C’est à travers un message poignant publié sur sa page officielle Facebook que l’icône de la musique mandingue, Salif Keita, a réagi au décès au Maroc d’Hadja Andrée Touré. La « Voix d’or de l’Afrique » y exprime une douleur immense face à la perte de celle qu’il qualifie de « dernière maman », ravivant le souvenir de la complicité historique et indéfectible qui l’unissait au premier couple présidentiel guinéen.
La disparition d’Hadja Andrée Touré, veuve du premier président guinéen Ahmed Sékou Touré, survenue ce mercredi au Maroc, suscite une profonde vague d’émotion à travers le continent. Parmi les hommages les plus vibrants, celui de la star malienne Salif Keita témoigne d’une douleur intime qui dépasse le cadre officiel d’une nation. Dans une publication partagée sur sa page officielle Facebook, le musicien a brisé le silence pour honorer la mémoire de sa bienfaitrice.
« Aujourd’hui, mon cœur est lourd. Ma dernière maman, Hadja André Touré, nous a quittés », écrit d’emblée l’artiste, traduisant l’intensité de son affliction. Face à la brutalité de la nouvelle, « il est difficile pour moi de trouver les mots », confie la star africaine.
Pour Salif Keita, cette disparition touche directement à son histoire personnelle et à ses premiers pas dans l’univers musical. « Cette femme exceptionnelle a fait partie de mon histoire, de ma vie, de mon chemin. Aux côtés du Président Ahmed Sékou Touré, elle m’a accueilli, protégé et soutenu dans les moments les plus importants de mes débuts », se souvient-il avec émotion.
Marqué par cette générosité, il assure qu’il n’oublierai jamais ce qu’elle a représenté pour lui : « Son amour, sa bienveillance et sa confiance m’ont donné la force d’avancer », ajoute-t-il.
Dans son message, l’icône de la musique mandingue insiste sur la dimension maternelle de cette relation. « Aujourd’hui, je perds une mère de cœur », s’émeut-il, avant de basculer vers une perspective plus historique pour saluer l’impact de la défunte sur toute la nation.
« La Guinée perd aussi une femme qui aura marqué son histoire. Maman André restera pour beaucoup la Mère de l’Indépendance, une femme de conviction, de courage et de fidélité à son peuple », témoigne le chanteur.
Solidaire dans l’épreuve, l’artiste s’est ensuite tourné vers les proches de la regrettée Première dame. « À ses enfants, à toute sa famille, à tous ceux qui l’ont aimée et au peuple guinéen, j’adresse mes condoléances les plus sincères », poursuit-il, avant de formuler des prières pour que l’âme de la défunte repose en paix.
Enfin, Salif Keita a conclu son témoignage par un ultime mot de gratitude envers celle qui l’a tant soutenu. « Merci, Maman André, pour ton affection, pour ta générosité et pour tout ce que tu m’as donné », exprime-t-il, avant de clore sa publication sur une note de résilience spirituelle : « Les êtres que Dieu nous prête ne disparaissent jamais vraiment. Ils continuent de vivre dans nos cœurs, dans nos souvenirs et dans les valeurs qu’ils nous ont transmises. Repose en paix, Maman. Tu resteras à jamais dans mon cœur ».
Cet hommage bouleversé partagé sur Facebook vient consolider et éclairer des liens de fraternité et de reconnaissance mutuelle forgés il y a près de cinquante ans. Pour en comprendre toute la profondeur, il faut se replacer en 1978. Alors membre phare de l’orchestre Les Ambassadeurs Internationaux installé à Abidjan, Salif Keita avait effectué une tournée marquante en Guinée.
Marqué à jamais par la bienveillance et la protection absolue d’Ahmed Sékou Touré et de son épouse, qui l’avaient accueilli à Conakry loin des préjugés et de l’exclusion liés à son albinisme, le chanteur avait composé le plus grand chef-d’œuvre de sa discographie : la mythique chanson « Mandjou ».
Dans cette œuvre monumentale de plus de douze minutes, Salif Keita déployait toute la puissance de sa voix pour célébrer la lignée et le combat panafricain du leader guinéen, le liant directement à son prestigieux ancêtre, l’empereur Samory Touré.
Profondément ému par cet hommage qui magnifiait l’unité mandingue, le président Sékou Touré avait élevé le musicien au rang d’Officier de l’Ordre National du Syli. En pleurant aujourd’hui Hadja Andrée Touré sur ses réseaux officiels, Salif Keita témoigne que le temps n’a rien effacé de cette alliance sacrée unissant la politique à la haute culture africaine.
Oumou Bailo Diallo









