Élection de Mme Mushikiwabo, une victoire de la méthode Kagame ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Le 11 octobre 2018 à Erevan en Arménie, la planète francophone a assisté à un mélodrame françafricain dont seuls les maîtres successifs de l’Élysée détiennent le monopole de la clairvoyance, flanqués de leurs obligés d’Afrique, et leurs alliés de circonstance Canadiens, qui de leur côté, n’ont pas hésité à guillotiner une des leurs, dans l’espoir de recueillir les appuis français et africains nécessaires à l’obtention d’un siège non permanent au conseil de sécurité.

De l’avis de nombreux universitaires et diplomates, Michaëlle Jean, secrétaire générale sortante de l’organisation internationale de la francophone, (OIF) a été écartée, de façon particulièrement inélégante à la fois par Emmanuel Macron et Justin Trudeau, pour des questions de géopolitiques propres à chaque partie.

Pour le premier, l’enjeu en est un de perte de zone d’influente et pour le second, des raisons de realpolitik, d’un comeback sur la scène internationale explique le positionnement. Le Québec qui ne portait pas dans son cœur la transfuse séparatiste/fédéraliste Jean, se serait fait promettre le poste de l’administrateur de l’OIF, pour larguer sa mal-aimée.

Il faut ironiquement constater, qu’en plus des dirigeants de France, du Canada et du Québec, le président Kagame est le seul leader africain à avoir joué et gagné la carte de l’intérêt supérieur de son pays. Nos autres illustres Don Quichotte du continent ayant décidé de suivre les pas de l’homme fort de Paris, dans ce qui est cyniquement convenu d’appeler consensus africain.

Peut-on revendiquer un consensus lorsque la candidature sur la table est imposée, sans consultation, de façon unilatérale par le président français? Les rapports de force sont de toute évidence déséquilibrés, tant l’absence d’adéquation entre le consensus et le processus le précédent décrivant.

L’élection de Mme Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF est un puéril euphémisme. Le prétendu consensus africain ne réussit pas à cacher la supercherie françafricaine derrière le choix et l’imposition de Mme Mushikiwabo, qui du reste bénéficie de notre admiration et nos vives congratulations.

Avant d’abonder sur les véritables desseins de l’homme fort de Paris, il est fondamental de consacrer quelques réflexions sur la pirouette diplomatique du président Paul Kagame. Le président Rwandais ouvre un précédent en politique étrangère africaine, qui, s’il est imité par ses pairs, sonnera une fois pour toutes, le glas du néocolonialisme et de l’impérialisme étranger sur le continent.

Le Rwanda revient de loin. Encore un euphémisme. Le pays des mille collines revient de très loin. Le flair politique, l’intransigeance et le pragmatisme de celui que le général Roméo Dallaire qualifie de Napoléon Africain est en phase de créer un nouvel ordre; africain cette fois.

Paul Kagame a réussi l’impossible, l’impensable, l’inimaginable, l’insurmontable. Et, les mots sont faibles. Le Rwanda que le régime de cohabitation du parti socialiste de Mitterrand et du RPR de Chirac souhaitait voir se somaliser, contre toute attente, s’est plutôt habillement et brillamment britannisé, américanisé, germanisé, singapourisé et même chonoïsé.

Paul Kagame choisira de miser sur des alliés anglo-saxons et leur style de Win/Win partnership de bons gentlemans, pour sortir son pays de la dépendance endémique et pathogène vis à vis des pays de Charles de Gaulle et Léopold II.

Le fait d’arme le plus retentissant du président Kagame, celui qui est à l’origine de la présente rédaction, c’est évidemment, cette incroyable victoire psychologique, diplomatique indéniable et sans précédent sur la France et sa puissante armée de médias de fake news qui lui sont inféodés.

En effet, au lendemain du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 jusqu’à nos jours, gouvernement et médias français se livrent de manière assez surréaliste à des tentatives répétées de farder la vérité, heureusement sans succès, en tentant de transformer une mission de soutien aux génocidaires en mission humanitaire. Seulement, le lieutenant-colonel Guillaume Ancel, l’une de ces rares conscience de l’humanité, refuse de valider les mensonges de l’État français. En sa qualité de témoin oculaire, à travers l’opération turquoise, il explique à qui veut l’entendre, le rôle incriminant de complicité de génocide de son pays.

L’ancien officier français demande à son pays de déclassifier les dossiers de son intervention au Rwanda, au moment fort du génocide. Il souligne qu’un pays qui affirme avoir mené une mission humanitaire serait heureux de prouver à la face du monde, documents à l’appui, les faits qui soutiennent ses prétentions.

De son côté, l’instinct militaire du général Kagame l’incitera à la contre-attaque. Son offensive sera fulgurante et sans quartier, réussissant là où un certain Sékou Touré échoua. Le président Kagame claque la porte de la francophonie. Se rapproche davantage de ses puissants alliés britanniques et américains. Il instaure le plurilinguisme et ordonne l’enseignement de la langue anglaise du primaire à l’université. En deux décennies, le Rwanda est devenu un pays anglophone.

Du même souffle, le président Kagame se révèle excellent gestionnaire des deniers publics de son pays et fait un usage plus qu’espéré des prêts étrangers.  Paul Kagame et bien né. Il tire profit d’un contexte politique international favorable, où, le monde entre-temps devenu unipolaire, avec la victoire du capitalisme sur le communisme, les alliés occidentaux peuvent dorénavant se permettre une concurrence qui obéit strictement à leurs intérêts nationaux respectif.

C’est dans ce contexte que l’Angleterre encourage la fronde de Kagame contre Paris. C’eût été 1960, le général Kagame aurait basculé malgré lui, sans conviction, dans le camp communiste.

Le succès rwandais sème un violent vent de panique dans la françAfrique. La hantise de la perte d’un pré-carré devient une réalité qui pend au nez. La crainte de voir d’autres pays emboîter le pas au Rwanda extériorise la fragilité de la France, qui nous le savons à travers Christophe Boisbouvier: ne serait qu’une grande Suisse, une puissance moindre à l’ONU, sans ses colonies africaines derrière elle.

Les zinzins successifs de l’Élysée tentent en vain de diaboliser Paul Kagame, pour finalement se raviser et vouloir chercher une porte de sortie honorable. C’est ce parcours à succès en politique international du président Kagame, qui réussit à infléchir la politique africaine de la France et qui explique le choix de Mme Louise Mushikiwabo comme secrétaire générale de l’organisation internationale de la francophonie.

En proposant la candidature de la ministre rwandaise des affaires étrangères, Emmanuel Macron aucunement munificent espère sttoper la saignée et les velléités d’épanouissement des pays africains qui applaudissent la méthode Kagame. À la suite du Rwanda, le Gabon d’Ali Bongo en brouille avec l’ancien protecteur, annoncera des mesures similaires d’une place accrue faite à la langue anglaise dans les établissements scolaire du pays.

Les retombées économiques pour la France d’une Afrique francophone de 700 millions de personnes en 2050 parlant le français justifient de courber l’échine devant ce général intraitable, avant qu’il ne devienne contagieux. Pendant que le président Paul Kagame savoure sa victoire, le reste des dirigeants de l’Afrique dite francophone sait à présent le chemin qui mène à la délivrance.

La potion magique du président Kagame est d’une simplicité déconcertante : défendre mordicus les intérêts de son pays et prendre tous les moyens nécessaires pour y parvenir. Inspire-toi Afrique!       

  Par Goïkoya Kolié, Juriste

 

 

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