L’activiste guinéen Bella Bah, connu pour ses prises de position tranchées sur les réseaux sociaux, a été interpellé samedi soir dans l’enceinte de son propre établissement scolaire, situé dans la haute banlieue de Conakry, par des hommes en tenue de gendarme et cagoulés. Plus de 24 heures après les faits, ni le lieu de sa détention ni les motifs officiels de son arrestation n’ont été communiqués.
Selon plusieurs témoins, la scène s’est déroulée samedi 8 août dans la soirée, au sein de l’établissement d’enseignement secondaire privé que dirige l’activiste. Des hommes présentés comme des membres de la gendarmerie nationale, le visage dissimulé sous des cagoules, sont intervenus directement dans l’école. La scène, filmée par des personnes présentes sur les lieux, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant une vague de réactions dans le pays.
L’organisation Tournons La Page Guinée (TLP-Guinée) a dénoncé un « mode opératoire » jugé attentatoire à l’État de droit, rappelant que la loi guinéenne encadre strictement les conditions d’arrestation et de détention. L’organisation exige la localisation immédiate de Bella Bah, l’information de sa famille et de son avocat, ainsi que sa libération en l’absence de base légale à sa détention.
Plusieurs sources évoquent un lien possible entre cette arrestation et une publication faite par Bella Bah sur Facebook quelques heures avant son interpellation. Dans ce message, l’activiste critiquait vivement le grand imam de la mosquée Fayçal de Conakry, l’accusant notamment de complaisance envers le pouvoir en place dans le contexte de crise politique que traverse le pays sous la présidence de Mamadi Doumbouya.
Cette sortie avait déjà suscité de vives réactions parmi les internautes avant même l’interpellation de son auteur. Aucune autorité n’a toutefois confirmé officiellement ce lien à ce stade.
C’est Ami Bah, épouse de l’activiste, qui a donné l’alerte la première sur les réseaux sociaux. Selon son récit, des hommes en tenue et cagoulés se sont présentés à l’école de son mari ; elle affirme avoir été informée de la situation par un enseignant de l’établissement.
Depuis, elle dit ignorer totalement où son époux a été emmené. Elle indique avoir mandaté un avocat pour tenter d’obtenir des informations sur sa situation, sans succès à ce jour. Elle affirme également ne pas connaître les raisons invoquées pour justifier cette interpellation, soulignant que son mari « n’a jamais fui ses responsabilités » et se serait présenté de lui-même à la police s’il avait été régulièrement convoqué.
Elle a publiquement demandé aux autorités judiciaires, et en particulier au procureur général près la Cour d’appel de Conakry, d’intervenir pour clarifier le lieu de détention de son mari et garantir le respect de ses droits.
L’interpellation de Bella Bah est rapidement devenue l’un des sujets les plus commentés sur les réseaux sociaux guinéens. Deux camps s’affrontent dans les discussions en ligne. D’un côté, une majorité d’internautes condamnent la méthode employée l’intervention d’hommes cagoulés au sein même d’un établissement scolaire qu’ils jugent brutale et contraire aux garanties procédurales élémentaires ; plusieurs y voient une nouvelle illustration des atteintes aux libertés publiques en Guinée.
De l’autre, des partisans du pouvoir en place défendent l’action des forces de l’ordre, estimant que les propos tenus par l’activiste à l’encontre du grand imam de la mosquée Fayçal justifiaient une intervention et qu’il devait répondre de ses publications devant la justice.
Cette polarisation illustre les tensions plus larges qui traversent le débat public guinéen depuis l’arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya, entre exigence de liberté d’expression et soutien affiché à l’autorité de l’État.
À l’heure actuelle, aucune communication officielle n’a été émise par les autorités guinéennes concernant cette affaire. Ni le motif exact de l’interpellation, ni l’identité précise des agents impliqués, ni le lieu où se trouve Bella Bah n’ont été confirmés par une source officielle.
Oumou Bailo Diallo









