Accueil ECONOMIE Ramadan et carême : La Guinée plafonne les prix des denrées essentielles
Conakry s’arme contre la spéculation. Face à l’instabilité des marchés mondiaux et aux pressions inflationnistes, les autorités guinéennes viennent de sceller un engagement inédit avec les acteurs de la filière alimentaire. L’enjeu : préserver le panier de la ménagère durant les périodes de forte consommation religieuse.

La signature d’un protocole d’accord tripartite marque un tournant dans la politique commerciale guinéenne. Importateurs de produits alimentaires, Direction générale des douanes, Chambre de Commerce d’Industrie et d’Artisanat de Guinée et Direction Nationale du Commerce Intérieur et de la Concurrence se sont engagés conjointement à garantir l’approvisionnement du marché et à encadrer strictement les prix.
Le Directeur général des douanes n’a pas caché l’ampleur de l’effort consenti par l’État : « Des milliards et des milliards sont cédés pour sécuriser le panier de la ménagère. » Concrètement, l’administration douanière promet d’accélérer les procédures de dédouanement pour les produits stratégiques tout en maintenant des valeurs mercuriales de référence avantageuses : 100 dollars la tonne pour le riz, 200 dollars pour le sucre et 600 dollars pour le poulet.

Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement des contrôles anti-fraude pour détecter les fausses déclarations et bloquer toute tentative de contournement.»
Pour Fatima Camara, ministre de l’Industrie et du Commerce, l’urgence est palpable. « Notre marché intérieur subit, comme partout, les effets d’un contexte international instable : volatilité des coûts logistiques, tensions sur les chaînes d’approvisionnement, fluctuations monétaires.
Mais il y a une réalité plus forte encore : l’État ne peut pas regarder le panier des ménagères se dégrader sans agir », a-t-elle affirmé lors de la cérémonie de signature.
La ministre a insisté sur le caractère opérationnel du dispositif : « Ce n’est pas un protocole d’affichage, c’est un protocole d’exécution. » Son message aux opérateurs économiques est sans équivoque : toute spéculation, rétention de stocks ou manipulation d’étiquettes sera sanctionnée. « Ce qui compte, ce n’est pas le chiffre sur un papier, c’est le prix affiché sur les étals », a-t-elle martelé.
Mohamed Traoré, Directeur national du Commerce intérieur et de la Concurrence, a présenté l’architecture du système de surveillance. Des agents assermentés, placés sous son autorité directe, sont d’ores et déjà déployés dans le Grand Conakry. L’extension du dispositif aux autres préfectures se fera progressivement.
Une équipe mixte associant Commerce, Douanes et Chambre de commerce assurera le suivi rigoureux des engagements. Les missions de la DNCIC couvrent la fixation et la diffusion des prix plafonds, le contrôle des poids, mesures et marges commerciales, la surveillance des stocks ainsi que l’application des sanctions réglementaires. Des rapports réguliers seront transmis au gouvernement.
Les consommateurs disposent également d’une arme : le numéro vert 142, accessible pour signaler tout abus.
Le protocole instaure une cascade de prix maximums répartis entre importateurs, distributeurs et détaillants, garantissant ainsi la transparence de la chaîne de valeur.
– Le riz étuvé 5% brisure (sac de 50 kg) ne pourra excéder 260 000 GNF chez l’importateur, 265 000 GNF chez le distributeur et 280 000 GNF au détail
– Le riz blanc 25% brisure (50 kg) sera plafonné à 240 000 / 245 000 / 260 000 GNF selon les échelons
– Le conditionnement 25 kg de riz étuvé suit la même logique : 130 000 / 132 500 / 140 000 GNF.
Le sac de farine de 50 kg est tarifé 340 000 / 345 000 / 360 000 GNF, celui de sucre 330 000 / 335 000 / 354 000 GNF. L’huile végétale (bidon de 20 L) s’établit à 290 000 / 295 000 / 305 000 GNF, l’oignon (le sac) à 250 000 / 255 000 GNF.
Le lait en poudre (25 kg) affiche des prix plus élevés : 940 000 / 955 000 / 980 000 GNF. Enfin, le poulet entier comme la cuisse (carton de 10 kg) sont encadrés à 290 000 / 295 000 / 310 000 GNF.
Au-delà du cadre réglementaire, les autorités misent sur l’adhésion volontaire des opérateurs. « Un marché prévisible, c’est de la confiance, donc du volume et de l’activité », a rappelé Fatima Camara, appelant au patriotisme économique et à une application loyale des règles.
Sékou Sylla