L’événement a marqué la fin du mois d’octobre 2026. Le jeudi 22 octobre 2026, au Parc des Expositions d’Abidjan, l’Abidjan Border Forum a fermé ses portes. À cette occasion, le reggaeman ivoirien est monté sur scène. Mais son intervention a rapidement pris une tournure politique.
Il s’en est pris directement aux chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ces pays forment l’Alliance des États du Sahel. L’artiste a fermement condamné les récents coups d’État militaires. Cette prise de parole met en lumière l’incohérence d’Alpha Blondy face à l’AES. En effet, ce discours s’oppose à son répertoire musical historique.
Pendant des décennies, l’artiste a incarné la lutte anticoloniale. Il a chanté des titres engagés de référence. Dans le morceau « Armée Française », il réclamait le départ des troupes étrangères. Dans « France à Fric », il dénonçait la dépendance économique. Il a aussi critiqué les ingérences extérieures dans « Pompier Pyromane ».
Aujourd’hui, les gouvernements de transition du Sahel affichent ces mêmes objectifs. Ils réclament le départ des armées étrangères. Ils prônent la souveraineté nationale de leurs États.
Pourtant, lors du rassemblement à Abidjan, l’artiste a fustigé ces autorités. Il s’est aligné sur la posture des institutions officielles. Son attitude surprend une grande partie de son auditoire.
Le chanteur a toujours défendu la paix et rejeté la violence. Son opposition aux prises de pouvoir par les armes reste constante. Cependant, son analyse actuelle pose problème. Il se concentre uniquement sur la rupture constitutionnelle. Il oublie les causes profondes du malaise au Sahel.
Par le passé, il dénonçait lui-même la faillite du système néocolonial. En blâmant les seuls militaires, son discours semble à deux poids et deux mesures.
Cette sortie souligne un changement d’époque. Le reggae contestataire des années 1980 s’est institutionnalisé. L’artiste privilégie désormais la stabilité formelle. De leur côté, les populations du Sahel exigent une rupture géopolitique immédiate. Pour cette jeunesse, le discours de l’icône du reggae paraît désormais déconnecté des réalités actuelles.
Minkael BARRY









