Une PME guinéenne dénonce un chantier d’envergure exécuté sans paiement integral, des promesses fallacieuses et un coordinateur chinois aux abonnés absents.
Une affaire qui illustre, une fois de plus, l’écart béant entre le discours officiel sur le contenu local et la réalité vécue par les entrepreneurs guinéens.

Un chantier livré, une entreprise sacrifiée
Le chantier de démolition et d’assainissement du site de la Cité Chemin de Fer devait être une vitrine de la sous-traitance locale. Il est devenu l’illustration d’un système où l’entrepreneur guinéen exécute, investit, s’endette — et finit spolié.
EDOUMAF BTP SARLU, sous-traitant recruté par CHINA CONSTRUCTION SAUSUM (GUINÉE) SARLU, a rempli sa part du contrat sans faille : démolition de quinze immeubles, remblayage, fouille des sous-sols, nettoyage intégral du site, et prise en charge de plusieurs imprévus non prévus au devis initial, sur la foi d’engagements fermes du donneur d’ordre. Le travail a été fait. Intégralement. C’est le paiement qui, lui, n’est jamais venu.
Un dossier accablant, une entreprise chinoise aux abonnés absents
Le PDG d’EDOUMAF BTP SARLU, Mamady Doumbouya, ne mâche pas ses mots : il parle d’« abus de confiance » et de « promesses non tenues ». Il ne s’agit pas d’accusations en l’air. Notre rédaction a eu accès à un dossier documentaire complet : ordres de service, procès-verbaux de constatation, état des lieux contradictoire, rappel écrit des engagements pris, échanges enregistrés. Un dossier qui, pièce après pièce, dessine le portrait d’une entreprise étrangère qui a sciemment fait exécuter des travaux qu’elle n’avait pas l’intention de payer au prix convenu.
Fait aggravant : le chef de projet chinois qui avait négocié et suivi les travaux avec l’entrepreneur guinéen a été discrètement écarté du dossier peu après l’achèvement du chantier. Une manœuvre qui, aux yeux de M. Doumbouya, visait à faire disparaître toute mémoire vivante des engagements pris. Elle a échoué : les enregistrements et les écrits, eux, sont restés.
La carotte des futurs chantiers : une manipulation caractérisée
Nos investigations mettent au jour un procédé particulièrement cynique. Pendant que l’entrepreneur guinéen réclamait son dû, la direction chinoise, sous l’autorité de M. Wang, lui a fait miroiter l’attribution de nouveaux marchés : des chantiers à Kankan, à Faranah, ainsi que la démolition d’un autre immeuble à la Cité Chemin de Fer l’immeuble Casino, du côté de Coronthie.
Ces promesses n’avaient qu’un objectif : gagner du temps, maintenir l’entrepreneur dans l’expectative et l’empêcher d’engager un rapport de force pendant que les travaux déjà exécutés étaient menés à terme. Une fois le chantier achevé, les promesses se sont évaporées comme le paiement.
Un coordinateur qui se dérobe à ses obligations
Fidèles à l’exigence du contradictoire, nous avons joint par téléphone, lundi à 17 heures, le coordinateur général de CHINA CONSTRUCTION SAUSUM (GUINÉE) SARLU, M. Wang.
L’échange a tourné court. D’abord en français impeccable pour affirmer que nous avions « fait un mauvais numéro », puis en prétendant ne plus comprendre la langue dès que l’objet de l’appel a été précisé, avant de basculer pendant près de trois minutes dans un mandarin qu’il savait pertinemment incompréhensible pour son interlocuteur.
Ce comportement n’est pas une maladresse. C’est une stratégie délibérée d’esquive, celle d’un responsable qui sait qu’il n’a rien à opposer aux faits documentés qui l’accablent.
Le contenu local, sacrifié dans l’indifférence
Cette affaire pose une question que le Collectif des Journalistes contre l’Impunité entend continuer d’instruire : comment de tels agissements peuvent-ils prospérer sur un marché public, sans qu’aucun signal d’alerte ne soit donné en amont ?
Alors que le Président de la République a fait du contenu local une priorité affichée de sa politique économique, des entreprises étrangères continuent d’exploiter le travail des PME guinéennes avant de leur tourner le dos.
Selon des sources proches du dossier, cette situation n’aurait pu perdurer sans la passivité, voire la complicité, de certains relais guinéens dont l’identité n’est pas encore établie à ce stade de l’enquête.
Le Collectif ne s’arrêtera pas à ce simple constat. Nos prochaines parutions apporteront les décomptes financiers, les pièces contractuelles et tout élément permettant d’identifier les responsabilités, à tous les niveaux, dans ce dossier.
Par Le Collectif des Journalistes Contre l’Impunité (CJCI)









