Libye : Saïf al-Islam Kadhafi tué par balles dans sa résidence de Zintan

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L’héritier présumé de Mouammar Kadhafi abattu lors d’une opération commando,  une enquête ouverte

Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et figure controversée de la scène politique libyenne, a été assassiné mardi soir dans sa résidence située près de Zintan, dans l’ouest du pays.

L’annonce, confirmée par plusieurs proches et relayée par des médias locaux, met un terme brutal à la trajectoire d’un homme qui incarnait à la fois l’héritage du régime déchu et les ambitions de réconciliation nationale.

Les circonstances du drame révèlent une opération soigneusement préparée. Selon Sky News Arabia, quatre hommes armés ont pénétré dans le jardin de la résidence de Saïf al-Islam à Hammadah, au sud de Zintan, après avoir neutralisé le système de vidéosurveillance.

Les assaillants ont ouvert le feu sur leur cible avant de disparaître dans la nuit. Un compagnon de Kadhafi, Ajami al-Ateiri, aurait été blessé durant l’assaut.

Abdullah Othman, conseiller politique du défunt, a été le premier à confirmer officiellement le décès via les réseaux sociaux, sans toutefois préciser s’il s’agissait d’un assassinat ou d’une mort naturelle.

Son cousin, Hamid Kadhafi, a déclaré à la chaîne Libya al-Ahrar que « le docteur Saïf al-Islam est tombé en martyr », ajoutant ne disposer d’aucune information supplémentaire.

Le procureur général libyen a immédiatement ouvert une enquête. La brigade 444, unité d’élite associée au gouvernement d’union nationale basé à Tripoli, s’est empressée de nier toute implication dans l’opération.

Âgé de 53 ans, Saïf al-Islam Kadhafi avait longtemps cultivé l’image d’un modernisateur. Diplômé en économie de l’école autrichienne IMADEC, il s’était illustré dans les années 2000 par ses initiatives diplomatiques, notamment en négociant la libération d’otages aux Philippines en 2000 ou en orchestrant le rapprochement avec l’Italie.

Cette façade de réformateur s’est effondrée lors du printemps arabe de 2011. Alors que la contestation grondait contre le régime de son père, il apparaît à la télévision nationale pour menacer les insurgés de « rivières de sang », confirmant son alignement sur la ligne dure du pouvoir.

Capturé en 2011 par une milice de Zintan, il est condamné à mort en 2015 lors d’un procès expéditif avant de bénéficier d’une amnistie controversée en 2017.

Depuis, il vivait dans une semi-clandestinité, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.

Malgré son passé sulfureux, Saïf al-Islam nourrissait des ambitions présidentielles. Il avait déposé sa candidature pour l’élection prévue en 2021, finalement reportée sine die.

Ses chances de succès et sa base de soutien dans les bastions kadhafistes – Syrte, Bani Walid, Sebha – constituaient un obstacle majeur pour les forces en présence.

Pour l’analyste Emad Badi, cette mort pourrait « transformer Saïf al-Islam en martyr aux yeux d’une partie conséquente de la population, tout en modifiant les équilibres électoraux ».

L’ancien porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a qualifié l’acte de « perfide », affirmant avoir conversé avec lui deux jours auparavant. « Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine », a-t-il déploré sur X.

Quinze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye demeure divisée entre deux gouvernements rivaux : le gouvernement d’unité nationale à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU, et l’exécutif de Benghazi contrôlé par le maréchal Haftar.

L’assassinat de Saïf al-Islam risque d’aggraver encore l’instabilité chronique qui mine le pays.