreté généralisée sont autant de superlatifs invoqués et redouter par les courants qui s’opposent au redressement des injustices du passé. La résistance à la réparation des plaies de l’histoire milite ainsi en faveur du maintien dustatuquo d’une situation qui assujettie des millions de populations africaines de souches, partout où ceux-ci ont eu le malheur d’être vaincues par des envahisseurs venus d’Europe, au cours des siècles passés.

Pire encore, dans les cas où les populations de souche sont parvenues à réussir leurs mouvements d’émancipation politique, symboliquement, elles ont été dépourvues d’une véritable indépendance économique, contraint à payer à leurs bourreaux, le prix de leur libération.

Lorsque les esclaves d’Haïti parviennent à vaincre sur le champ de bataille l’une des armées la plus puissante d’Europe de son époque, à savoir l’empire esclavagiste français, ce sont les victimes de l’abomination qui ont été condamnées à payer aux esclavagistes, une compensation. Cette mentalité mercantiliste, esclavagiste qui prévalait il y a plus de deux cents ans, prévaut encore aujourd’hui en 2018.

Elle est relayée par les médias favorables aux esclavagistes, qui volontairement, dénaturent les faits historiques, les réalités historiques évidentes et incontestables au profit d’un vocabulaire libéral, capitaliste accepté de tous. C’est ainsi que sur la question des terres extorquées par des aventuriers en Afrique du Sud, on ne parle point de rétrocession des biens fonciers mal acquis. On préfère les phrases chocs accrocheuses et vicieusement étriquées du genre: « expropriation sans compensation ».

Laissant ainsi entendre que ces terres avaient été acquises de la manière la plus légale du monde. Le vocabulaire est d’une violence implicite insoupçonnée et insupportable, omettant sciemment, de rappeler les faits, de contextualiser les procédures envisagées, et cela sans égard aux souffrances des populations véritablement expropriées pendant la pénétration coloniale et les conquêtes qui en ont suivie.

Origines haïtiennes d’une pratique inique

Les événements actuels en cours en Afrique du Sud au sujet de la rétrocession des terres à leurs véritables propriétaires, ainsi que la polémique médiatique autour de la restitution des objets d’arts africains volés par les couronnes esclavagistes et coloniales d’Europe, trouvent écho dans un précédent qui remonte à l’indépendance de Haïti, en 1804. Un groupe d’esclave conduit par Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines réussira l’impossible.

Le royaume esclavagiste français reconnaître sa défaite deux décennies plus tard en imposant au nouvel État, une taxe de son indépendance. En 1825, Charles X, l’autocrate despote français de l’époque, impose à Haïti, la somme de 90 millions de Franc or, en échange de l’affranchissement du pays.

Cette somme sera destinée à l’indemnisation des esclavagistes et colons français de l’île. La somme payée pendant plus d’un siècle par Haïti, était évaluée en 2010 à plus de 17 milliards d’euros. Des intellectuels haïtiens appellent encore aujourd’hui, au remboursement par la France de cette dette d’indépendance.

Il est aisé de constater que Haïti n’a pas été mis à genoux uniquement par les dictateurs cooptés par la France et les États-Unis, sans oublier la Suisse qui joue à la receleuse des fonds sortis illégalement de l’île au profit de ses banques de paradis fiscaux. Elle ne l’a pas été par l’effet conjugué des intempéries de la nature et de la mauvaise gestion de ses potentats. Le pays a surtout été mis à genoux par une taxe esclavagiste inique qui a profité à la France.

Le cas similaire du Zimbabwe

Robert Mugabe, ancien président du Zimbabwe a été mis sur le banc des accusés, traité de dictateur et de tous les superlatifs d’usage sur la question de la rétrocession des terres extorquées aux populations de souche de son pays.

Il a été soumis à un embargo économique asphyxiant, boycotté, rejeté et évité comme la peste, pour avoir osé rétablir la justice dans son pays, après que ses partenaires occidentaux, notamment la Grande-Bretagne ait refusé de continuer à honorer un engagement pris lors de la signature de la constitution qui scellait l’acte fondateurs de son pays. Cet engagement verbal du représentant du gouvernement britannique stipulait que l’ancienne puissance coloniale contribuerait au rachat des terres volées aux populations noires du Zimbabwe.

Il faut au passage, déterrer que c’est sous l’empire colonial britannique que l’Apartheid fut imposé à la majorité Noire du pays, appelé alors, Rhodésie du Sud. Au nom de cet Apartheid, une minorité blanche de 270 000 personnes, conduite par Ian Smith proclamera en 1965 l’indépendance de la Rhodésie du Sud, pour sauver sa politique raciste de séparation des races.

Ce qui se traduisait dans les faits, par le maintien des noirs dans l’indigence indescriptible et la sauvegarde des privilèges que les populations venues d’Europe s’étaient arrosés au fil des années. C’est pendant la lutte de libération nationale que Robert Mugabe se fera connaître. Ayant le même parcourt que Mandela, c’est-à-dire le maquis, la guérilla et la prison, il sera un des leaders incontestés des accords dits de Lancaster-House de 1979, qui n’est autre que la maison dans laquelle les pourparlers se sont déroulés en Angleterre.

Le véritable nom étant l’accord constitutionnel de la Rhodésie du Sud. Le gouvernement britannique de l’ultra conservatrice Margaret Thatcher imprimera ses marques sur cette œuvre. Le régime de Thatcher verra aux intérêts des siens, à savoir la minorité blanche d’origine britannique. Les accords ordonneront des garanties à la minorité blanche.

Le parlement serait composé d’une chambre de sénat de 40 membres et d’une assemblée de 100 membres.  Les blancs auront droits à 10 sièges de sénateurs et de 20 sièges de députés. Il est prévu que la constitution une fois adoptée, au cours de ces pourparlers, ne ferait l’objet d’aucune modification pendant sept ans, à moins d’un consentement unanime des députés et des deux tiers des sénateurs.

Il est fort intéressant de souligner que la nouvelle constitution prévoit une amnistie générale une fois proclamée, empêchant toute poursuite en Grande-Bretagne pour des actes commis en Rhodésie du Sud entre le 11 novembre 1965 et le 12 décembre 1979. La période couverte par l’amnistie porte sur l’époque où la population blanche, conduite par Ian Smith, intensifie la répression contre les noirs.

Une politique de terreur implacable, car craignant de perdre ses privilèges, (dans une Afrique australe qui recouvre son indépendance, le Malawi et la Zambie l’ont été en 1964), il proclame l’indépendance unilatérale de la Rhodésie du Sud. Dans un article intitulé: « Zimbabwe: les cause de l’autoritarisme», le journaliste Fodé-Moussa Keïta brosse un portrait sans complaisance, ni parti pris, de la difficile et tumultueuse histoire du passage de la Rhodésie du Sud au Zimbabwe, et les crises que le pays a traversé sous les régimes successifs de Smith et Mugabe.

Le journaliste relève qu’en Rhodésie du Sud, colonie britannique, un apartheid à la sud-africaine avait été instauré entre 1920 et 1930 par le régime colonial anglais. Il s’agissait « d’unrégimedeséparationdepouvoirrépressifenverslapopulationnoire». Tous les ennuis de M. Mugabe sont partis de cet affront de s’en prendre à des privilèges protégés.

Les choses seraient-elles autrement en Afrique du Sud?

La campagne actuelle de désinformation sur la volonté du parlement sud-africain de restituer à leurs véritables propriétaires, les terres dont ils ont été dépossédés de force, s’inscrit dans la même veine que les abus subis par M. Mugabe et les torts faits à son peuple par des nations qui pourtant se présentent comme chantres des droits de l’homme, de la démocratie, de la liberté et la litanie de toutes les balivernes vendues par les médias.

L’exemple sud-africain mérite une attention des plus particulières. La constitution négociée par le président Nelson Mandela, pour mettre un terme à l’Apartheid et aux brutalités sauvages et barbares imposées par la minorité blanche à la majorité noire, (avec le soutien implicite des gouvernements américain et britannique, et plus particulièrement les régimes de Margaret Thatcher et Ronald Reagan), n’avait pas réglée les questions de justice sociale qui englobent la notion de liberté économique chère au leader des droits de l’homme et combattant de la liberté, Julius Malema.

Un article en ligne de : Le Monde Afrique du 28/02/2018 dresse brièvement le vote du parlement sud-africain sur cette épineuse question, avec comme à l’accoutumé, les mêmes termes, limitatifs d’information, sans aller en profondeur dans les causes réelles des blessures de l’histoire.Le Monde Afrique titre son article comme suit:

« Leparlementsudafricainouvrelavoie à l’expropriationsanscompensationdesterres.

Ce titre est en soi erroné et manipulateur. Il reste implicite à cette phrase, un goût amer d’une injustice en préparation contre les détenteurs actuels des terres. Le titre ne laisse aucune place à l’interprétation en faveur d’un rétablissement et de réparations de crimes coloniaux jamais questionnés, sereinement.

Il existe pourtant, bien évidemment, une histoire d’abominables injustices en Afrique du Sud, au Zimbabwe, en Namibie, en Zambie et ailleurs en Afrique, autour de l’accaparement par la force de terres appartenant au départ aux populations africaine de souche.

Il est à propos de ne jamais perdre de vue, que les terres en litige ont été extorquées par d’hideuses personnalités comme Cecil Rhode et compagnons, et ce, nonobstant les efforts et les tentatives de faire croire à la violation de droits fonciers par le gouvernement actuel.

Un quart de siècle après la fin officielle de l’apartheid, le fruit est mûr pour aborder sereinement les questions laissées de côtés il y a vingt-cinq ans. Nos vœux de succès accompagnent l’initiative du parlement sud-africain. Nous sommes de ceux qui pensent, qu’une restitution et une réparation sont possibles,et ce, sans que le pays soit plongé dans la vision apocalyptique des média-mensonges, qui a servie d’introduction à la présente rédaction.

( Par Goïkoya Kolié, Juriste et colaborateur )

 

 

 

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