Bruxelles 2022 : Afrique/Europe, pour un Partenariat Stratégique? ( Par Goïkoya Kolié )

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Les 17 et 18 février 2022, 80 dirigeants Africains et Européens se réunissent à Bruxelles, pour discuter de leur avenir commun.

Selon les médiats d’État français, profitant de sa présidence du conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron, (estimant la relation un peu fatiguée entre les deux continents) se met en scène, avec toute l’Afrique des dirigeants, (souvent illégitimes), pour disent-ils, refonder un New Deal économique et financier.

D’après les mêmes médiats, l’Europe tenterait par ce sommet, de défendre et protéger son terrain de jeu commercial traditionnel, face par exemple à la Chine, qui au niveau bilatéral, est dorénavant le premier partenaire commercial de l’Afrique.

Intentions et attentes de l’Europe

L’Europe prend les grands moyens pour barrer le chemin de l’Afrique à ses rivaux et concurrents. Pour ce faire, elle souhaite profiter de ses liens historiques privilégiés avec le vieux continent, pour bâtir son avenir.

Pour la journaliste Caroline de Camaret de France 24, les puissances coloniales européennes veulent partir avec l’Afrique sur des bases nouvelles, équilibrées, dans le but de contrer ce qu’elles appellent l’influence grandissante de puissances, qui de leur cru, seraient non ou peu démocratiques, comme la Chine, la Russie, la Turquie.

Mme de Camaret signale que du point de vue des dirigeants de l’UE, leurs concurrents seraient sans état d’âme, en ce sens qu’ils négocient avec des (dictateurs africains), sans pour autant leur imposer des conditions démocratiques, à respecter.

Face à l’arrogance, à la suprématie culturelle et aux paternalismes réaffirmés des 27, le président Uhuru Kenyatta, qui ne traîne pas la réputation du leader nationaliste antioccidental, répond ceci :

« Notre partenariat avec la Chine n’est pas basé sur la Chine qui nous dicte ce dont nous avons besoin. C’est un partenariat d’amis qui travaillent ensemble pour mettre en œuvre l’agenda socio-économique du Kenya. Le Kenya et l’Afrique n’ont pas besoin de leçon de vertu. Le Kenya et l’Afrique ont besoin d’amis, prêts à travailler avec eux pour atteindre leurs objectifs et leurs aspirations. Je tiens à remercier le président, le gouvernement et le peuple chinois, d’être de vrais amis, et de nous rencontrer au moment où nous en avons le plus besoin, pour pouvoir nous aider à atteindre le développement social dont nous rêvons ».

Caroline de Camaret affirme que les dirigeants de l’Union européenne entendent signer des partenariats stratégiques avec les pays africains, portant à la fois sur l’aide au développement, les visas, la migration, les questions sanitaires et climatiques. L’Europe estime que ces questions sont stratégiques et cruciales pour sa sécurité. Elle décide du même coup, qu’elles le sont aussi pour l’Afrique, sans consulter les Africains, puisque, selon sa lecture paternaliste du déséquilibre abyssal de ses rapports avec l’Afrique, ce continent serait peu ou pas outillé pour faire face à l’avenir.

Les Européens attendent donc de leurs partenaires Africains, invités à Bruxelles, de faire siennes, (contre vents et marrées) de leurs préoccupations, et approuver ainsi leur liste d’ennemis et concurrents. En échange d’une « aide au développement, des investissements dans les pays africains, des bourses Erasmus », les Européens s’attendent également à ce que les dirigeants africains stoppent l’immigration et tarissent les flux.

C’est donc le plan que les invités de Bruxelles devront signer. Remarquons que dans l’esprit des dirigeants de l’Union européenne, cette façon de faire est parfaitement respectueuse d’un nouvel partenariat, qui se veut juste et surtout égalitaire, d’autant que les Africains ne peuvent se plaindre d’être dans un contexte qui s’apparente outrageusement à Berlin 1884/1885, alors qu’ils sont sélectionnés pour faire le voyage de Bruxelles. Rien ne se fait donc à leur insu. Ils n’auront pas non plus de couteux à la gorge pour signer le document du génie européen.

Un partenariat stratégique dans une culture de duperie
En allant à ce sommet, l’Union européenne se vante d’être solidaire des Africains. Elle se veut résolument aux côtés de cette Afrique, en ces temps difficiles de pandémie, au compte de qui, elle aurait débloquée 3 milliards d’euros, octroyé à Covax, pour livrer directement au continent noir, 330 millions de doses de vaccins anti-coronavirus. Pierrette Herzberger-Fofana, eurodéputée allemande, constate que l’Union à laquelle elle appartient a agi tardivement, en faisant livrer à l’Afrique des vaccins périmés, qui ont dû être détruits dans de nombreux pays, notamment au Niger et au Sénégal.

Lorsque l’Europe parle d’une relation plus juste dans un nouveau partenariat refondé, elle admet implicitement du même coup que ce partenariat n’a pas toujours été égalitaire. Nous pensons qu’il ne le sera jamais, tant que l’Europe prétendra connaitre les maux de l’Afrique et apportera ses remèdes sans consulter les Africains.

Doutant de la crédibilité du partenariat projeté, s’exprimant quasiment au nom de l’Union européenne, Mme Herzberger-Fofana estime que si l’UE veut regagner la confiance de ses partenaires Africains, il va falloir qu’elle envisage des accords clairs et nets.

Pour elle, un partenariat égalitaire avec l’Afrique, suppose de revoir l’histoire de l’Europe d’avec son voisin du Sud, à travers le devoir de mémoire, qui implique d’aborder les thèmes qui fâchent, à savoir notamment, la restitution des œuvres d’art volées à l’Afrique. Pour Mme Herzberger-Fofana, que ce soit la Chine ou la France, les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

À ce fameux sommet des réconciliations, l’Europe exposera ses intérêts sous la forme d’un plan stratégique, de sa propre survie. La parlementaire Allemande remarque qu’en investissant en Afrique, la Chine réalise de grandes infrastructures, visibles des Africains, alors que les Européens bâtiraient des châteaux pour dictateurs, avec les compagnies européennes. Nous pensons que ce constat est d’ailleurs à nuancer. Les prédateurs européens ne bâtissent rien pour personne. Même pas pour les dictateurs qu’ils imposent à l’Afrique.

En revanche, ils profitent et exploitent leur dette de loyauté, pour les avoir installé au pouvoir, afin obtenir d’eux des contrats juteux, absolument hallucinants, comme ce projet de train express régional de Dakar (TER Dakar-AIBD). À ce propos, Mme Herzberger-Fofana affirme avoir été scandalisée d’apprendre que toutes les actions de ce projet appartiennent à la France, ou à des entreprises françaises. Absolument rien aux Sénégalais.

C’est à ce niveau que l’explication du principe démocratique fondé uniquement sur des élections aux cinq ans, devient intéressante. Est-ce une analyse peu cohérente, que de soupçonner un pays étranger, (farouche défenseur de la démocratie électorale), dans le cas en l’espèce, la France, d’œuvrer à la rentabilisation des investissements des entreprises françaises dans un projet comme celui-là, en s’assurant qu’à chaque mascarade électorale, un francophile se retrouve à la tête du Sénégal? Dans l’affirmatif et dans ce suspicieux contexte, peut-on penser que l’élection d’un candidat patriote, du profil d’Ousmane Sonko, deviendrait peu probable?

Même s’il parvenait à déjouer la mascarade, et gagner l’élection présidentielle, pourra-t-il jamais accéder au pouvoir? Ceci n’explique-t-elle pas les stratagèmes pour écarter de telle candidature, avec des allégations mensongères de viol, moins dramatique, qui n’entrainent pas des pertes en vies humaines comme ce fut le cas du président Gbagbo?

Le double jeu indécent et malsain des Européens poussent bien évidement les Africains à se tourner vers d’autres pays, dont les économies émergent et se posent en concurrence de l’ordre économique mondial, tel que conçu par l’Europe. Pire, les Africains ne croient plus aux formules toutes trouvées de l’Europe. Lorsque la présidente de la Commission de l’Union européenne affirme que l’Europe est la partenaire le plus fiable de l’Afrique, de nombreux intellectuels Africains, expliquent que le véritable mobile du sommet de Bruxelles, est plutôt une réponse stratégique de l’Europe à la Nouvelle route de la soie de la Chine.

L’Europe n’hésite pas à s’inventer son initiative dite Global Gateway, qui vise à mobiliser des fonts publics et privés dans ses projets d’infrastructures à travers le monde, et principalement, à travers l’Afrique, dans l’espoir de rendre compétitives les entreprises européennes, moteur de son économie.

Lorsque Ursula von der Leyen, présidente de Commission européenne annonce à Dakar le 10 février dernier, un investissement européen en Afrique de 150 milliards d’euros, elle est dans la mise en œuvre du plan stratégique conçu par l’Europe, en tenant compte uniquement des besoins et intérêts de l’Europe et surtout pour le bien-être des Européens, de la prospérité de l’Europe, qui se barricade contre l’immigration africaine, le tout, à l’exclusion des Africains.

Mme Leyen annonce à son hôte, l’envoie au Sénégal des agents de Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Dans l’entendement des dirigeants de l’Union européenne, les frontières de leur continent s’exportent en Afrique de l’ouest. Puisqu’on voit mal, comment le président Macky Sall, qui doit tout à la France et à l’UE, pourrait s’opposer à l’implantation dans son pays, d’une cellule de l’agence chargée de protéger les frontières extérieures de l’Europe, d’autant plus qu’il lorgnerait ou tout au plus tâterait le terrain, pour un troisième mandat, alors qu’à sa dernière « élection », il avait réussi à écarter tous ces principaux adversaires, avec les approbations de ceux qui lui demandent aujourd’hui le retour de l’ascenseur à travers la faveur de leur faire une place en Afrique, pour mieux réprimer les candidats à immigration.

L’Europe n’a donc pas cure du développement de l’Afrique. D’après un diplomate Africain qui requiert l’anonymat, il est difficile de juger fiable une Europe qui ment à ses propres populations, qui ment aux Africains et au reste du monde.

Le diplomate rappelle qu’à ce jour, l’Europe refuse de se remettre en cause et de tenir compte des objections de l’Afrique, par rapport au narratif européen et au récit de ses tumultueuses relations des 500 dernières années avec le continent noir. Elle ne parle de l’esclavage que pour souligner le rôle de certains Africains dans l’aventure bestiale dont elle fut l’unique bénéficiaire au niveau pécuniaire.

Elle qualifie l’une de ses plus grandes entreprise de déshumanisation du peuple africain de mission de civilisation et d’évangélisation, alors que la colonisation aura été une entreprise démentielle de pillage, d’extorsion, d’expropriation, d’exactions, de viols, d’exploitation sexuelles de femmes, hommes et enfants, d’aliénation culturelle, religieuse et mentale.

À travers la démocratie électorale, qu’elle approuve au gré de ses intérêts, elle réussit à introduire un libéralisme économique sauvage, qui lui a permis, avec les systèmes de privatisation forcée et à outrance des biens des États africains, de reprendre possession de toutes les grandes entreprises, parfois même de souveraineté; conclut le diplomate.

Quelles solutions?

La véritable démocratie, celle qui tient compte de la gestion du pays par le peuple sous-entend, qu’en raison de cette tradition culturelle de supercherie des Européens à l’égard de l’Afrique, en raison aussi des énormes pressions exercées sur les autorités africaines de signer des accords manifestement hostiles au bien-être des Africains et de développement de l’Afrique au profit de la prospérité de l’Europe, tout Accord auquel les dirigeants Africains adhèrent sans un réel consentement libre et éclairé DEVRAIT être vulgarisé, dans toutes les langues de chaque pays et soumis à référendum avant sa mise en application.

Il est peu probable que les populations africaines se laissent embobiner dans le genre d’accord qui enlève au Mali toute indépendance sur son espace aérien. Il est peu probable que si les Maliens avaient été consultés, qu’ils aient majoritairement approuvés et signés un cheque en blanc à l’armée française, exonérée de poursuite pénale, lorsqu’elle commet des exactions contre eux.

Il est peu probable que les Africains approuvent leurs dirigeants qui signent des traités, des accords et des conventions qu’ils n’ont pas rédigé et qu’ils n’ont pas été consultés avant rédaction. Cette forme de colonisation et de chosification déguisée ne passera pas le test de la consultation populaire référendaire.

L’Union européenne, partenaire la plus fiable de l’Afrique
Pourquoi l’Europe déborderait-elle de bienveillance à l’égard de l’Afrique, après plusieurs siècles de cruauté, sans repentance, ni réparations, sachant que le développement du continent noir pourrait engendrer une perte de ses privilèges?

Pendant que de nombreux analystes Africains, hantés par des années de cauchemars, dénoncent une foireuse opération d’enfumage des consciences, la sagesse africaine suggère de son côté cette réflexion :
« Si vous voyez le lion débordé de gentillesse à l’approche d’un troupeau de brebis, il faut s’en méfier, car cela n’est pas l’expression de l’amour qu’il éprouve envers le troupeau, mais plutôt celle d’un appétit vorace dissimulé derrière un simulacre de compassion, qui cache mal sa réputation de prédateur. Et, lorsqu’un prédateur se met à jouer au vigile ou au protecteur, à proximité de la bergerie, il revient au berger de redoubler de vigilance ».

À Bruxelles, l’Europe sera-t-elle capable de renoncer à cinq siècles de prédation, de racismes et de paternalisme, pour véritablement s’inscrire sur la voie de la négociation d’un New Deal Économique et Financier avantageux et bénéfique pour les deux parties?
Unly time will tell.

Goïkoya Kolié