Accueil POLITIQUE OGP : La chute de Jean-Marie Soriba Coumbassa, ou quand Facebook mène...
Du pupitre de pasteur aux couloirs du pouvoir, puis à la porte de sortie : l’itinéraire express d’un « Facebookeur » nommé pour sa fidélité sur les réseaux sociaux et sanctionné pour les mêmes raisons.
Jean-Marie Soriba Coumbassa ne se présentera plus, jusqu’à nouvel ordre, à son bureau de l’Office guinéen de la publicité (OGP). Le Directeur général adjoint de cette structure a été suspendu de ses fonctions ce vendredi 23 janvier par le Secrétaire général du ministère de l’Information et de la Communication, Souleymane Bah, selon la décision N°864.7.7/MIC/SG/2026. Une sanction qui referme brutalement un parcours aussi fulgurant qu’improbable au sein de l’administration guinéenne.
L’histoire de Jean-Marie Soriba Coumbassa illustre de manière saisissante les dérives du système de nomination dans l’administration guinéenne. Pasteur autre fois, , l’homme n’avait aucune expérience administrative ni compétence technique dans le domaine de la publicité. Son unique qualification ? Une activité débordante sur les réseaux sociaux en défense acharnée du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD).
Ce sont précisément ces sorties virulentes en ligne qui ont attiré l’attention des autorités de Conakry. Récompensé pour sa loyauté numérique, il s’est retrouvé propulsé au poste de Directeur général adjoint de l’OGP, sans autre forme de processus. Une nomination qui en dit long sur les critères de sélection privilégiés par le pouvoir : la fidélité politique sur Facebook plutôt que la compétence professionnelle.
C’est cette même absence de culture administrative qui a causé sa perte. Dans la vidéo incriminée du 22 janvier, Coumbassa affirme que l’entourage familial du Président de la République aurait organisé des « réunions secrètes pour ne pas qu’il y ait changement de gouvernement et empêcher la démission du Premier ministre ou le reconduire ». Des accusations qui soulèvent une question vertigineuse : comment un « minuscule et sombre directeur adjoint » pourrait-il avoir accès à de telles informations sur les tractations au sommet de l’État ?
Plus troublant encore : en vertu de quelle autorité ce cadre subalterne prétendrait-il pouvoir « obliger un Premier ministre à démissionner » ou se permettre de « diffamer » la famille présidentielle ? Quelle structure hiérarchique permet à un directeur adjoint de qualifier ses supérieurs de personnes animées par « la volonté et la gourmandise » ?
Cette affaire révèle une pyramide administrative complètement renversée, symptôme d’une « pagaille entretenue et organisée au sommet de l’État », où les repères hiérarchiques semblent avoir disparu.
Le document officiel révèle que Jean-Marie Soriba Coumbassa avait déjà été averti par courrier n°0390 en date du 3 novembre 2025. Même après cette mise en garde, il a persisté dans ce que l’administration qualifie de « manquement à ses obligations professionnelles en portant atteinte à l’honneur et à l’intégrité physique de la hiérarchie ». Une récidive qui témoigne de son incapacité à comprendre les exigences du poste qu’il occupait.
La décision de suspension s’appuie sur la loi L.027 portant statut général des agents de l’État et l’arrêté A/786 fixant les modalités d’organisation et de fonctionnement des conseils de discipline des départements ministériels. Pour les autorités, les propos tenus constituent « une faute disciplinaire » justifiant « une sanction proportionnée à la gravité des faits ».
Malgré la fermeté de la mesure, la décision précise que M. Coumbassa « conserve le droit de former un recours gracieux ou hiérarchique, ainsi que de saisir la juridiction compétente dans les délais légaux ».
L’affaire Coumbassa pose une question fondamentale sur la gouvernance en Guinée : jusqu’à quand les nominations continueront-elles de se faire sur la base de la fidélité sur les réseaux sociaux plutôt que sur la compétence et l’expérience ?
Ce cas illustre les dangers d’un système où les critères de sélection se résument à « la somme de ses sorties sur Facebook pour insulter X au profit de Y ». Des personnes dépourvues de toute culture administrative se retrouvent propulsées à des postes stratégiques, pour ensuite créer des scandales qui éclaboussent les institutions.
Désormais, cette affaire devrait servir de leçon : les nominations doivent impérativement se fonder sur les compétences, l’expérience et le professionnalisme, non sur l’activisme partisan en ligne. Dans un pays normalement organisé, un directeur adjoint ne peut ni imposer ses décisions à un Président de la République, ni prétendre dicter la conduite d’un Premier ministre, encore moins se permettre de diffamer publiquement la famille présidentielle.
La suspension de Jean-Marie Soriba Coumbassa marque peut-être la fin d’une époque où les réseaux sociaux servaient de tremplin vers les hautes fonctions administratives. Reste à savoir si les autorités guinéennes en tireront les conséquences pour l’avenir de la fonction publique.
Sékou Sylla