Après plusieurs années d’absence sur la scène artistique guinéenne, Tiranké Sidimé, surnommée par ses fans « la Reine du micro » ou « Tira Love », s’apprête à faire son grand retour au pays avec un nouvel album intitulé *N’télé*, qui signifie « Mon soleil » en français. Entre sa carrière internationale, son regard sur la nouvelle génération d’artistes guinéens, les défis de l’industrie musicale et ses conseils à la jeunesse évoluant dans le milieu, la chanteuse revient longuement sur son parcours et dévoile les grandes lignes de son prochain projet. Elle annonce également un concert prévu le 26 décembre au Chapiteau de Conakry, qui sera suivi d’une tournée à l’intérieur du pays.

Leverificateur.net : Cela fait belle lurette que vous étiez absente des scènes artistiques guinéennes. Que s’est-il réellement passé ?**
Tout va bien. Comme je vis en France, je tourne beaucoup là-bas. Je me produis également aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Europe. Ce n’est donc pas toujours facile de venir régulièrement en Guinée, parce que ma fille est scolarisée en France. Après mon concert célébrant les 20 ans de ma carrière, qui s’est très bien déroulé au Chapiteau, je prépare actuellement un nouvel album intitulé *N’télé*, qui signifie « Mon soleil » en français. Je prévois également un grand rendez-vous le 26 décembre au Chapiteau de Conakry, avant d’entamer une tournée à l’intérieur du pays.
Après plusieurs années sans nouvel album, qu’est-ce qui vous a motivée à revenir avec ce projet ?
Je ne dirais pas que j’ai connu une période de silence. C’est simplement que je ne me produisais pas beaucoup en Guinée. Je continuais à travailler en Europe et aux États-Unis. Cela fait plus de huit ans que je vis en France. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de revenir vers le public guinéen, parce que tout a commencé ici. Les fans me disent souvent : « Tiranké, on ne te voit plus en Guinée ! »
C’est compréhensible, puisque je vis à l’étranger. Mais je suis toujours présente à travers ma musique : environ 60 % de mes titres sont aujourd’hui consommés sur les réseaux sociaux. Les fans dansent sur mes chansons, les partagent et réalisent des challenges. Cela m’encourage énormément. Je me rends compte que, même depuis la France, j’ai toujours continué à chanter pour la Guinée, pour mon pays et pour le monde entier. C’est ce qui m’a encouragée à préparer ce nouvel album.

Ce titre signifie que mon soleil continue de briller. Je veux montrer à mes fans guinéens que je n’ai jamais abandonné la musique. J’ai aujourd’hui 25 ans de carrière et plusieurs années d’expérience derrière moi. Cette expérience me donne aussi la responsabilité de transmettre des conseils, de faire du bon travail et de proposer une musique de qualité à la nouvelle génération.
Le marché musical guinéen est aujourd’hui dominé par une nouvelle génération. Quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour retrouver le succès de vos précédents albums ?
Il ne suffit pas de chanter pour chanter. Il faut proposer des textes riches et continuer à créer. Jusqu’à présent, le public me fait confiance. Je m’entoure également de personnes expérimentées. Je demande notamment conseil à ma mère, qui est une grande griotte, à ma tante Oumou Diabaté, mais aussi à Amadou Sodia et Sékouba Bambino.
Lorsque je travaille sur une chanson, je leur présente mes compositions et je leur demande de me corriger. Ma maman, par exemple, peut me dire : « Enlève ceci, mets cela, reprends cette partie. » La preuve, c’est ma chanson « Bébari Baya ».
L’album est sorti en 2018, mais c’est en 2025 que le morceau a véritablement explosé sur les réseaux sociaux. Une célèbre Guinéenne vivant au Canada, Amizo, a dansé au rythme de cette chanson. Ensuite, les challenges se sont multipliés.
Les gens ont découvert le morceau, sont allés sur YouTube pour écouter davantage et ont apprécié la qualité de la musique. Je viens d’ailleurs de réaliser le clip de cette chanson. Cela montre qu’un travail bien fait n’est jamais perdu. Même plusieurs années après la sortie d’un album, une chanson peut revenir en force.
Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d’artistes guinéens ? Certains acteurs culturels estiment qu’elle contribue à dénaturer la musique guinéenne, notamment la musique mandingue. Quel est votre avis ?

La nouvelle génération est confrontée à beaucoup de difficultés. Certains font de la musique pour l’argent, d’autres par amour. Lorsqu’on fait de la musique par amour, on cherche davantage à bien chanter et à bien composer. Aujourd’hui, la musique est aussi un métier qui peut rapporter beaucoup, mais à condition de donner le bon exemple. Si vous apportez quelque chose de positif au pays, au peuple, aux enfants et aux femmes, vous serez soutenu.
Personnellement, je ne veux pas critiquer les artistes. Chacun a sa manière de voir le monde, sa vision et ses choix. À ceux qui travaillent moins bien, je conseillerais simplement de changer de stratégie et de faire mieux, parce qu’il s’agit de notre culture. La musique peut porter un pays très loin. Des personnes peuvent écouter votre musique sans même connaître la Guinée.
Elles peuvent être séduites simplement par un rythme, un balafon ou un djembé. Prenez par exemple ma chanson « Makalé » : beaucoup de personnes ne comprennent pas forcément les paroles, parce qu’elle est chantée en soussou, mais elles en apprécient le rythme et les sonorités. Ce que je conseille surtout à cette nouvelle génération, c’est de faire attention aux paroles. Il ne faut pas multiplier les insultes, les propos déplacés ou les messages qui peuvent choquer. Un artiste doit transmettre des messages d’amour, de paix et de conseil.
Les réseaux sociaux ont profondément changé l’industrie musicale. Quel conseil donnez-vous aux jeunes artistes ?
Nous avons commencé à une époque où les CD fonctionnaient. Aujourd’hui, les CD ne marchent pratiquement plus comme avant. C’est pourquoi beaucoup d’artistes privilégient les singles et misent sur les challenges et les clips. On peut faire du buzz de temps en temps, mais il ne faut pas devenir un artiste de buzz.
Il faut être un artiste de travail, de talent et de carrière. Il faut s’accrocher à son métier plutôt qu’à un buzz qui, par définition, est momentané. Parfois, à travers certains buzz, on donne même l’occasion aux internautes d’insulter ses propres parents. Mais après, qu’est-ce que cela leur rapporte ? Un travail bien fait finit toujours par porter ses fruits. Je ne suis pas là pour juger ou saboter le travail des autres artistes. Je sais à quel point il est difficile d’entrer en studio, de composer, d’enregistrer et de réfléchir à ce que l’on veut apporter au public.
C’est finalement au public de juger. Nous avons nous-mêmes pris exemple sur nos devanciers. Je conseille donc à la nouvelle génération de prendre exemple sur ceux qui ont travaillé avant elle, de bien travailler et de construire quelque chose qui puisse durer.
Parlons maintenant de votre prochain album. Que pouvez-vous nous révéler sur son contenu ? Y aura-t-il des collaborations ?
Il y aura beaucoup de surprises. Mes fans savent déjà que je sais chanter, danser et animer. Ils vont donc découvrir beaucoup de choses. Il y aura également des collaborations. Je ne fais pas beaucoup de featurings, parce que je ne suis pas une artiste qui en fait systématiquement.
Je collabore lorsque cela est nécessaire. J’avais notamment réalisé un featuring avec mon grand frère Mamady Sidimé sur le titre « Bilancofait », qui avait beaucoup marché. Sur le nouvel album, j’ai déjà enregistré un featuring avec Sambaly Diabaté, qui est formidable. Il y aura encore beaucoup de surprises. J’ai notamment enregistré un titre dont je prépare le clip. Un autre clip est également en préparation : c’est une chanson qui me tient particulièrement à cœur et qui parle du comportement des gens.
Je pense que les mélomanes retrouveront la même Tira, mais avec encore plus d’expérience et d’amélioration. Je sais ce que je dois donner à mon public.
Quel message adressez-vous à vos fans et au public guinéen à l’approche de ce nouvel album ?
Il faut soutenir les artistes guinéens, suivre leurs clips sur les réseaux sociaux, participer aux challenges et partager leur travail. Je pense qu’avec Tiranké Sidimé, les fans ne seront pas déçus.
Si je me surnomme « la Reine du micro », c’est parce que je compose constamment de bons titres musicaux. Lorsque je veux proposer quelque chose à la population, je veux que ce soit réel et sincère.
La population m’a énormément encouragée à continuer à chanter. La musique m’a également offert beaucoup d’opportunités. Lorsqu’un artiste travaille bien, il bénéficie du respect de la population, des autorités et des acteurs de la société : c’est déjà une grande opportunité. Nous sommes donc obligés de bien travailler.
Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser au public, au gouvernement et aux artistes guinéens ?
Je demande d’abord à la population guinéenne et au gouvernement de continuer à soutenir les artistes guinéens. Aux artistes eux-mêmes, je conseille surtout de ne pas gaspiller le peu qu’ils gagnent. Il faut apprendre à s’organiser en entreprenant, que ce soit dans le commerce, l’agriculture ou d’autres domaines, afin de préparer son avenir.
C’est vraiment triste de voir certains artistes se retrouver aujourd’hui sur les réseaux sociaux à lancer sans cesse des SOS. Il faut que cela cesse. Lorsqu’on connaît une période de succès et qu’on commence à gagner un peu d’argent, c’est justement le moment de s’organiser et de préparer l’avenir.
Le succès est temporaire : aujourd’hui, vous avez du succès ; demain, quelqu’un d’autre l’aura. Les choses changent très rapidement. Personnellement, avant de devenir artiste, j’étais coiffeuse, et je continue d’exercer cette activité. J’essaie également d’investir dans des magasins et d’autres activités afin de préparer l’après-carrière.
Les artistes doivent donc apprendre à s’organiser. Ne pensons pas seulement à aujourd’hui parce que nous avons du succès, de l’argent ou de belles voitures : il faut préparer demain. C’est le conseil que je peux prodiguer à tous les artistes, particulièrement à ceux de la nouvelle génération.
Interview réalisée par Leon Kolié









