Accueil OPINION Enlèvement et déportation du président Maduro : un séisme géopolitique et un...

L’histoire retiendra la nuit du 3 janvier 2026 comme le point de bascule définitif où l’ordre mondial « basé sur des règles », ce paravent commode de l’hégémonie des puissances transatlantiques, a révélé sa véritable nature : celle d’une jungle où la force brute de l’Empire écrase la souveraineté des peuples. L’opération « Absolute Resolve », une agression coloniale armée d’une violence inouïe impliquant 150 appareils de guerre et des frappes massives sur les centres de commandement de Caracas, constitue un événement charnière révélant la nature profonde de l’ordre international contemporain. Loin de fonctionner comme un système fondé sur le droit, cet ordre apparaît comme un espace structuré par la domination, où les appareils de pouvoir du Nord global s’autorisent à intervenir unilatéralement, à renverser des gouvernements, à capturer des dirigeants et à s’approprier des ressources stratégiques. La nuit du 3 janvier marque ainsi un moment de rupture où la fiction d’un multilatéralisme régulé s’effondre, laissant place à la logique brute d’un monde hiérarchisé par la force. L’opération s’est soldée par l’enlèvement et la déportation illégale du président vénézuélien démocratiquement élu. Cet acte dépasse largement le cadre d’un conflit bilatéral : il constitue une violation frontale de la souveraineté d’un État, une atteinte aux immunités absolues d’un chef d’État en exercice et une transgression manifeste de la Charte des Nations Unies. L’absence de mandat du Conseil de sécurité atteste l’illégalité de l’opération et ouvre un précédent dangereux, selon lequel un État doté de capacités militaires supérieures pourrait désormais enlever un dirigeant étranger sans en assumer les conséquences juridiques. C’est une décapitation politique orchestrée par Washington pour reprendre par le fer le contrôle total des ressources énergétiques du pays. Ce nazisme économique, qui place le profit matériel au-dessus du droit à l’existence des nations, illustre une régression barbare de la civilisation politique.
Le simulacre judiciaire comme vecteur d’agression souveraine
Selon la justification officielle avancée par le régime de Donald Trump, il ne s’agissait pas d’un acte de guerre mais d’une opération de maintien de l’ordre. Selon ce récit fallacieux, l’intervention aurait été menée à la demande de la justice américaine sur la base d’accusations émises à New York pour trafic de stupéfiants et d’armes.
L’armée américaine n’aurait joué qu’un rôle mineur de soutien logistique à une supposée action judiciaire légitime.
Ce narratif volontairement mensonger vise à contourner notamment l’absence d’autorisation préalable du Congrès des USA et surtout l’interdiction en droit international du recours unilatéral à la force contre un État souverain. En qualifiant le président Maduro de fugitif recherché par la justice américaine, le régime Trump a tenté de réduire un chef d’État au rang de criminel justiciable par le droit pénal de Washington, indépendamment de sa fonction et de la souveraineté de son pays.
Cet argument ne résiste pas au test du droit international, dont le fondement repose sur l’égalité souveraine des États. Le recours à la force est strictement encadré par la Charte des Nations Unies, notamment par l’Article 2, paragraphe 4, et n’est autorisé que dans des circonstances exceptionnelles : la légitime défense face à une attaque armée (Article 51) ou un mandat explicite du Conseil de Sécurité de l’ONU.
En l’absence de ces conditions, toute intervention militaire est une violation flagrante. Il n’existe aucune preuve d’une attaque vénézuélienne vers les États-Unis. Au demeurant, les accusations de narco-trafic relèvent du domaine pénal et non du droit des conflits armés.
La criminalité transnationale à elle seule ne saurait justifier une agression militaire de cette ampleur. Le régime Trump a également tenté de s’appuyer sur la War Powers Resolution de 1973, qui autorise l’exécutif américain à engager un acte de guerre de courte durée sans l’autorisation préalable du congrès, à condition que celui-ci en soit informé rapidement.
Cet argument est également fragile et indéfendable puisqu’il porte sur des actions temporaires et défensives, et non l’enlèvement d’un chef d’État étranger ni des déclarations suggérant la volonté de diriger directement son pays.
En affirmant que les États-Unis allaient contrôler le Venezuela, Trump a lui-même sapé la cohérence de son propre récit, révélant une posture de régime dictatorial agissant au-dessus des lois internationales.
Les racines profondes de la prédation impériale et la convergence européenne
Les justifications avancées par les appareils de pouvoir transatlantiques s’inscrivent dans une longue tradition de récits légitimateurs. Depuis cinq siècles, ces structures de pouvoir mobilisent des discours moralisateurs pour masquer des objectifs de prédations économiques et géostratégiques.
À l’époque coloniale, l’évangélisation et la « mission civilisatrice » servaient de paravent à la spoliation des ressources et à la destruction des sociétés autochtones.
Aujourd’hui, les mêmes logiques se déploient sous des formes renouvelées : lutte contre la drogue, lutte contre le terrorisme, promotion de la démocratie ou interventions humanitaires.
L’opération Absolute Resolve s’inscrit dans cette continuité historique, où les prétextes changent mais les structures de domination demeurent. Les déclarations publiques de Donald Trump, le 6 janvier 2026, ont levé toute ambiguïté sur ces motivations réelles. En affirmant que les États-Unis allaient « prendre le pétrole » du Venezuela, il a explicitement transformé une agression militaire en un acte de prédation économique.
Marco Rubio, Secrétaire d’État, a renforcé cette posture en déclarant que l’avis de l’ONU lui importait peu, révélant le mépris des instances de décision hégémoniques pour les institutions multilatérales lorsqu’elles entravent leurs objectifs d’extorsion. Pour Washington, le pétrole vénézuélien est devenu le moteur d’un terrorisme d’État assumé.
La réaction des capitales européennes a illustré la convergence d’intérêts au sein du bloc transatlantique. Emmanuel Macron, confronté à la perte d’influence de la France au Sahel et à la remise en cause de ses positions économiques en Afrique de l’Ouest, a perçu dans l’opération un précédent utile.
Si les puissances du Nord peuvent enlever un président étranger pour s’approprier des ressources, pourquoi la France ne pourrait-elle pas recourir à des méthodes similaires pour sécuriser l’uranium du Niger ou l’or du Mali et du Burkina Faso ?
Cette dynamique révèle une normalisation de pratiques impériales dans un contexte de compétition géoéconomique exacerbée.
Le Bénin sous le joug de l’interventionnisme : violation des souverainetés et piétinement du droit
C’est dans ce cadre d’une prédation décomplexée que les lois françaises et béninoises ont été allègrement piétinées par l’homme fort de Paris. En décembre 2025, ce dernier a ordonné une agression caractérisée contre des éléments de l’armée béninoise par les forces d’occupation coloniale françaises, alors cantonnées en Côte d’Ivoire, sous prétexte de contrer une tentative de coup d’État au Bénin.
Cet acte de force, loin d’être une simple assistance, révèle un mépris total pour les cadres constitutionnels des deux nations. La dénonciation parlementaire et le bafouage de l’Article 35 lors du débat à l’Assemblée nationale française le 13 janvier 2026 ont mis en lumière l’illégalité profonde de cette opération. Le député Aurélien Saintoul (La France Insoumise), à travers la question écrite numéro 11897 publiée au Journal Officiel le 23 décembre 2025 (page 10427), a apostrophé la ministre de la Défense sur l’absence de base légale de cette intervention.
L’exécutif français a agi en contradiction directe avec l’article 35 de la Constitution française, qui impose formellement au gouvernement d’informer la représentation nationale dans les trois jours suivant toute intervention armée à l’étranger et d’organiser un débat parlementaire.
En occultant délibérément le Parlement, l’homme fort de Paris a transformé l’outil militaire national en une garde prétorienne au service d’intérêts coloniaux privés, agissant hors de tout contrôle démocratique. Sur le plan bilatéral, cette agression constitue une violation flagrante des engagements liant la France au Bénin depuis les accords de 1975.
L’article 6 de l’Accord général de coopération stipule sans équivoque que le Bénin assure seul la responsabilité de sa défense intérieure et extérieure, tandis que l’article 4 de cet Accord de coopération militaire technique interdit explicitement aux militaires français d’être associés, sous aucune circonstance, à l’exécution d’opérations de maintien ou de rétablissement de l’ordre ou de la légalité.
En intervenant directement le 7 décembre 2025 pour sauver le régime de Patrice Talon, l’armée française a agi en force d’occupation, piétinant la souveraineté du Bénin pour maintenir un système de dépendance.
Cette agression militaire, qualifiée d’ingérence coloniale déguisée en assistance technique, établit un lien direct avec l’assentiment d’Emmanuel Macron sur le Venezuela : au Bénin, la France intervient par le fer pour protéger un actif politique vassal, tandis qu’au Venezuela, l’approbation suggère que la souveraineté n’est défendue que lorsqu’elle sert les intérêts économiques et géostratégiques de la France.
L’asymétrie stratégique et l’exigence nucléaire du Sud global
Sur le plan stratégique, l’opération Absolute Resolve révèle une asymétrie fondamentale : les puissances dotées de l’arme nucléaire sont, de fait, à l’abri des interventions militaires directes.
Aucun État nucléaire n’a jamais été envahi ou soumis à un changement de régime imposé de l’extérieur. La dissuasion nucléaire structure les rapports de force mondiaux en conférant aux États dotés une impunité stratégique.
Le Traité de non-prolifération, en autorisant cinq États à posséder l’arme nucléaire tout en interdisant aux autres d’y accéder, fige une hiérarchie stratégique qui place le Sud global dans une position de vulnérabilité structurelle. Cette vulnérabilité se traduit par une exposition accrue aux agressions militaires, aux sanctions économiques et aux déportations de dirigeants.
L’histoire récente offre des exemples tragiques de cet échec de la dénucléarisation. En 2003, Mouammar Kadhafi a consenti au démantèlement de son programme nucléaire en échange de garanties de sécurité ; moins d’une décennie plus tard, l’OTAN profitait de ce désarmement pour l’assassiner.
De même, l’Ukraine a cédé son arsenal en 1994 contre les promesses du Mémorandum de Budapest, aujourd’hui caduques. Pour de nombreux analystes, si le Venezuela avait été une puissance nucléaire, les forces impériales n’auraient jamais osé violer l’espace aérien de Caracas.
La dissuasion nucléaire n’est plus vue comme une menace pour la paix, mais comme l’unique assurance-vie contre le colonialisme. Seul l’équilibre de la terreur semble pouvoir mettre fin à ce type de comportement prédateur.
La dialectique de l’asymétrie et l’éthique de la résistance : l’autodéfense collective comme ultime rempart de la souveraineté
Dans le cadre des théories réalistes des relations internationales, le renforcement de l’architecture de sécurité autour du Pacte de Bamako s’analyse moins comme une escalade militaire que comme une réponse rationnelle à un état de nécessité absolue face à la résurgence d’un impérialisme transactionnel et coercitif, illustré par les pressions existentielles exercées sur le Venezuela et les nations de l’AES, où la recherche de partenariats militaires de revers devient l’unique stratégie de survie pour des États dont l’existence même est perçue comme un obstacle à la fluidité des marchés globaux.
Cette démarche s’inscrit dans une réflexion profonde sur la faillite du multilatéralisme et le droit à la survie, constatant l’obsolescence des mécanismes onusiens face aux politiques de « changement de régime » : lorsque les sanctions économiques et les menaces d’interventions chirurgicales sont utilisées comme des instruments de gestion diplomatique par les puissances transatlantiques, l’État ciblé se trouve dans une impasse où le droit international devient une abstraction, transformant l’invitation de forces russes ou chinoises en une délégation tactique visant à rétablir un équilibre de la terreur, seul garant du droit à la vie.
Sur le plan de la théorie de la dissuasion, l’établissement d’un fil de détente comme assurance contre l’arbitraire, par l’installation de capacités de défense avancées au cœur des centres de décision, transforme radicalement le calcul coût-bénéfice de l’agresseur en rendant toute incursion étrangère mécaniquement synonyme d’un affrontement avec une puissance nucléaire, offrant ainsi aux nations du Sud une « prothèse de puissance » qui n’est pas un geste d’agression, mais une sanctuarisation désespérée destinée à forcer l’envahisseur à assumer les conséquences globales d’une agression locale.
Pour le Venezuela ou les pays du Sahel, cette interposition par le risque partagé est l’unique moyen d’échapper à la voracité de prédateurs qui ne reconnaissent que la force, une stratégie complétée par la neutralisation de la projection de force grâce à l’acquisition de technologies de missiles hypersoniques qui brisent la suprématie navale et aérienne permettant jusqu’ici une guerre à distance sans risque.
En rendant les porte-avions vulnérables, le Pacte de Bamako rétablit une forme d’égalité ontologique entre les nations, transformant les ressources stratégiques du pétrole de l’Orénoque à l’uranium d’Arlit de malédictions attirant la convoitise en piliers d’un développement endogène protégé par un bouclier technologique inviolable.
Cette posture ne relève nullement d’une provocation belliqueuse, mais d’une éthique de la résistance traduisant la volonté ferme de peuples acculés qui, ayant épuisé les recours de la parole diplomatique et refusant de sombrer sous le joug d’une hégémonie dévorante, choisissent de s’enchaîner à des alliés puissants pour ne pas disparaître dans les abîmes de l’histoire coloniale.
Souveraineté monétaire et sécurisation physique des réserves
Le dernier pilier de cette stratégie de survie réside dans la destruction de l’hégémonie monétaire des puissances du Nord par la création d’une unité de compte commune strictement adossée à l’or physique.
En nationalisant les ressources aurifères et en les utilisant comme garantie d’une monnaie déconnectée du système Swift et du dollar, le Sud global rend caduque l’arme de la sanction financière.
Pour garantir cette souveraineté, les réserves d’or doivent être sanctuarisées au sein de forteresses souterraines de haute sécurité creusées dans les massifs rocheux du Sahel et de l’Eurasie.
Ces sites, protégés contre les cyberattaques par des réseaux déconnectés d’Internet et contre les frappes cinétiques par des centaines de mètres de roche, assurent que la valeur de la monnaie reste inviolable.
La nationalisation intégrale des flux d’or permet de financer l’effort de défense et les infrastructures sans dépendre des banques centrales transatlantiques.
L’instruction stratégique pour le lecteur est ici limpide : la souveraineté n’est réelle que si elle s’appuie sur la profondeur physique des actifs (forteresses) et la supériorité technologique de la riposte (missiles et atome).
Briser l’impunité des empires par la force égale
L’enlèvement de Maduro montre que le colonialisme s’est modernisé mais n’a jamais disparu. Les appareils de pouvoir transatlantiques mobilisent des récits moraux pour légitimer une brutalité dictatoriale.
Le Sud global doit désormais repenser sa sécurité dans un monde où le droit international est une lettre morte. La bataille pour les ressources du XXIe siècle exige une alliance militaire et monétaire de fer, appuyée par une doctrine de dissuasion totale nucléaire, hypersonique et financière capable de briser l’impunité des empires.
De nombreux analystes politiques Africaines et mêmes diplomates sous anonymat dans leur cas, estiment de plus en plus que face à des régimes qui utilisent la loi comme une arme et la force comme un dogme, seule la force brute organisée et la capacité de destruction mutuelle assurée peuvent garantir la survie des peuples souverains.
La hiérarchie des légitimités dans l’ordre mondial
Le débat sur la qualification des régimes politiques contemporains révèle moins une opposition claire entre démocraties et dictatures qu’un profond déséquilibre dans l’usage du langage politique et juridique à l’échelle internationale.
Ce déséquilibre ne tient pas seulement aux pratiques internes des États, mais à leur position dans l’ordre mondial, à leurs alliances et à leur utilité stratégique pour les puissances dominantes.
La question n’est donc pas seulement de savoir qui viole le droit international ou qui réprime la dissidence, mais qui est autorisé à le faire sans être disqualifié symboliquement.
Donald Trump n’est ni le premier ni le seul dirigeant issu d’un système se revendiquant démocratique à avoir agi au mépris du droit international.
Assassinats ciblés extraterritoriaux, sanctions unilatérales à effet collectif, instrumentalisation du droit pénal contre des dirigeants étrangers, contournement des institutions multilatérales et mépris assumé de la souveraineté d’États jugés hostiles font partie d’une pratique bien antérieure à son mandat.
Ce qui a troublé avec Trump, ce n’est pas tant la nature de ces actes que leur extension aux alliés de sa propre sphère, et l’abandon du langage moral qui servait jusque-là à masquer la logique de domination.
Il a appliqué aux partenaires hégémoniques des méthodes que ceux-ci toléraient, voire soutenaient, lorsqu’elles étaient dirigées contre le Sud global.
Le double standard comme outil de classement géopolitique
Ce malaise révèle une vérité plus large : l’ordre international ne repose pas sur une application égale du droit, mais sur une hiérarchie de légitimités.
Le droit international, tel qu’il fonctionne concrètement, ne sanctionne pas les violations en fonction de leur gravité, mais en fonction de l’identité de l’auteur.
Les puissances dominantes et leurs alliés disposent d’une immunité de fait, tandis que les régimes non alignés sont exposés à une disqualification permanente.
La notion de dictature s’inscrit dans cette logique : elle n’est pas un diagnostic neutre, mais un outil de classement géopolitique.
Cette asymétrie apparaît clairement lorsqu’on compare le traitement réservé à des dirigeants comme Nicolás Maduro et celui réservé à des chefs d’État du bloc hégémonique ou pro-transatlantiques accusés de pratiques autoritaires.
L’emprisonnement d’opposants, la neutralisation de la concurrence électorale, la manipulation constitutionnelle, la fermeture de l’espace médiatique ou la surveillance massive sont présentés comme des preuves de dictature lorsqu’ils concernent des régimes adverses.
Lorsqu’ils sont le fait de gouvernements du Nord ou de leurs alliés, ils sont requalifiés en mesures de sécurité, de stabilité ou de lutte contre la désinformation. La différence n’est pas dans les faits, mais dans le récit qui les entoure.
La fabrication de la légalité formelle et le néocolonialisme sécuritaire
Le cas des interventions extérieures et des ingérences sécuritaires illustre cette logique avec une particulière netteté.
En Afrique de l’Ouest, des organisations régionales comme la CEDEAO sont officiellement présentées comme des garantes de l’ordre constitutionnel.
En réalité, elles fonctionnent largement comme des syndicats de chefs d’État, dont beaucoup sont eux-mêmes issus de processus électoraux verrouillés, de révisions constitutionnelles opportunistes ou de systèmes répressifs. Leur légitimité démocratique est faible, factice et forgée, mais leur reconnaissance internationale suffit à produire une légalité formelle.
Cette légalité est ensuite mobilisée pour justifier des interventions sélectives, tandis que des situations comparables sont ignorées lorsque les intérêts géopolitiques l’exigent.
Dans ce cadre, la coopération militaire ou sécuritaire de puissances comme la France avec des États africains ne repose pas sur une légitimité populaire, mais sur une chaîne de reconnaissances institutionnelles.
Un président reconnu, même s’il a vidé la constitution de sa substance et éliminé ses opposants les plus sérieux par des moyens judiciaires ou policiers, est considéré comme l’autorité légitime.
Son appel à l’aide suffit à transformer une ingérence étrangère en action légale, quand bien même cette ingérence s’inscrirait dans un contexte de domination historique et de dépendance structurelle. Le consentement invoqué n’est pas celui du peuple, mais celui d’un pouvoir déjà contesté, ce qui alimente la perception largement partagée d’un néocolonialisme démocratique, juridique et sécuritaire.
L’espace informationnel et la définition monopolistique du Bien
Cette mécanique révèle une distinction fondamentale entre légitimité formelle et légitimité réelle. Le droit international se satisfait de la première : reconnaissance diplomatique, continuité institutionnelle, respect minimal des procédures.
La seconde l’adhésion populaire, la liberté réelle de l’opposition, la possibilité concrète de l’alternance est largement ignorée. C’est ainsi qu’un coup d’État constitutionnel, qui conserve les apparences du droit tout en en détruisant l’esprit, est toléré, voire soutenu, tant qu’il garantit la stabilité de l’ordre existant.
L’espace informationnel constitue un autre champ où le double standard est manifeste. La censure et le contrôle des médias sont dénoncés comme des marqueurs de dictature lorsqu’ils sont exercés par des régimes non alignés. Dans les capitales hégémoniques, l’interdiction de médias étrangers, la surveillance accrue des réseaux sociaux, la pénalisation de certains discours et les sanctions contre des individus pour leurs positions politiques sont justifiées au nom de la protection de la démocratie.
Pourtant, dans tous les cas, il s’agit pour le pouvoir de définir les limites du dicible et de neutraliser les récits concurrents. La différence réside dans le vocabulaire employé, non dans la logique de contrôle.
La souveraineté face aux rapports de force
La question centrale devient alors : pourquoi les dirigeants du bloc dominant ne sont-ils pas qualifiés de dictateurs malgré ce passif ? La réponse est moins juridique que politique.
Le terme de dictature n’est pas appliqué sur la base de critères universels et symétriques, mais en fonction de l’alignement d’un régime sur l’ordre international hégémonique.
Tant qu’un État est intégré à cet ordre, ses dérives sont requalifiées en imperfections démocratiques. Lorsqu’il le conteste ou s’en écarte, les mêmes pratiques deviennent des preuves d’illégitimité radicale.
Nous ne vivons donc pas dans un monde structuré par une opposition claire entre démocratie et dictature, mais dans un système hiérarchisé où certains États disposent du monopole de la définition du bien, du mal et du légal.
Le langage du droit et de la démocratie y fonctionne comme un instrument de pouvoir, permettant de légitimer certaines violences tout en en condamnant d’autres.
Comprendre cette réalité ne revient pas à absoudre les régimes autoritaires non alignés, mais à refuser l’hypocrisie qui consiste à masquer les pratiques suggérant un autoritarisme comparable lorsqu’elles sont le fait des puissances dominantes.
C’est à ce niveau que se situe le véritable enjeu : non pas défendre tel ou tel régime, mais dénoncer l’asymétrie structurelle qui transforme le droit international, la démocratie et la notion même de dictature en outils de domination politique.
Tant que cette asymétrie persistera, la qualification des régimes restera moins une question de principes qu’une affaire de rapports de force brutaux.
Par Goïkoya Kolié, juriste, notre collaborateur depuis Canada