La justice guinéenne à l’épreuve de l’agenda politique

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A quelques jours du dixième anniversaire du massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, on ignore toujours si l’enquête sera suivie d’un procès. Le souhait des victimes pourrait être bousculé par l’agenda politique.

En cette période anniversaire du massacre du 28 septembre 2009, la voix de celui qui était au pouvoir à l’époque des faits est rare. Tant au sujet du scrutin que du massacre. Contacté, un de ses proches a refusé toute déclaration. Du côté de son ex-parti, le FPDD, on informe que le putschiste de 2008 a démissionné de la tête du parti depuis 2017.

Dix ans après le massacre, ce n’est pas seulement son fief de N’zérékoré qui souhaite son retour pour qu’il réponde de ses actes devant la justice.

« Ce n’est pas seulement la population de N’zérékoré, la Guinée, aujourd’hui, veut voir Dadis Camara revenir », estime Hélène Zogbelemou. Elle s’engage pour les droits de l’homme dans cette ville de la Guinée forestière. « Être en exil forcé n’est pas la solution. Il faut qu’on le laisse répondre de ses actes. S’il doit être condamné, qu’on le condamne et s’il doit être acquitté, qu’on l’acquitte. Mais on l’empêche de rentrer. Quand il voulait revenir, son avion a été détourné pour qu’on le reconduise au Burkina Faso. Son arrivée gêne des personnes sûrement. »

Retour gênant

En 2013, Dadis Camara avait été accueilli dans la liesse lors de son bref retour pour l’enterrement de sa mère. Mais cette volonté des associations de victimes de le voir devant la justice se heurte à un contexte politique peu favorable à un retour. Selon Karamo Mady Camara, juriste et analyste politique, Dadis Camara, qui vit en exil au Burkina Faso depuis plusieurs années, bénéficie encore de soutiens dans son pays :

« Imaginez un seul instant que sa culpabilité puisse être reconnue ! Il y a des fanatiques qui pourraient ne pas accepter cela et qui pourraient être amenés à causer des troubles dans le pays. A contrario, d’autres personnes qui ne seraient pas à l’aise avec son acquittement pourraient aussi se sentir lésées parce qu’elles pensent qu’il était véritablement impliqué. Donc la géostratégie et la géopolitique ont encore une influence sur le déroulement de ce procès. »

Juridiquement plus rien n’entrave la tenue du procès. Il reste alors la volonté politique, pensent les victimes qui espèrent de manière paradoxale – et dans le but d’établir la vérité – le retour de Dadis Camara. En 2009, elles étaient 157 à avoir été tuées pour avoir voulu dire non à sa candidature à l’élection présidentielle.

dw.com

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