Depuis son exil turc, la diplomatie sous-marine d’Alpha Condé

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Depuis Istanbul, où il séjourne depuis septembre 2022, l’ex président guinéen maintient un contact actif avec plusieurs chefs d’Etat africains. Outre ses alliés traditionnels sur le continent, il a également renoué avec son adversaire d’hier, le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló. 
L’âpreté des relations entre les deux hommes n’était un secret pour personne. La situation a pourtant évolué au cours des derniers mois. En août 2022, le président de la Guinée-Bissau Umaro Sissoco Embaló a personnellement appelé son ancien homologue et voisin Alpha Condé. Embaló, qui admettait une année plus tôt « ne pas aimer » l’ancien homme fort de Conakry et affichait publiquement son soutien à Cellou Dallein Diallo, l’adversaire politique de Condé depuis une décennie, a souhaité se réconcilier avec celui dont il avait vivement condamné le choix de briguer un troisième mandat en 2019…
Le timing de cette main tendue n’est pas anodin : quelques semaines plus tôt, le Bissau-Guinéen, en tant qu’actuel président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) s’était vivement accroché avec le tombeur de Condé, le colonel Mamadi Doumbouya. En cause : la durée de la transition guinéenne, que le nouvel occupant du palais Sékhoutouréya refusait de voir limitée à deux ans. Lui aussi victime d’une tentative de coup d’Etat en février 2022, l’homme fort de Bissau, qui est formellement opposé à « l’Afrique des colonels », a appelé à mettre en place une force anti-putsch au sein de la Cedeao.
Dernier carré
Condé soigne également sa relation avec ses derniers soutiens sur le continent. Depuis Istanbul, où il mène un agréable train de vie – entouré de deux de ses neveux, il dispose notamment d’une villa gracieusement mise à sa disposition par le gouvernement turc, ainsi que d’un chauffeur et d’un cuisinier, l’ex-chef d’Etat s’entretient régulièrement par téléphone avec deux alliés de longue date, le président de l’Angola, João Lourenço, et celui du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso.
Ce dernier avait même pris soin de le rencontrer lors de ses vacances en Turquie cet été, au cours d’un entretien où la situation financière délicate de l’ancien chef de l’Etat guinéen avait été évoquée (AI du 02/09/22).
Plus récemment, Lourenço et Sassou sont personnellement intervenus afin de calmer les ardeurs de Doumbouya lorsque celui-ci exigeait le retour manu militari d‘Alpha Condé à Conakry en septembre dernier, lui reprochant de s’être trop librement confié à la presse sur les coulisses du coup d’Etat qui avait provoqué sa chute un an plus tôt.
La pression alors exercée par le président de la transition semble en tout cas avoir eu peu de prise sur son prédécesseur, qui a reçu chez lui à plusieurs occasions l’auteur d’un livre très laudateur à son égard au cours des derniers mois. Intitulé Guinée : les véritables raisons d’un coup d’Etat inique, l’ouvrage, que Condé s’est empressé de faire circuler auprès des membres de son cercle proche après sa sortie en septembre, a été écrit par l’ancien porte-parole du gouvernement centrafricain Adrien Poussou.
Agacement
Condé se tient parallèlement informé de la situation politique qui prévaut à Conakry. En privé, il n’hésite pas à critiquer la gestion de son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), dont il juge certains cadres trop proches de la junte. Parmi ceux-ci figure son ancien secrétaire général à la présidence devenu porte-parole du RPG au lendemain du coup d’Etat de septembre 2021, Kiridi Bangoura.
Souvent aperçu au palais Sékhoutouréya, celui-ci avait pris attache avec son successeur auprès de Doumbouya, le colonel Amara Camara, peu après le putsch. Il avait entre autres agi à la demande de l’ancien premier ministre de Condé, Ibrahima Kassory Fofana, aujourd’hui incarcéré à Conakry pour des faits présumés de corruption.
Source: Africa Intelligence