Accueil ENVIRONNEMENT Conakry sous le plastique : autopsie d’une faillite environnementale et sociale
En ce début d’année 2026, la capitale guinéenne livre une bataille acharnée contre une marée de plastique qui semble inarrêtable. Des quartiers de Kaloum aux bas-fonds de Matoto, les sachets d’eau et les bouteilles dictent leur loi.
Pourtant, les efforts matériels sont visibles : le Ministère de l’Assainissement et de l’Hydraulique, en collaboration avec le Gouvernorat de Conakry, a doté les communes de camions-bennes et d’engins de terrassement neufs. Mais sur le terrain, le plastique règne toujours en maître, révélant une faille systémique profonde.
Selon les rapports du PNUD Guinée, la situation est critique : chaque habitant de Conakry produit environ 0,603 kg de déchets par jour, contribuant à un volume total de 1 200 tonnes journalières.
Selon une étude de caractérisation publiée par l’International Journal of Accounting Finance Auditing Management and Economics (2024), le plastique représente désormais près de 20 % des déchets produits, contre 44 % pour les matières organiques.
Son impact environnemental est pourtant disproportionné car, contrairement aux matières biodégradables, il s’accumule et s’agglutine pendant des décennies, bouchant les caniveaux et provoquant des inondations dévastatrices.
Le système de pré-collecte se heurte à une réalité économique brutale. Le taux d’abonnement aux services de ramassage stagne à seulement 35 %. Pour de nombreuses familles vivant avec moins de deux dollars par jour, payer une redevance mensuelle de 30 000 GNF est un luxe inaccessible. Résultat : le PNUD estime que plus de 50 % des ménages rejettent leurs ordures dans la rue. La nuit, des « apporteurs » (souvent des enfants ou des travailleurs précaires) vident les poubelles dans les caniveaux, créant un cycle de pollution perpétuel que les nouveaux camions-bennes du Ministère ne suffisent pas à enrayer.
Pourquoi ces engins ne parviennent-ils pas à vider la ville ? Outre les coûts de carburant qui paralysent les mairies, la destination finale est une impasse. Tout finit à la décharge de La Minière (Dar-es-Salam), un site saturé dont la montagne de déchets dépasse les 30 mètres.
Pour désamorcer cette bombe écologique, le gouvernement mise sur l’appui de la Banque Mondiale via le financement du futur Centre d’Enfouissement Technique de Baritodé.
Ce projet est l’unique espoir de fermer enfin la Minière. Cependant, les experts insistent : sans un tri à la source, ces infrastructures seront saturées prématurément par le flux ininterrompu de plastiques.
L’Union pour la Défense des Consommateurs de Guinée (UDCG) dénonce avec vigueur l’inefficacité des mesures actuelles. Pour l’organisation, les opérations comme « Riz contre Plastique » sont des « solutions de façade ».
L’Union pointe du doigt le non-respect du décret présidentiel interdisant le plastique à usage unique (relayé par le média UniverSciences). « On donne des camions aux communes, mais on laisse les usines inonder le marché de sachets non biodégradables », s’insurge un représentant de l’UDCG.
Le manque d’alternatives bon marché condamne les citoyens à polluer malgré eux.
Vers une ambition industrielle de recyclage
Conscient que la logistique ne suffit pas, le Ministère a profité de la Semaine Nationale de l’Industrialisation pour prôner une approche par la valeur. L’objectif est de soutenir les PME comme Binedou Global Service qui transforment le plastique en pavés ou en briques.
En intégrant ces initiatives dans un agenda industriel, le gouvernement espère transformer ce « poids mort » de 1 200 tonnes en opportunités d’emplois, tout en soulageant la pression sur les camions-bennes qui tentent désespérément de vider un océan de plastique avec une petite cuillère.
La crise du plastique à Conakry est le carrefour d’une faillite de gouvernance, d’un défi industriel et d’une urgence sanitaire. Entre les statistiques sombres du PNUD, les investissements de la Banque Mondiale et la détresse sociale des ménages, la capitale guinéenne attend toujours le sursaut qui la libérera de son linceul de polyéthylène.
Minkael Barry