Accueil CULTURE Guinée : Le Festival Arts D’mba célèbre huit ans de résistance culturelle...
La huitième édition du Festival des Arts Baga et Danse D’mba se tiendra début février à Kamsar, marquant une décennie d’efforts pour sauvegarder un patrimoine menacé par l’industrialisation du littoral guinéen.

Dans la région de Boké, berceau historique du peuple Baga, un combat silencieux se livre depuis 2018.
Celui de la préservation d’une identité culturelle confrontée aux bouleversements de la modernité et à l’expansion minière.
Le Fest-Arts D’mba, rendez-vous désormais incontournable du calendrier culturel guinéen, s’apprête à célébrer sa huitième édition du 5 au 7 février 2026 à Kak’lentch-Kamsar.
Réunis samedi dernier lors d’une conférence de presse, les organisateurs ont dévoilé une édition placée sous le signe d’une conscience environnementale aigüe. « Les arts et la culture sous le signe de l’environnement » : le thème choisi n’est pas anodin dans une zone où l’exploitation de la bauxite redessine les paysages et les modes de vie. « Kakilensy et Boké sont des zones de carrières. Nous voulons concilier l’art et la culture avec la gestion de l’environnement pour accompagner les communautés vers un développement durable », a déclaré Jean René Camara, commissaire général du festival et figure emblématique de la défense du patrimoine Baga.
Cette approche traduit une évolution stratégique : le festival ne se contente plus de célébrer la tradition, il interroge son avenir dans un contexte de mutations économiques et climatiques.
Au cœur de cette mobilisation culturelle se dresse le D’mba, ce masque monumental représentant une femme enceinte, symbole de fertilité et de transmission.
Longtemps confiné aux cérémonies villageoises, il est devenu l’emblème du branding culturel guinéen. « Le D’mba est notre identité nationale », a martelé Jean René Camara, insistant sur la nécessité de « sortir de l’oubli les trésors artistiques du Bagataye ».
Cette réhabilitation passe par des actions concrètes : restauration de masques abandonnés dans les villages, ateliers de transmission des techniques traditionnelles, et même la sensibilisation au retour des prénoms Baga authentiques, progressivement délaissés au profit de patronymes occidentaux ou islamiques.
L’originalité du Fest-Arts D’mba réside dans son ancrage communautaire. Chaque édition laisse une empreinte matérielle dans le village hôte.
Le bilan des années précédentes est éloquent : inauguration de la Case de veille des Sages à Kamsar en 2021, création du Petit Musée des Arts Baga à Kataco abritant plus de quarante pièces historiques, construction de latrines communautaires à Monchon en 2023.
Pour 2026, l’objectif est ambitieux : contribuer à l’édification de la maison des jeunes de Kak’lentch, infrastructure destinée à devenir un lieu de formation et d’échange pour la jeunesse locale. « Nous ne faisons pas que danser ; nous construisons et nous éduquons », résument les organisateurs, conscients que la culture ne survit que si elle améliore concrètement le quotidien des populations.
Après avoir accueilli la Sierra Leone lors des éditions précédentes, le festival franchit une nouvelle étape en invitant la troupe sénégalaise « Les Mamans Calebasse », représentante de la culture Sérère. Ce choix n’est pas fortuit. « Il existe de nombreuses similitudes entre nos deux cultures. Ce partage renforce l’unité africaine », a souligné le président du festival, évoquant des liens historiques et linguistiques entre les peuples côtiers de l’Afrique de l’Ouest.
Des délégations venues de Boké, Boffa, Dubréka, Coyah, Forécariah et Conakry sont également attendues, témoignant de la dimension nationale prise par l’événement.
Depuis sa création en 2018 à Kataco, le Fest-Arts D’mba a parcouru le littoral guinéen, de Bigori à Sobanet, de Kawass à Kamsar. Huit éditions durant lesquelles il s’est imposé comme un rempart contre l’érosion culturelle, alliant spectacles traditionnels, conférences-débats et formations techniques.
Dans un contexte où l’industrialisation rapide du littoral bouscule les équilibres séculaires, ce festival apparaît comme un laboratoire original : celui d’un développement qui n’opposerait pas progrès économique et préservation culturelle, mais tenterait de les réconcilier sous le regard protecteur du grand D’mba. Rendez-vous est pris début février à Kak’lentch-Kamsar pour constater si cette ambition peut se concrétiser.
Minkael Barry