Accueil POLITIQUE Droits humains en Guinée : le président de la FIDH échange avec...

Droits humains en Guinée : le président de la FIDH échange avec le SPPG sur la liberté de la presse

0
8

Le président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Alexis Deswaef, a rendu visite ce mardi 29 septembre au Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG). Il a été reçu par le secrétaire général, Sékou Jamal Pendessa. La rencontre s’inscrit dans une mission de plaidoyer à Conakry.

Les discussions ont porté au siège de l’organisation  syndicale à la Maison de la Presse, sur la liberté de la presse, la situation des droits humains, les journalistes portés disparus et le suivi du procès du massacre du 28 septembre 2009.

La FIDH regroupe près de 200 organisations dans plus de 115 pays. Elle accompagne depuis plusieurs années les victimes du massacre du 28 septembre 2009.

Le patron de l’organisation a précisé l’objet de son séjour. « Nous sommes ici cette semaine dans le cadre d’une mission de plaidoyer autour du procès du massacre du 28 septembre 2009, pour faire avancer la fixation, notamment en degré d’appel, et continuer notre assistance aux victimes », a-t-il indiqué.

Dix-sept ans après les faits, le dossier reste une priorité pour la FIDH, l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA). Le 31 juillet 2024, le tribunal de Dixinn a condamné plusieurs hauts responsables. Les recours déposés doivent maintenant ouvrir la voie à la procédure d’appel. Pour la FIDH, l’enjeu demeure la vérité, la justice et la réparation.

Alexis Deswaef a aussi évoqué l’état des libertés en Guinée, en particulier le rétrécissement de l’espace civique. Selon lui, un sujet revient systématiquement dans les échanges avec ses interlocuteurs. « La fermeture ou la suspension de certains médias, donc l’atteinte à la liberté de la presse, revient toujours en premier lors de nos contacts », a-t-il souligné.

Il a rappelé le rôle de la presse dans une démocratie : informer les citoyens, contrôler l’action publique et dénoncer les violations des droits humains. Cette inquiétude est partagée par les organisations de défense de la presse. Dans son classement 2026, Reporters sans frontières place la Guinée au 111e rang sur 180 pays et signale des restrictions visant plusieurs médias privés.

Autre point abordé : le sort des journalistes disparus et, plus largement, les disparitions forcées. Le président de la FIDH demande des enquêtes « approfondies et indépendantes ».

Il a mentionné la découverte récente de corps dans des fosses. Des investigations doivent, selon lui, établir un éventuel lien avec des disparitions signalées. « C’est absolument inacceptable dans une société. Nous réclamons que toute la lumière soit faite sur ces disparitions », a-t-il martelé.

Il a également appelé les autorités à garantir les droits constitutionnels : liberté d’expression, droit de réunion et droit de manifester. « Sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie », a-t-il affirmé. Les violences faites aux femmes et les mutilations génitales féminines figurent aussi parmi les sujets soulevés auprès des autorités.

Pour Sékou Jamal Pendessa, cette visite était l’occasion de faire le point sur les difficultés des professionnels des médias. « Cet entretien avait pour but principal d’échanger sur les préoccupations du monde des médias en Guinée », a-t-il expliqué.

Il voit dans la présence de la FIDH une chance de renforcer les alliances. « Quand on est seul, on est toujours vulnérable. Avec de nombreux partenaires, en Guinée comme à l’international, on devient plus fort », a-t-il déclaré.

Le syndicaliste a exposé les restrictions imposées aux médias, le cas des journalistes disparus et les difficultés du métier. Il a aussi demandé un accompagnement judiciaire pour les journalistes et les médias dont les droits sont bafoués. Il souhaite que l’expertise de la FIDH dans le dossier du 28 septembre serve aussi à défendre la presse lorsque des poursuites sont envisagées.

Élu en juin 2026 et reconduit pour cinq ans, Sékou Jamal Pendessa fait de la défense de la liberté de la presse et de la réouverture des médias fermés ses priorités.

En ouverture de son intervention, le secrétaire général du SPPG est revenu sur les arrestations subies par des journalistes.

Fin 2023, le syndicat a manifesté au centre-ville, à Kaloum, pour réclamer la libération du site Guinée-Matin, verrouillé. « Nous avons même été inculpés, mais libérés le même jour. La lutte va continuer », a-t-il assuré.

Il a ensuite évoqué le brouillage des ondes des grands médias et le retrait des grandes chaînes du bouquet Canal+. Les travailleurs ont alors alerté le syndicat sur le risque pour leurs emplois. « Plus l’audience baisse, plus les marchés se raréfient, et il n’y aura plus d’emplois », a-t-il expliqué. Le SPPG a d’abord multiplié les démarches administratives, les rencontres et les courriers, sans résultat. Une manifestation a donc été programmée pour le 10 janvier 2024.

Ce jour-là, les journalistes étaient réunis à la Maison de la Presse. Selon Sékou Jamal Pendessa, les gendarmes ont encerclé les lieux et militarisé tout le quartier, d’ordinaire paisible. Un gros camion de gendarmerie a bloqué l’entrée. Les journalistes sont restés sur place du matin jusqu’à 20 heures.

« À leur sortie, les journalistes venus couvrir l’événement ont été interpellés. Parmi eux, Minkailou Barry, du site leverificateur.net, a été arrêté ce jour-là », a-t-il rapporté.

Le soir même, il a tenté de joindre le procureur, sans succès. Il a alors appelé le ministre de la Justice de l’époque, Alphonse Charles Wright.

Sékou Sylla 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici