C’est dans le cadre feutré d’un grand hôtel de la capitale que le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a officiellement lancé la table ronde dédiée à la Stratégie nationale de développement de la filière avicole.
Si l’événement se voulait purement économique et stratégique, le chef du gouvernement en a profité pour troquer brièvement sa casquette de technocrate contre celle de tribun, adressant une mise au point mémorable et des piques à peine voilées à un ancien dignitaire du régime d’Alpha Condé.
Prenant la parole devant un parterre de partenaires techniques, financiers et d’acteurs du secteur, Bah Oury n’a pas tari d’éloges à l’égard de l’actuel ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, Felix Lamah. Félicité et encouragé pour son dynamisme, ce dernier a été salué pour les résultats tangibles qu’il inscrit déjà à l’actif de son département.
Mais c’est en voulant souligner le mérite de son ministre que le chef du gouvernement a lâché une phrase particulièrement incisive, rappelant les vieux démons de l’administration guinéenne : « Le ministère de l’Élevage est parfois perçu par certains cadres comme une descente aux enfers… alors qu’aujourd’hui, l’équipe en place démontre qu’on peut y produire des résultats exceptionnels. »
Poussant le curseur de la franchise un cran plus loin, Bah Oury a directement fait allusion aux réticences historiques de certains hommes politiques vis-à-vis de ce portefeuille. Sans prononcer explicitement son nom, le Premier ministre a ravivé le souvenir du célèbre feuilleton de 2018 impliquant Oyé Guilavogui.
À l’époque, sous la présidence d’Alpha Condé, le remaniement ministériel avait tourné au psychodrame politique. Pressenti et annoncé à l’Élevage dans un premier décret, Oyé Guilavogui avait opposé un refus catégorique et inédit de rejoindre son poste. Une rébellion de salon motivée, selon les indiscrétions et les critiques de l’époque, par le fait que ce ministère ne serait pas assez « doux » ou financièrement « juteux ». Grâce à un intense lobbying auprès des réseaux d’influence, l’ancien ministre avait réussi à faire plier le palais de l’époque pour obtenir un décret rectificatif le nommant ministre d’État à l’Environnement, envoyant le malheureux Roger Patrick Millimouno (pourtant déjà installé) à l’Élevage.
En lançant ces piques en pleine cérémonie officielle, Bah Oury a voulu marquer une rupture nette de doctrine : la gestion publique ne doit plus être une quête de strapontins dorés, mais un espace de résultats au service du développement, à l’image des ambitions affichées aujourd’hui pour la filière avicole.
Un message clair, historique, et résolument popolitique.
Oumou Bailo Diallo









